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© Camer.be : Onana Nestor
- 25 Sep 2026 16:26:24
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Cameroun - MRC : la convention du 17 octobre déclarée, le pouvoir peut-il dire non ?
Le MRC a notifié le 23 septembre 2026 la tenue de sa convention extraordinaire, prévue le 17 octobre au siège du parti à Odza, Yaoundé 4. Deux candidats sont en lice pour succéder à Maurice Kamto. Mais trois précédentes tentatives de congrès ont été interdites. La question n’est plus de savoir si le parti respecte la loi, mais si l’administration acceptera cette fois de délivrer le récépissé.
Le document est daté du 23 septembre. Il est adressé au sous-préfet de Yaoundé 4. Le cachet de réception porte la date du 24. Il est signé par Noah Roger Justin, secrétaire général adjoint n°1, agissant pour le compte du secrétaire général du MRC.
L’objet : déclarer la tenue d’une convention extraordinaire, prévue le samedi 17 octobre 2026 de 8 heures à 20 heures au siège du parti, dans le quartier Odza. Le texte invoque l’article 4 alinéa 3 de la loi n° 90/055 du 19 décembre 1990 portant régime des réunions et des manifestations publiques.
Trois responsables ont été désignés pour organiser l’événement : Noah Roger Justin lui-même, Siaka Nestor, secrétaire national chargé de l’organisation et de la formation, et Clémence Sindze, secrétaire générale de l’organisation des Femmes du MRC (FMRC).
La démarche est administrative. Elle est, en apparence, banale. Sauf que depuis deux ans, chaque fois que le MRC a voulu se réunir, l’administration a dit non.
Trois conventions, trois interdictions
Novembre 2025. Le MRC annonce une convention extraordinaire pour le 29 novembre, au siège du parti à Odza. La veille, les forces de l’ordre investissent les lieux. Le sous-préfet de Yaoundé 3 justifie l’interdiction par un « risque de trouble à l’ordre public » lié à une contestation interne menée par un militant exclu, Okala Ebodé.
Le MRC ne renonce pas. Le 21 décembre 2025, le parti tient sa convention en visioconférence. 2 320 délégués votent en ligne. Maurice Kamto est reconduit avec 95,44 % des suffrages. Une première dans l’histoire politique camerounaise.
Mais en août 2026, le ministre de l’Administration du territoire, Paul Atanga Nji, annonce qu’il refuse de reconnaître les instances issues de cette convention. Motif invoqué : la réunion avait été interdite au préalable. Seules restent valables, selon le MINAT, les instances issues de la troisième convention ordinaire de décembre 2023.
Puis, le 8 septembre 2026, Maurice Kamto annonce sa démission de la présidence du MRC. « Dans l’intérêt supérieur du parti », écrit-il.
Un nouveau scrutin est convoqué. Cette fois, trois candidats déposent leur dossier. Un se retire. Deux restent en lice.
Deux candidats pour une succession
La Commission électorale du MRC, réunie sous la présidence de Roger Justin Noah, a validé deux listes : celle de Tiriane Balbine Nadège Noah, présidente par intérim, et celle de Pierre Emmanuel Binyam.
La liste de Tiriane Noah a été déclarée conforme à l’ensemble des critères : ancienneté, cotisations à jour, pièces administratives complètes. Celle de Binyam a été retenue « à titre exceptionnel », malgré des irrégularités de dépôt et un reliquat de cotisations de 35 000 francs CFA.
La candidature de Brice Ronnic Djolako, premier à avoir déposé son dossier, a été rejetée pour cotisations impayées et pièces manquantes. Il s’était retiré la veille et avait appelé à voter pour Tiriane Noah.
Mamadou Mota, ancien premier vice-président du parti, a également apporté son soutien à Tiriane Noah. Le père jésuite Ludovic Lado a fait de même.
Le récépissé, cette formalité qui n’en est plus une
La loi n° 90/055 du 19 décembre 1990 est claire. L’article 4 alinéa 3 oblige les organisateurs de réunions publiques à en faire la déclaration auprès de l’autorité administrative compétente. Celle-ci délivre un récépissé.
Dans la pratique, ce récépissé est devenu un instrument de contrôle politique. Le MRC l’a appris à ses dépens : en juin 2025, un meeting du parti à Douala avait été interdit au motif que la déclaration préalable n’avait pas été faite, alors que le parti affirmait le contraire. À Bertoua, en avril 2026, les forces de l’ordre avaient bloqué Maurice Kamto à l’entrée de la ville, empêchant la tenue d’un meeting.
« Nous avons déposé la déclaration dans les règles », confie un cadre du MRC joint par téléphone, qui n’a pas souhaité être nommé. « Mais nous savons que le récépissé peut ne jamais arriver. Ou arriver trop tard. »
Ce que le pouvoir redoute
Pourquoi une convention interne, organisée dans les locaux privés d’un parti, dérange-t-elle à ce point ?
La réponse tient en un mot : la présidentielle d’octobre 2025. Le MRC, malgré les obstacles, reste la principale force d’opposition structurée. La convention du 17 octobre doit désigner un nouveau leader, capable de porter la voix du parti dans un calendrier électoral qui s’accélère.
Le régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a multiplié les restrictions administratives contre les partis d’opposition ces dernières années. Un rapport de l’ONU publié en 2026 documente « plusieurs rassemblements interdits » et des « candidats de l’opposition faisant état d’intimidations ».
« Ce n’est pas une question de droit, c’est une question de rapport de forces », analyse un juriste camerounais spécialiste du droit public, joint à Douala. « L’administration dispose d’un pouvoir discrétionnaire qui, en pratique, lui permet d’interdire n’importe quelle réunion sans avoir à se justifier véritablement. »
Le MRC a fait ce que la loi exige. Il a déclaré. Il a désigné des responsables. Il a demandé un récépissé.
La balle est dans le camp du sous-préfet de Yaoundé 4. S’il délivre le récépissé, la convention pourra se tenir. S’il ne le délivre pas, ou s’il notifie une interdiction, le parti devra décider : renoncer, tenir la réunion en visioconférence comme en décembre 2025, ou passer en force.
Une question, en tout cas, reste sans réponse : après avoir contesté la convention de décembre 2025 au motif qu’elle s’était tenue sans autorisation, comment l’administration justifierait-elle une nouvelle interdiction contre une réunion cette fois dûment déclarée ?
Quand doit se tenir la convention du MRC ?
Le samedi 17 octobre 2026, de 8 heures à 20 heures, au siège du parti à Odza, Yaoundé 4.
Qui sont les candidats à la succession de Maurice Kamto ?
Deux listes ont été validées : celle de Tiriane Balbine Nadège Noah, présidente par intérim, et celle de Pierre Emmanuel Binyam.
Pourquoi le MRC n’a-t-il pas pu tenir ses précédentes conventions ?
La convention de novembre 2025 a été interdite par le sous-préfet de Yaoundé 3. Celle de décembre 2025 s’est tenue en visioconférence. Le MINAT a refusé de reconnaître ses résultats.
Le MRC a-t-il respecté la loi cette fois ?
Le parti affirme avoir déposé sa déclaration le 23 septembre 2026, conformément à l’article 4 alinéa 3 de la loi n° 90/055. La sous-préfecture a réceptionné le document le 24 septembre. Aucun récépissé n’avait été délivré au moment de la publication.
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