Pouvoir au peuple ou à la CEDEAO ?
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«Seules les armes pourront faire partir Alpha Condé», avait suggéré début juillet sur Facebook, l’adjoint au maire de Conakry, capitale de la Guinée. Des propos qui avaient valu à cet élu de l’opposition une condamnation à plus de trois ans de prison ferme pour «offense au chef de l’État». Deux mois plus tard pourtant, la prédiction s’est révélée juste : dimanche 5 septembre 2021, un coup de force a sonné le glas du 3e mandat du président de la République de Guinée Alpha Condé. À la demande du chef de l'État ghanéen, Nana Akufo-Addo, le mercredi 8 septembre 2021, les dirigeants de la sous-région ont pris part à une réunion. 

En prenant la parole, le président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a été très direct. Il a qualifié ce putsch de «violation claire de notre charte sur la bonne gouvernance». Sur place à Conakry, les choses sont beaucoup moins simples. Épaulée par les nouveaux hommes forts, une certaine classe intellectuelle professe sur l’ordre de préséance entre le peuple guinéen et la CEDEAO. À Conakry, des têtes scandent que «si l’autonomie est la signification centrale d’une société donnée, celle autour de laquelle s’organisent ses institutions, cette société autonome ne peut pas vouloir autre chose que de se conserver comme société autonome». Selon ces intellectuels, la CEDEAO n’est CEDEAO que si elle se déploie en rupture d’avec la volonté du peuple guinéen.

Premier point problématique : «la nouvelle Guinée » promise par le lieutenant- colonel Mamady Doumbouya, au nom d'un Comité national du rassemblement et du développement (CNRD), évoluera-t-elle en marge des principes de la CEDEAO? Second paradoxe, ce qui se dit à Conakry ne cesse de bousculer une logique (et même de la subvertir en l’inversant purement et simplement) selon laquelle les principes supranationaux sont plus forts que les lois nationales. Ce faisant, la junte au pouvoir extirpe irrémédiablement la CEDEAO du cercle des forces sur lesquelles elle peut s’appuyer et, par le fait même, lui dénie toute espèce de force opératoire dans la gestion de la crise sociopolitique guinéenne. 

Et il y a à craindre que, dans les prochains jours, le «pouvoir du peuple» ne présente qu’un visage totalement différent, sur certains points exactement inversé de celui de la démocratie-régime, puisqu’il ne s’agira plus ni du même pouvoir ni du même peuple. Car, à l’exercice du pouvoir institué, mis en forme dans et par un «régime», s’est substituée la mise en œuvre d’une puissance destituante et (ré-)instituante . Au peuple détenteur du «pouvoir explicite», détenteur de la «souveraineté», et identifié au tout de «la collectivité » ou de «la société», risque se substituer un peuple de sans pouvoir(s), un peuple qui se définit par sa privation et son exclusion du grand pouvoir.

À quoi tout cela oblige-t-il en pratique, ici et maintenant dans la «nouvelle Guinée»? Cela oblige à reconnaître que la tâche première de la CEDEAO est de contribuer à la constitution, à la consolidation et à l’extension des principes proprement démocratiques, c’est-à-dire proprement populaires. Proprement populaire signifiant ici deux choses. D’une part, que la CEDEAO soit reconnue de tous, et d’autre part que la junte au pouvoir à Conakry la reconnaisse comme telle.

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