Remaniement ministériel : la semaine des longs couteaux
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Le cyclone se rapproche 

Le temps du Président est arrivé, Paul Biya est le maître du temps, des pendules et des calendriers du Cameroun. Encore quelques jours et la tempête s’abattra sur le pays. Des baobabs seront déracinés, selon les prévisions de la météorologie politique. Il est temps de se mettre à l’abri.

La fin du règne de Paul Biya se résume par cette phrase : «Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent». Paul Biya, un homme haï par une partie de la population qui le tient pour responsable de leurs malheurs en besoins les plus élémentaires : des routes rurales, des dispensaires ruraux fournis en médicaments et en personnels médicaux, des écoles en zones rurales assurées en enseignants et en salles de classes. Ces populations qui veulent du travail pour leurs enfants diplômés des universités, ou des accompagnements pour leurs auto-insertions sociales, doivent sûrement haïr Paul Biya. 

A côté de ceux-ci, des impatients qui veulent son pouvoir et le Palais de l’Unité, qui chahutent sa longévité au pouvoir et son train de vie d’empereur. Ils le haïssent autant que ceux qui sont en prison, après avoir été ses collaborateurs ou de hautes personnalités de la République avant leurs disgrâces. Certains camerounais le haïssent tout simplement à cause de son entourage, cette meute prédatrice qui aura dévoré, brûlé et saccagé le concept de «rigueur et moralisation», qui étaient pourtant des principes devant soutenir son magistère à la tête du Cameroun. Mais, pour Paul Biya, cela n’a aucune importance, pourvu qu’ils le « craignent ».

Ils le craignent par ce qu’il est le seul à connaître l’avenir des événements comme la date de la finale de la Coupe du Cameroun de football. Comment ne pas craindre quelqu’un qui est le seul à connaître la date des prochaines échéances électorales, y compris les délais pour le renouvellement d’un gouvernement devenu politiquement insolvable après une élection législative ? C’est ce qu’on appelle « le temps du Président ». Des motions de soutien, de remerciements et de déférence sont en pleine rédaction dans la principale officine politique : (Le Rassemblement des Danseurs Professionnels du Cameroun) « RDPC » en attendant ce moment, et qui seront publiées au lendemain du remaniement ministériel. Il n’est pas exclu que des marches de soutien et de remerciements soient au programme, malgré le Covid-19 et le froid, après ce geste de Paul Biya tant attendu.

Le bal masqué des réseaux

Le remaniement ministériel, les bulletins météorologiques du pays l’annoncent « cyclonique », « tsunamique » dans la gamme de Katrina, plus en remous de surface, mais à forte amplitude sur l’échelle de Richter. Des vagues hautes, des torrents de larmes, des dégâts humains et matériels ; la désolation, la consternation, des frustrations et la tristesse dans les duplex et les foyers. Voilà ce qu’il faut prévoir. Les ministres en poste, pris au piège, ne peuvent plus se mettre à l’abri : ils sont déjà dans l’œil du cyclone. Ce sera un « remaniement ministériel-punition et de  reniement ». Parmi les ministres en fonction, il y a certains pour qui vous pouvez déjà préparer des lettres de condoléances et de compassion.

Dans l’attente, l’angoisse

Les ministres en fonction ont deux attitudes depuis quelques jours. Certains, qui se sont réveillés tard dans leurs charges et missions, font feu de tout bois et preuve d’un regain de dynamisme ces derniers temps. Il n’y a que le coronavirus qui les freine, sinon ils iraient comme de nouveaux fous, régler la circulation dans les grands carrefours aux heures de pointe et des gros embouteillages. Question d’être vu et de ne pas passer inaperçus. Ils s’efforcent de montrer (hélas, trop tard) qu’ils sont les hommes qu’il faut pour faire avancer le Cameroun vers l’émergence non plus en 2035, mais en 2022. Ils multiplient des descentes sur le terrain, masque au museau, pour montrer qu’ils suivent les instructions du Chef de l’Etat. Ils s’agitent, se débattent, ne dorment plus mais somnolent et sommeillent en public. Cela s’appelle l’énergie du désespoir ou encore les derniers spasmes d’un coq égorgé ou d’un condamné à mort. Cela n’a plus aucune importance, la frénésie et l’agitation de dernière minute ne sauraient faire oublier leur incompétence et l’incurie dont ils ont fait preuve pendant l’exercice de leurs fonctions. Mais on ne sait jamais, Paul Biya adore prendre du vieux pour faire du neuf si vous préférez, prendre les mêmes pour recommencer. 

D’autres semblent résignés, parmi les ministres en fonction. 

Il n’y a qu’à les voir à la télé, pour ceux qui osent encore sortir. Le regard vague, le sourire jaune, la mine défaite derrière le masque anti Covid-19. On comprend qu’ils ont eux-mêmes fait le décompte de leurs frasques et incuries, et y ont ajouté leur incompétence puis ont compris que la somme ne leur laissait aucune chance pour échapper au cyclone qui se rapproche. Ils ne peuvent pas démissionner, comme l’avait fait Maurice Kamto quelques jours avant un remaniement ministériel. Ce dernier, ayant eu vent qu’il ne sera pas dans le gouvernement en cours de finalisation, s’était empressé de déposer sa démission pour devenir un héros, voire un martyr, ce qui est plus valorisant (comme on le voit) que l’étiquette d’ancien ministre.

Ceux des ministres actuels qui savent qu’ils n’ont plus aucune chance d’être reconduits, ou mutés, se sont résignés à attendre leur sort pour ne pas fâcher le Chef de l’Etat, car ce dernier n’aime pas le mépris. Une démission du gouvernement, avant le très prochain remaniement ministériel, peut conduire à une convocation au Tribunal Criminel Spécial (TCS). Et, avec les casseroles qu’ils trainent dans les détournements de fonds et actes graves de corruption, il vaut mieux se tenir sagement et attendre que le sort arrive. Et le sort arrivera probablement, certainement, sûrement, inévitablement dans les très prochains jours.

Dans les foyers, ça brûle

Ceux des ministres qui ne l’ont pas encore fait le feront certainement au cours de cette semaine. Plusieurs ministres ont déjà dépouillé leurs bureaux des photos qui trônaient sur la table (femme, enfants, famille…) et des effets personnels. L’argent de la caisse noire et d’avance, qu’ils laissaient parfois dans le tiroir en rentrant le soir, est désormais emporté à la maison dans le grand sac que portent les gardes du corps. On ne sait jamais, puisque l’histoire de la République nous montre que certains remaniements ministériels ont été lus au journal de 20 heures, mais très souvent les week-ends.

Derrière les hautes barrières des duplex, c’est le calme apparent, l’inquiétude, l’incertitude, la peur. Une ambiance à couper au couteau, une atmosphère qui va s’alourdir encore plus cette semaine, au vu des grondements lointains, éclairs, arcs-en-ciel, greulons, tonnerres, qui précèdent le cyclone et qui augurent de sa violence ravageuse. On, on, on, on attend !

Saint Eloi Bidoung n’attend rien mais s’attend à d’autres représailles pour le faire taire, qui sait à jamais…. Que Dieu le protège.

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