Bibou Nissack se marie en catimini
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Malgré l’interdiction formelle de leur cérémonie nuptiale par le sous-préfet de Yaoundé II, le porte-parole de Maurice Kamto et son épouse ont convolé en justes noces le 14 août dernier.

« Ce mariage ne sera pas célébré ici », menace un officier de police posté devant l’hôtel Massao Palace, le 14 août dernier. La présence d’une vingtaine d’éléments des forces du maintien de l’ordre au lieu-dit « Marché 8e », au quartier Tsinga à Yaoundé fait suite à l’interdiction par Mamadi Mahamat, sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé II, de la célébration du mariage d’Olivier Bibou Nissack, porte-parole du président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc). Devant cette résidence hôtelière où est prévue la cérémonie, plusieurs personnes campent et manifestent des signes d’impatience et de nervosité. Parmi eux, Sa Majesté Biloa Effa et Engelbert Lebon Datchoua, tous deux cadres du Mrc.

Les visages burinés, ils attendent au milieu d’hommes en tenue qui leur tiennent compagnie. Deux d’entre eux sont postés devant l'entrée principale de l’hôtel pour empêcher les va-et-vient des usagers. Sur la porte principale, une note signée de la direction de l’établissement hôtelier est affichée. « La cérémonie du mariage du 14/08/2020 à Massao palace est annulée svp », renseigne le message. Dans ces moments de crispation, un jeune dans l'assistance attire l’attention par des vannes triées sur le volet et inhérentes à l’occasion. « Laissez-nous manger et boire. C'est tout ce que nous sommes venus faire. Depuis quand pour manger et boire, cela nécessite-t-il une aussi forte présence policière ? J’avais pourtant dit à mon ami Bibou que je ne suis pas encore star, alors, il n’avait pas besoin de s’inquiéter pour ma sécurité ». Telles sont quelques phrases reprises par l’artiste avec un zeste d'humour, sous le regard attentif des agents de police.

Raison d’État

12h35, la porte s'ouvre. Bibou Nissack, dans un costume gris, se présente à la foule. Une dizaine de personnes dont de hauts cadres de la police sont à ses côtés. Le marié invite ses convives à quitter les lieux. « Chers invités, nous vous prions de quitter les lieux. Le mariage a été annulé. L’hôtel nous a remboursés les frais déboursés pour l’occasion. Tout est donc annulé », dit-il aux convives inquiets. « Après un échange avec le commissaire divisionnaire que voici, il nous est formellement interdit de célébrer notre mariage pour « raison d’État », reprend le porte-parole de Maurice Kamto. Immédiatement, la foule se disperse sous l’insistance de la police.

Un cortège se forme et s’ébranle vers le domicile de Sa Majesté Biloa Effa. A la chefferie de Messa Nkoaba’a, tout est calme. Sur la véranda, deux tables sont dressées avec des chaises tout autour. Le dispositif n’est pas anodin. « Le mariage du couple Bibou Nissack a été célébré à 8h ici même », laisse-t-on entendre. « Nous sommes allés à l’hôtel juste pour faire diversion », précise sous cape un notable. Sur un mur, est affiché un document de publication de mariage. Le document a été signé le 10 juillet dernier par l’officier d’État civil, Sa Majesté Biloa Effa. Il renseigne également sur jour et de l’heure de célébration du mariage à savoir :

« le 14/08/2020 à 11 heures », lit-on. Après quelques civilités d'usage, le buffet est dressé et les convives présents invités à table, non sans consignes strictes de la part du couple à l’honneur. « Nous ne souhaitons pas que nos photos soient publiées sur les réseaux sociaux. Le nom de mon épouse doit rester secret. C’est ma vie privée, c'est mon combat et je tiens à le porter publiquement seul », insiste Olivier Bibou Nissack.

Combat juridique

Bien avant, dans la matinée, le conseil juridique du marié, Henry Emérand Kouokam, avocat au barreau du Cameroun, adressait une correspondance à l’attention du sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé II, avec pour objet : « authentification des décisions et notification à (la) personne (de l'officier d'État civil ?) ». Dans celle-ci, il s’interroge « sur l'opportunité de la sortie de l'autorité administrative relativement à un mariage, événement privé, devant se tenir dans un lieu privé, hors du champ des manifestations publiques soumises au préalable de la déclaration ». Et d’ajouter : « en considérant à priori que l’origine de ces notes demeure douteuse », le conseil « sollicite d'une part de certifier (ou non) que lesdites notes, émanent de votre administration ; et le cas échéant de nous tenir, sans délai, la preuve de notification au destinataire d’icelles ; étant entendu que les réseaux sociaux, malgré leur présence dans notre quotidien, ne constituent pas aux yeux du législateur, une voie de notification officielle d'une décision de l'autorité administrative ; celle personnelle demeurant de droit ».

Le conseil insiste : « si ces décisions incongrues émanaient réellement de l'autorité administrative, elles traduiraient à notre sens, un excès de pouvoir regrettable, signe d’une inconsistance juridique irrémédiable à laquelle nous accorderons le moment venu l’attention juridique qu’elle mérite ». Une notification de correspondance signée le même jour (14 août) accompagne ledit document. Le 13 août, le sous-préfet de Yaoundé II interdisait, sur l’ensemble de son territoire de commandement, « la cérémonie publique de mariage non déclarée prévue le 14 août 2020 par sieur Biloa Effa, officier d'État civil secondaire en disgrâce [il avait été destitué de son poste de chef traditionnel de Messa en décembre 2019 par le ministre de l’Administration territoriale, Ndlr] ». Motifs invoqués :

« défaut de déclaration de manifestation (cérémonie publique) ; défaut de qualité du secrétaire d’état civil, sieur Lewoua Valentin, défaut de publication de mariage ». Également, une lettre de l’autorité administrative a été adressée au responsable de l’hôtel Massao. Dans ce document avec en objet « rappel à la réglementation », il est demandé à la direction de cette entreprise de « surseoir à cette activité irrégulière ».

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