CAMEROUN :: Au-delà de la colère :: CAMEROON
CAMEROUN :: Au-delà de la colère :: CAMEROON
 
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Cameroon Tribune : Marie Claire NNANA
  • lundi 02 mars 2020 02:15:00
  • 1816

CAMEROUN :: Au-delà de la colère :: CAMEROON

Les Camerounais ont vécu depuis la dernière quinzaine, des jours particulièrement agités. Deux raisons à cela: la résonance médiatique de l’échange inattendu entre le président français, Emmanuel Macron, et un individu qualifié d’activiste, sur la situation politique au Cameroun; et la charge de Human Rights Watch, une ONG américaine, contre l’armée camerounaise, au sujet d’un supposé massacre de populations dans le Nord-Ouest. Les deux événements, délibérément relayés et commentés dans les réseaux sociaux, ont été suivis de vives manifestations de colère.

Une avalanche de réactions de désapprobation émanant aussi bien des Camerounais de l’étranger que de l’intérieur.  Leaders politiques et leaders d’opinion, chefs traditionnels, éditorialistes, société civile et religieuse, universitaires, tout ce qui compte au Cameroun a exprimé son indignation et a condamné ce qui s’apparente d’un côté à une atteinte à la dignité présidentielle et de l’autre, à une énième manœuvre de déstabilisation orchestrée par l’ONG américaine.

Avant ce concert de protestations, la réaction officielle avait été enregistrée, à travers deux déclarations publiques du ministre de la Communication et un communiqué du ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République. Dans l’hystérie de ces mouvements grégaires, peu de personnes ont pourtant questionné la proximité des deux événements. En effet, même si le lien entre les élucubrations d’un activiste et les accusations de Human Rights Watch ne saute pas aux yeux, il est loisible d’observer que les deux incidents concourent à la dégradation de l’image du Cameroun, en remettant gravement en cause sa volonté de protéger les populations victimes de violences dans les zones de conflit et sa détermination à enrayer définitivement les crises sécuritaire et politique.

La perception par nos partenaires de la gestion des crises que subit le Cameroun est un autre paradigme d’analyse intéressant. En effet, au lendemain de l’organisation du Grand dialogue national et du double scrutin électoral, et après la promulgation de la loi octroyant un statut spécial aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le Cameroun a reçu de l’ONU, de l’Union africaine, du Commonwealth et de la Francophonie, des messages forts d’approbation et d’encouragement. Ces partenaires institutionnels l’exhortaient alors à aller un peu plus vite et un peu plus loin dans la mise en œuvre des recommandations issues du Grand dialogue national. Comment expliquer que si peu de temps après ces premiers signaux positifs, le doute soit soudain jeté sur la volonté politique des dirigeants, et l’oreille ouverte avec une telle facilité, pour ne pas dire une telle complaisance, au récit d’une ONG dont les motivations et les méthodes sont connues de tous?

Autant le dire, ou le redire: l’Afrique est la nouvelle ligne de front entre une Chine conquérante qui fait peur et un Occident qui entend limiter l’influence croissante de celle-ci. Ainsi, afin de garder sous son contrôle l’une de ses sphères d’influence traditionnelles, l’Afrique, l’Occident a-t-il abandonné le Soft Power culturel qu’il exerçait sur elle, pour imposer de manière directe et brutale, la culture de ses valeurs à lui et l’étendard des droits de l’Homme. Et pour ce faire, il dispose d’une arme fatale, ses ONG, dont le système de financement a fini de convaincre que leur véritable raison d’être était aux antipodes de l’humanitaire. Les « atrocités » qu’elles dénoncent n’étant en réalité destinées qu’à fournir le prétexte d’une immixtion de la communauté internationale, ou d’une intervention militaire.

Il n’est pas superflu d’ajouter que beaucoup de guerres, de bombardements ou d’occupations de pays souverains, se sont octroyé de cette manière le statut de « guerres justes », alors qu’ils se perpétraient en parfaite violation du droit international et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Afin d’étayer ces évolutions, le journaliste allemand Michael Lüders  a  démystifié  et expliqué le rôle de l’Occident dans les violences qui ensanglantent le Proche-Orient, dans un ouvrage-clé paru en 2017 sous le titre: Ceux qui récoltent la tempête. Il y dévoile sans ambages les manœuvres des puissances occidentales et lance un avertissement: « Méfiez-vous de ceux qui se gargarisent avec les « valeurs » au lieu de désigner les intérêts ». En observant la situation du Cameroun, accusé en permanence de bafouer les droits de l’Homme par Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières et toujours sur la sellette dans les médias, chacun peut se faire sa petite idée sur les véritables motivations de ce harcèlement. 

Si l’on devait néanmoins tirer quelques leçons de ces jours d’agitation, c’est avant tout celle-ci: Il faut savoir sauvegarder l’essentiel. Au-delà de son propre étonnement et des manifestations de colère de la rue, le gouvernement du Cameroun sait qu’il a besoin de ses amis et partenaires pour venir à bout des crises qui étranglent son économie et menacent l’équilibre social. Aucun pays, fût-il le plus puissant, ne peut vivre comme une île. La France est à cet égard pour le nôtre, une alliée de poids et un interlocuteur de choix.

C’est au nom de cette vision à la fois pragmatique et constructive que le gouvernement a une fois encore interpellé les amis du Cameroun en les exhortant à ne plus héberger les commanditaires des actes de violence et de barbarie. C’est dans le même esprit que le ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, a rappelé le caractère « historique » du lien unique entre le Cameroun et la France. Mais le gouvernement devra sans doute aller plus loin, en créant et en animant ses propres réseaux d’influence dans le monde, afin d’informer et de persuader ses partenaires de sa bonne foi et de son engagement dans l’action, contrant ainsi la propagande des ONG. Autre leçon et non des moindres: il faut une base populaire et une forte alliance nationale autour de l’idée de défense de la patrie. Si l’esprit de la résistance aux velléités prédatrices doit se fonder sur la volonté populaire elle-même, alors, nous en avons encore eu la preuve: la révolte contre les profanateurs de la souveraineté nationale est toujours inscrite dans l’ADN des Camerounais, de quelque bord qu’ils soient. 

Mais au-delà des motions de soutien et de la colère, le moment est propice pour poser enfin des actes d’amour envers notre pays, des actes convaincants pour les autres, qui amélioreraient la perception du Cameroun. Car si les crises ne se résorbent pas aussi rapidement que nous le souhaitons, c’est en partie parce que beaucoup adoptent des comportements antipatriotiques, jouent le jeu des prédateurs au nom d’intérêts inavoués; méprisent l’intérêt général; s’approprient ou sabotent les projets, privatisent à leur seul profit les services publics, entretiennent les réseaux de corruption, ternissent l’image par une désinformation massive, cultivent le dénigrement des dirigeants.  Et j’en passe.  Oui le Cameroun a terriblement besoin d’être aimé de ses enfants. En dirigeant enfin la colère contre la part obscure de nous-mêmes, nous créerions l’électrochoc nécessaire pour changer le Cameroun… et la face du monde.

02mars
Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE

canal de vie

Vidéo