Un bus Moghamo Express reliant Douala à Bamenda est sorti de route à la falaise de Dschang. Plusieurs blessés, dont une femme enceinte, évacués vers l'hôpital.

Mardi matin, un autocar de la compagnie Moghamo Express a quitté la chaussée à la falaise de Dschang, sur l'axe Douala-Bamenda. Les autorités locales ne signalent aucun décès à ce stade. Plusieurs passagers ont été blessés. Parmi eux, une femme enceinte, évacuée vers l'Hôpital annexe de Dschang.

Ce tronçon de 15 kilomètres, avec ses 52 virages, a déjà enterré des dizaines de vies. Et il continue.

Un bus, un fossé, et une falaise qui ne pardonne pas

Les faits sont simples. Mardi matin, un autocar de Moghamo Express assurait la liaison entre Douala, la capitale économique, et Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest. Le véhicule a quitté la chaussée avant de s'immobiliser dans un fossé en contrebas de la route.

L'accident s'est produit à la falaise de Dschang, dans la région de l'Ouest. Cette zone montagneuse est redoutée pour ses virages serrés, sa forte déclivité et ses conditions de visibilité qui se dégradent vite.

Les équipes de secours et la gendarmerie locale ont été déployées sur les lieux. Objectif : sécuriser la zone et fluidifier un trafic déjà dense sur cet axe stratégique pour le transport de passagers et de marchandises.

Aucun décès n'a été signalé par les autorités locales dans l'immédiat. Nous n'avons pas pu obtenir de bilan officiel consolidé du nombre exact de blessés avant publication. L'Hôpital annexe de Dschang a reçu les passagers touchés.

Parmi les victimes figure une femme enceinte. Son état nécessite une surveillance accrue en raison de saignements consécutifs au choc, selon les premières informations disponibles.

Les voyageurs sortis indemnes sont restés bloqués sur le site. Un véhicule de substitution affrété par le transporteur devait leur permettre de poursuivre leur trajet vers Bamenda.

52 virages, 15 kilomètres, et une réputation de cimetière

La falaise de Dschang. Les Camerounais la connaissent. Ils la craignent.

Le tronçon fait 15 kilomètres. Il compte 52 virages. La route serpente entre la plaine des Mbo et les plateaux de l'Ouest. Les poids lourds y descendent en freinant, les bus s'y croisent, les motos s'y glissent. Et parfois, tout s'arrête.

Les chiffres donnent le vertige. En janvier 2018, 21 morts et 38 blessés. En janvier 2021, 53 morts et 29 blessés graves dans une collision bus-camion. En mai 2021, 5 morts et plus de 20 blessés. En juin 2024, un minibus parti de Bamenda finit dans un ravin : 5 morts, 25 blessés. En juillet 2024, 7 morts. En septembre 2024, 8 morts et 62 blessés. En novembre 2024, un double éboulement ensevelit des bus et des voitures : 14 morts.

Sur les cinq premiers mois de 2021, 60 personnes ont perdu la vie sur ce seul tronçon de 15 kilomètres.

Ces bilans proviennent de sources médiatiques locales, de la brigade routière de Bafoussam et de l'hôpital régional annexe de Dschang.

Une route reconstruite, mais une falaise toujours dangereuse

Le 1er octobre 2026, la section réhabilitée de la falaise de Dschang a été officiellement remise en circulation. 367 mètres reconstruits. Deux ans de travaux après le double éboulement meurtrier du 5 novembre 2024.

Le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, a présidé la cérémonie. La circulation reprenait enfin sur cette portion de la route régionale R0606 entre Bafoussam et Santchou, fermée depuis le drame.

Deux semaines plus tard, un bus sort de route.

La question se pose : la réhabilitation a-t-elle réglé le problème ? Les travaux ont porté sur une section précise. La falaise, elle, reste une falaise. Les 52 virages sont toujours là. La déclivité aussi.

L'entreprise chinoise CFHEC a mené les travaux. La couche de roulement a été achevée en mai 2026, la mise en service en octobre. Mais un revêtement neuf ne change pas la géographie.

Pourquoi cette route tue

Les causes se répètent. Les rapports, les témoignages, les constats de gendarmerie pointent les mêmes facteurs.

Le système de freinage. C'est la cause la plus fréquemment citée. En juin 2024, un minibus parti de Bamenda pour Douala a fini dans un ravin à cause d'une défaillance des freins. En mai 2021, même scénario : un défaut de freinage a causé 5 morts.

La vitesse. Les bus interurbains descendent la falaise à une vitesse excessive. Les chauffeurs connaissent la route, parfois trop bien. La confiance tue.

La surcharge. Un bus de 70 places qui en transporte 80, c'est une réalité documentée sur cet axe. Le poids supplémentaire sollicite davantage les freins, déjà mis à rude épreuve par la descente.

L'état de la chaussée. Malgré la réhabilitation récente, certaines portions restent dégradées. Les nids-de-poule, les affaissements, les traces d'éboulements passés compliquent la conduite.

La fatigue. Les trajets Douala-Bamenda durent 8 à 10 heures dans les meilleures conditions. Les chauffeurs enchaînent parfois les rotations.

Ce que le gouvernement dit, ce qu'il fait

Le ministère des Transports a déployé un dispositif de surveillance numérique. Le système Ym@ne Driver, développé avec MTN-CAMTRACK, équipe les véhicules interurbains. Caméras, capteurs embarqués, alertes en temps réel.

En 2025, selon le ministère, ce dispositif a permis de prévenir 644 318 facteurs de risque d'accidents. Dont 582 319 cas d'excès de vitesse. 30 015 cas de fatigue ou somnolence. 26 205 cas de non-port de la ceinture. 4 333 cas d'usage du téléphone au volant.

Le dispositif existe. Il fonctionne. Mais il n'empêche pas les accidents.

Le gouvernement vise une réduction de 50 % des accidents. L'objectif est affiché. Les résultats, eux, se mesurent en vies sauvées ou perdues. Sur la falaise de Dschang, le compteur tourne toujours.

Ce que les voyageurs disent

Sur les réseaux sociaux, les réactions affluent à chaque nouvel accident. La colère, la lassitude, la résignation.

« La route principale est carrément impraticable dans le Haut-Nkam. On a dû passer par Yaoundé, alors qu'on n'allait pas à Yaoundé. On est morts de fatigue », raconte Alice, une voyageuse rencontrée sur l'axe Douala-Bafoussam.

« Je suis arrivé à 2 heures du matin. C'était une pure torture. Si les agences de transport faisaient passer les bus par la Nationale 3 jusqu'à Yaoundé puis la Nationale 6, même à coût double, les voyageurs ne passeraient pas 10 ou 11 heures sur la Nationale 5 pour arriver en morceaux », s'indigne un autre voyageur.

Un transporteur, Mika Séma, résume le sentiment général : « On paie des péages pour entretenir les routes, mais quel entretien ? Cette route est un piège mortel. Si le gouvernement n'agit pas, il faut exiger le changement avant que d'autres vies ne soient perdues. »

Le triangle de la mort

La falaise de Dschang n'est qu'un maillon. L'axe Douala-Yaoundé-Bafoussam, surnommé le « Triangle de la mort », concentre une part importante des accidents mortels au Cameroun.

Près de 100 décès par mois sur l'ensemble de ce triangle, selon des témoignages de voyageurs et des rapports locaux. Un chiffre non confirmé officiellement, mais qui revient régulièrement.

Le Cameroun enregistre environ 16 500 accidents de la route et près de 6 000 décès par an, selon des études universitaires. Le ministère des Transports évoque 1 500 morts annuels. L'écart entre les deux chiffres s'explique en partie par les différences de méthodologie et la sous-déclaration.

Un enfant de 15 ans tué par un camion à Douala. Une femme fauchée par un bus à Yaoundé. Un conducteur de moto-taxi percuté à Bafoussam. Les statistiques ont des visages.

La falaise de Dschang ne disparaîtra pas. La route devra y passer. Les bus continueront de la descendre.

Ce qui peut changer, c'est la façon dont on l'aborde. Des contrôles techniques renforcés. Des sanctions effectives contre les surcharges. Des temps de conduite limités et respectés. Une signalisation adaptée aux virages. Des aires de repos pour les chauffeurs.

Le dispositif Ym@ne Driver existe. Il pourrait être étendu, renforcé, couplé à des contrôles physiques. La technologie seule ne suffit pas. Il faut des hommes pour l'appliquer, des juges pour sanctionner, des politiques pour financer.

Un an après le double éboulement de novembre 2024, la route a rouvert. Deux semaines après la réouverture, un bus est sorti.

La falaise, elle, attend le prochain.


Que s'est-il passé à la falaise de Dschang le 13 octobre 2026 ?
Un bus de la compagnie Moghamo Express, reliant Douala à Bamenda, est sorti de route. Plusieurs passagers ont été blessés, dont une femme enceinte. Aucun décès n'a été signalé dans l'immédiat.

Pourquoi la falaise de Dschang est-elle si dangereuse ?
Le tronçon fait 15 kilomètres et compte 52 virages. La pente est forte. Les freins des bus et des camions sont mis à rude épreuve. Les causes fréquentes d'accidents sont la défaillance du système de freinage, la vitesse excessive, la surcharge et la fatigue des conducteurs.

Combien d'accidents mortels ont eu lieu sur la falaise de Dschang ?
Des dizaines. En janvier 2021, 53 morts. En novembre 2024, un double éboulement a fait 14 morts. En septembre 2024, 8 morts et 62 blessés. En juin 2024, 5 morts. Ces bilans proviennent de sources médiatiques et de la brigade routière de Bafoussam, non consolidés par un rapport officiel unique.

La route a-t-elle été réparée ?
La section réhabilitée de 367 mètres a été mise en circulation le 1er octobre 2026, après deux ans de travaux. Mais la falaise reste une falaise. Les virages, la pente et les risques sont toujours là.