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© Camer.be : Toto Jacques
- 07 Sep 2026 12:49:30
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Stade Olembé : Piccini gagne, le Cameroun perd 250 milliards
L’État du Cameroun définitivement condamné à verser 250 milliards FCFA à Gruppo Piccini pour l’éviction abusive du groupe italien du chantier du stade d’Olembé. Une facture qui plombe les finances publiques.
Gruppo Piccini remporte une victoire judiciaire définitive face à l’État du Cameroun, condamné à verser près de 250 milliards de francs CFA d’indemnisation pour l’éviction abusive du groupe italien du chantier du stade d’Olembé un coup dur pour les finances publiques camerounaises.
L’État du Cameroun a perdu. Définitivement. La justice a tranché en faveur de Gruppo Piccini, condamnant Yaoundé à verser près de 250 milliards de francs CFA au groupe italien. Une sentence qui referme le plus retentissant feuilleton judiciaire des infrastructures camerounaises.
Derrière ce verdict, une question qui fâche : comment un projet sportif censé célébrer l’unité nationale est-il devenu le symbole d’une gabegie financière sans précédent ? Alors que le Cameroun croule déjà sous une accumulation de contentieux arbitraux dépassant les 600 milliards de francs CFA, cette condamnation pourrait bien être le coup de grâce pour un budget déjà exsangue.
Les origines d’un fiasco annoncé
Tout commence en 2015. Le Cameroun confie au groupe italien Gruppo Piccini la construction du complexe sportif d’Olembé, une infrastructure phare de 60 000 places destinée à accueillir la Coupe d’Afrique des Nations 2021. Le contrat initial est signé pour 163 milliards de francs CFA (environ 250 millions d’euros).
Quatre ans plus tard, le 29 novembre 2019, le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi annonce la résiliation unilatérale du contrat. Motif invoqué : des « retards accumulés » qui menaçaient la tenue de la CAN. Le marché est immédiatement confié au canadien Magil Construction.
Piccini ne l’entend pas de cette oreille. Dès les 72 heures suivant la décision, le groupe italien menace de traduire l’État camerounais en justice. Le bras de fer judiciaire est lancé.
L’entreprise italienne saisit le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) de Washington, une instance d’arbitrage rattachée à la Banque mondiale. Son argument : elle a été évincée de manière abusive alors que son contrat restait pleinement exécutable.
LE VERDICT : Une condamnation définitive
Après plusieurs années de procédure, la justice a rendu son verdict. Gruppo Piccini remporte définitivement la bataille judiciaire. La décision est sans appel : l’État du Cameroun est condamné pour rupture abusive de contrat.
Les conséquences financières sont vertigineuses. L’indemnisation s’élève à près de 250 milliards de francs CFA soit plus de 381 millions d’euros que l’État camerounais devra verser au groupe italien. Ce montant s’ajoute aux 113 milliards de francs CFA déjà perçus par Piccini entre 2015 et 2019.
« Ce jugement, s’il venait à être confirmé et exécuté, pourrait considérablement alourdir la facture globale du Stade d’Olembé, portant le total à plus de 500 milliards FCFA », soulignaient déjà les observateurs en mai 2025.
Le contentieux avec Piccini n’est pas isolé. La société canadienne Magil Construction, qui avait repris le chantier après l’éviction de Piccini, réclame également 17 milliards de francs CFA devant la Chambre de commerce internationale de Paris. L’addition totale des deux contentieux atteint 267 milliards de francs CFA.
Le stade, inauguré partiellement en janvier 2022 pour les besoins urgents de la CAN, reste aujourd’hui inachevé. Le chantier est à l’arrêt total depuis 2022.
Une facture qui s’ajoute à une accumulation de contentieux
La condamnation Piccini n’est que la partie émergée d’un iceberg judiciaire. Selon le Rapport de certification du Compte général de l’État 2024, publié par la Chambre des comptes de la Cour suprême, le Cameroun fait face à une accumulation de contentieux financiers liés à la gestion des grands projets.
Parmi eux :
- Sundance Resources (Australie) : l’entreprise a remporté un arbitrage devant la CCI de Paris pour le projet minier de Mbalam-Nabeba, condamnant le Cameroun à verser 355 milliards FCFA
- Piccini : 250 milliards FCFA (décision définitive)
- Magil Construction : 17 milliards FCFA (procédure en cours)
- Tollcam Partenariat SAS : contentieux sur les péages automatiques
Le total des passifs potentiels ou avérés dépasse désormais les 650 milliards de francs CFA.
Des finances publiques déjà sous tension
La dette publique camerounaise représentait environ 46 % du PIB en 2023, et le pays emprunte régulièrement auprès du FMI et de la Banque mondiale. Une charge additionnelle de 250 milliards FCFA soit près de 1,2 % du PIB viendra alourdir un budget déjà contraint.
Selon la Chambre des comptes, ces risques contentieux sont encore qualifiés « d’indéterminés », mais la décision définitive dans l’affaire Piccini transforme désormais un risque en charge certaine.
Le projet Olembé, initialement évalué à 163 milliards, aura finalement coûté plusieurs fois son budget initial. Entre les paiements déjà effectués, les indemnités à verser et les surcoûts, la facture pourrait dépasser les 500 milliards FCFA.
Un signal inquiétant pour la gouvernance
Cette affaire soulève des questions fondamentales sur la gestion des grands projets publics au Cameroun. Comment un contrat de 163 milliards a-t-il pu aboutir à une condamnation de 250 milliards supplémentaires ?
Les observateurs pointent plusieurs dysfonctionnements :
- L’absence de concertation préalable avant la résiliation unilatérale de 2019
- Le manque de transparence dans l’attribution du marché à Magil en urgence
- L’impréparation juridique face aux risques d’arbitrage international
« L’affaire Olembe dépasse le simple cadre d’un différend commercial. Elle renvoie aux conditions dans lesquelles les grands projets d’infrastructures publiques sont attribués, exécutés et, parfois, interrompus », analyse Actu Cameroun.
L’image internationale en jeu
Au-delà de l’impact financier, c’est la crédibilité du Cameroun comme partenaire économique qui est en jeu. Une condamnation de cette ampleur par le CIRDI organe de la Banque mondiale envoie un signal négatif aux investisseurs étrangers.
Le gouvernement camerounais pourrait désormais envisager une reprise du chantier « en régie », sous maîtrise d’œuvre directe du ministère des Sports. Une option rare pour une infrastructure de cette envergure, qui témoigne de la défiance accumulée envers les prestataires internationaux.
PERSPECTIVE Et maintenant ?
La décision judiciaire est définitive. L’État du Cameroun n’a plus d’autre choix que de s’exécuter, sous peine de voir les sanctions internationales s’accumuler.
Reste à savoir :
1. Comment le gouvernement financera-t-il cette charge ? Un nouvel emprunt, des coupes budgétaires, ou un rééchelonnement de la dette ?
2. Quel avenir pour le complexe d’Olembé ? Le stade, inauguré partiellement en 2022, attend toujours son achèvement.
3. Quelles leçons tirer pour les futurs grands projets ? Le Cameroun prévoit d’autres infrastructures majeures saura-t-il éviter de reproduire les erreurs d’Olembé ?
Une certitude : le stade Paul Biya d’Olembé, fierté architecturale affichée du Cameroun, restera dans les mémoires comme le symbole d’une gouvernance à la fois dispendieuse et dysfonctionnelle.
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