Kamdem accusé de manipuler l'évangile pour remplir son église
CAMEROUN :: RéLIGION

Cameroun - Kamdem accusé de manipuler l'évangile pour remplir son église

De retour d'exil après dix ans, le pasteur Dieunedort Kamdem est accusé par une tribune virale de manipuler la peur des Camerounais sur la santé du président Paul Biya pour remplir ses églises; une pratique qualifiée d'« indécente » et de « manipulation spirituelle ».

La scène est digne d'un mauvais film. Un pasteur, de retour au pays après dix ans d'absence, monte sur scène et lance : « Nous allons prier pour le retour du chef de l'État parce qu'il y a des gens qui disent qu'il ne reviendra plus. »

En quelques secondes, la panique s'installe. Les fidèles s'inquiètent. Les réseaux sociaux s'enflamment. Et les offrandes dit-on pleuvent.

Mais derrière cette prière se cache une question qui dérange : le pasteur Dieunedort Kamdem est-il en train de transformer la santé du président en outil de croissance pour son église ?

Un retour d'exil très médiatisé

Le 13 juillet 2026, le pasteur Dieunedort Kamdem atterrit à l'aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. Après dix ans d'absence, il est de retour. Son exil avait débuté en 2016, précipité par des accusations d'escroquerie financière liées à une entreprise de placement d'argent en Côte d'Ivoire. Installé au Canada puis en Côte d'Ivoire, il a finalement été innocenté par les juridictions ivoiriennes.

Son retour est soigneusement mis en scène. Une fois sorti de l'aéroport, l'homme se prosterne de tout son long et baise le sol camerounais. La vidéo devient virale. Le « Général de Dieu » est de retour.

Mais à peine a-t-il posé le pied sur le sol camerounais qu'il multiplie les sorties médiatiques. Le 26 juillet, il déclare sur Actualité 1 que Paul Biya quittera le pouvoir, désignant Cabral Libii comme son successeur. Une prophétie politique qui met le feu aux poudres.

Quelques jours plus tard, une autre déclaration fait bondir une partie de l'opinion. Cette fois, il ne s'agit plus de politique, mais de santé. Il appelle à prier pour le retour du président, évoquant des rumeurs sur son état de santé.

« Paul Biya va quitter le pouvoir, comme Ahidjo l'avait fait. J'ai l'impression qu'après son départ, on va le regretter […] Après Paul Biya, le meilleur candidat sera Cabral Libii. »

La tribune qui a tout changé

C'est Thierry Biassi qui a mis les pieds dans le plat. Dans une tribune devenue virale, il écrit :

« Monsieur le Pasteur, avec tout le respect dû à la soutane : Arrêtez. »

Et il détaille ce qui dérange :

« Prier pour les autorités, oui. C'est biblique. Mais transformer "l'absence du Président" en argument pour remplir ton église ? C'est comme utiliser le deuil d'une famille pour vendre des tickets. C'est indécent. »

L'accusation est claire : le pasteur Kamdem utiliserait la peur des Camerounais sur la santé du chef de l'État pour remplir ses églises et récolter les offrandes.

Quand la peur devient une stratégie marketing

« Il y a des gens qui disent qu'il ne reviendra plus. »

Cette phrase, prononcée par le pasteur, est au cœur de la polémique. Biassi interpelle :

« Qui sont ces gens s'il te plaît Monsieur le Pasteur ? Vous avez leurs noms ? Non. Vous n'avez que la rumeur. »

Dans un pays comme le Cameroun, où l'état de santé du président Paul Biya est un sujet ultrasensible, évoquer son absence, c'est allumer une mèche. Parti de Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe », le président âgé de 93 ans n'est toujours pas rentré. Le gouvernement a dû multiplier les démentis : « Le président est en vie... Il n'y a aucune vacance du pouvoir ! »

Biassi dénonce ce qu'il appelle une « manipulation spirituelle » :

« Vous créez la panique le dimanche pour récolter les offrandes. Appelons ça par son nom : De la manipulation spirituelle. »

Un passé judiciaire qui interroge

Ce n'est pas la première fois que le pasteur Kamdem est accusé de pratiques douteuses. Fondateur de la « Cathédrale de la Foi » à Yaoundé, il est à la tête d'une véritable holding spirituelle et médiatique : quatre stations de radio, un journal, une chaîne de télévision, une école de formation de pasteurs.

En 2017, il avait incité près de 250 à 300 fidèles à placer des fonds dans une société de placement, promettant des rendements alléchants. Un avis de recherche avait été lancé contre lui.

Le pasteur est aujourd'hui de retour, blanchi par la justice ivoirienne. Mais les observateurs restent prudents. Sa propension à mêler foi et argent, spiritualité et marketing, est régulièrement pointée du doigt.

« La vie d'un homme n'est pas un outil d'évangélisation »

Au-delà de la personne du pasteur Kamdem, c'est une pratique plus large que dénonce Thierry Biassi :

« Le Chef de l'État incarne le Cameroun. Point. Qu'on soit pour ou contre, sa vie ne peut pas devenir un thème de prédication pour faire le buzz sur Facebook. Demain si c'est la santé de votre mère qu'on commente sur TikTok pour avoir des vues, vous allez aimer ? »

L'appel est clair : la foi ne doit pas être utilisée comme un instrument de manipulation.

« Si Dieu vous a vraiment parlé, allez prier dans votre chambre comme Jésus l'a dit. Ne venez pas nous faire du "breaking news prophétique" à chaque culte. »

Et Biassi de conclure, dans une formule qui résume l'essentiel :

« La vie d'un homme n'est pas un outil d'évangélisation. Et la peur du peuple n'est pas une stratégie de croissance d'église. »

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