Divine et Sylvana : deux crimes, zéro procès
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Cameroun - Divine et Sylvana : deux crimes, zéro procès

Divine Mbarga et Sylvana Awono, violées et tuées. Des suspects arrêtés. Des promesses. Mais toujours aucun procès. Enquête sur une justice enlisée.

Un an après le viol et le meurtre de Divine Mbarga à Nkoabang, et trois mois après les 17 coups de couteau qui ont tué Sylvana Awono à Nkolndongo, les familles attendent toujours un procès. Les suspects sont identifiés. Les communiqués ont été publiés. La justice, elle, reste silencieuse.

Divine et Sylvana : deux crimes, zéro procès

Divine Mbarga Atangana avait 11 ans. Elle est morte le 19 mars 2026 à Nkoabang, en périphérie de Yaoundé. Violée, étranglée, abandonnée dans une maison en chantier. Sylvana Awono avait 11 ans. Elle est morte le 28 juin 2026 à Nkolndongo, dans le 4ᵉ arrondissement de Yaoundé. Dix-sept coups de couteau.

Les deux affaires ont provoqué une indignation nationale. Les deux ont fait l'objet de communiqués ministériels fermes. Un suspect a été arrêté dans le premier dossier. Une suspecte a été interpellée dans le second.

Et pourtant.

Aucun procès public n'a eu lieu. Aucune condamnation n'a été prononcée. Aucune audience n'a été annoncée. Les familles attendent.

Nkoabang, mars 2026 : quatre heures de supplice

Divine Mbarga Atangana vivait chez sa grand-mère à Nkoabang, un quartier de la périphérie de Yaoundé. Le 18 mars 2026, elle quitte la maison pour aller réviser ses leçons chez un camarade de classe. La maison est en chantier. Elle fait confiance : c'est celle d'un ami, sous le toit d'un adulte.

Cet homme s'appelle Moadambe Éric. Technicien en bâtiment, père de trois enfants, originaire d'Akonolinga. Selon les premiers éléments de l'enquête, il transforme cette soirée d'étude en calvaire. Il aurait utilisé son propre fils de 11 ans le camarade de Divine comme guetteur. Entre 23 heures et 3 heures du matin, les cris de la fillette déchirent la nuit. « Laissez-moi, ça fait mal ! », entend-on.

Quatre heures. Aucune porte ne s'ouvre. Le lendemain matin, le corps est découvert. Le diagnostic préliminaire est atroce : fracture de la nuque.

Moadambe Éric est interpellé le 26 mars 2026. Il est présenté au tribunal de Mfou, dans la banlieue de Yaoundé. Deux autres personnes sont impliquées. Le dossier est ouvert.

Six mois plus tard, nous avons tenté de savoir où en était la procédure. Le parquet de Mfou n'a pas répondu à nos sollicitations. Le ministère de la Justice n'a pas non plus communiqué sur le calendrier. Une source judiciaire, qui a requis l'anonymat, évoque « des lenteurs procédurales » sans plus de précisions.

La mère de Divine, elle, a pris la parole publiquement. Elle a refusé tout arrangement. « Là où mon enfant revient vivante, ou c'est justice pour ma Divine », a-t-elle déclaré, selon des propos rapportés par 237online.

Nkolndongo, juin 2026 : dix-sept coups de couteau

Trois mois après Nkoabang, le quartier Nkolndongo se réveille sous le choc. Sylvana Awono, 11 ans, a été tuée dans la nuit du 27 au 28 juin 2026. Elle était seule à la maison. Sa mère était en déplacement. Son père, à une veillée juste à côté.

D'après les témoignages des proches relayés par le Cameroon Tribune, une jeune femme de 17 ans se serait introduite dans la concession. Elle a cassé une vitre. Sylvana l'a reconnue comme « une fille du quartier » et lui a ouvert. Les coups ont suivi. Dix-sept coups de couteau, selon les constatations du médecin légiste.

La suspecte a été interpellée le 28 juin 2026 dans un lieu de culte. Selon les informations publiées par plusieurs médias, elle a livré des déclarations contradictoires. Elle aurait affirmé avoir agi sur les instructions d'un « apôtre » d'une église évangélique. Puis elle aurait prétendu avoir pris l'enfant pour un python.

Les autorités ont mis en demeure cette église de s'expliquer. Un ultimatum de 14 jours a été adressé à ses responsables, selon .

Le père de Sylvana, lui, a appris la mort de sa fille sur les réseaux sociaux, trois jours après les faits. « Je suis sans voix », a-t-il écrit sur Facebook. « Je veux que justice soit rendue à Sylvana ».

La mécanique de l'enlisement

Ce qui relie ces deux affaires, au-delà de l'horreur, c'est le vide qui suit.

Dans les deux cas, les réactions institutionnelles ont été rapides. Après le meurtre de Divine, Pauline Irène Nguene, ministre des Affaires sociales, a condamné « avec la plus grande fermeté les récents cas d'infanticides et de violences sur les enfants » et annoncé plusieurs axes d'action : poursuite des auteurs, renforcement des dispositifs d'alerte communautaires, accompagnement psychosocial des victimes. C'était le 30 mars 2026. Le communiqué a été publié. Les mesures annoncées n'ont pas fait l'objet d'un suivi public documenté.

Une enquête exclusive de Jeune Afrique, publiée le 1er avril 2026, documente cette « mécanique de l'esquive ». Entre le drame et le communiqué, puis entre le communiqué et le silence, aucun dispositif national renforcé de protection de proximité n'a été mis en place. Pas de mécanisme d'alerte rapide dans les quartiers. Pas de contrôle systématique des zones à risque. Les bâtiments en chantier, terrains de chasse des prédateurs, n'ont toujours pas fait l'objet d'une politique de sécurisation.

Le numéro vert 116 existe. Il est censé permettre de signaler les violences contre les enfants. Nous avons tenté de savoir combien d'appels avaient abouti à des poursuites. Le ministère de la Promotion de la femme et de la famille n'a pas répondu à nos questions avant publication.

Ce que disent les chiffres

Le système des Nations Unies au Cameroun a publié, le 4 juin 2026, un communiqué exprimant sa « profonde préoccupation » face à la recrudescence des infanticides, féminicides et violences sexuelles contre les enfants.

Les chiffres officiels donnent la mesure du phénomène. Entre janvier et avril 2026, les autorités ont enregistré 50 féminicides, 166 viols, 13 infanticides, 3 enlèvements et 3 cas de sévices corporels sur enfants, selon les données du ministère de la Promotion de la femme et de la famille. Parallèlement, 850 enfants dont 722 filles et 128 garçons ont été recensés comme victimes d'agressions sexuelles ou de violences psychologiques.

Treize infanticides en quatre mois. Combien de procès ? Nous n'avons pas pu obtenir ce chiffre. Le ministère de la Justice n'a pas répondu à nos questions.

La question de la justice à géométrie variable

Pourquoi ces affaires s'enlisent-elles ?

Une source judiciaire évoque la complexité des dossiers, la charge des tribunaux, les expertises médico-légales. Ce sont des explications plausibles. Elles ne suffisent pas à expliquer pourquoi certaines affaires aboutissent à des condamnations exemplaires comme celle de Dagobert Nwafo, condamné à mort en mars 2026 pour le meurtre d'un enfant de 6 ans tandis que d'autres semblent disparaître des radars.

Le 7 avril 2026, Faustin Abega, l'auteur d'un commentaire sur Facebook jugé « désobligeant » envers Divine, a été arrêté pour « apologie du crime ». Il a été présenté à la justice et a publiquement présenté ses excuses. Son dossier a avancé.

Moadambe Éric, lui, est toujours en détention. Aucune date de procès n'a été annoncée.

Nous avons tenté de joindre le tribunal de Mfou le 29 septembre 2026. Sans succès. Nous avons également sollicité le ministère de la Justice et le parquet général. Aucune réponse au moment de publier.

La question que posent les familles n'est ni juridique, ni technique. Elle est simple : pourquoi certains dossiers avancent et d'autres pas ?

Ce que nous n'avons pas pu vérifier

Le calendrier judiciaire des affaires Divine Mbarga et Sylvana Awono. Aucune date d'audience n'a été communiquée par les autorités judiciaires.

Le nombre exact de procès aboutis dans les affaires d'infanticides en 2026.

La réponse du ministère de la Justice à nos questions écrites.

La réponse du tribunal de Mfou.

La réponse du ministère de la Promotion de la femme et de la famille concernant le numéro vert 116.

Les conditions de détention de Moadambe Éric et de la suspecte du meurtre de Sylvana.


Où en est l'affaire Divine Mbarga ?
Moadambe Éric, le principal suspect, a été arrêté le 26 mars 2026. Il est détenu et devrait être jugé devant le tribunal de Mfou. Aucune date de procès n'a été annoncée publiquement à ce jour.

Qui est Sylvana Awono ?
Sylvana Awono était une fillette de 11 ans tuée de 17 coups de couteau le 28 juin 2026 à Nkolndongo, à Yaoundé. Une suspecte de 17 ans a été interpellée le même jour.

Le meurtre de Divine Mbarga a-t-il été jugé ?
Non. Aucun procès public n'a eu lieu. Le dossier est toujours pendant devant le tribunal de Mfou.

Combien d'infanticides ont été enregistrés au Cameroun en 2026 ?
Selon les chiffres officiels du ministère de la Promotion de la femme et de la famille, 13 infanticides ont été enregistrés entre janvier et avril 2026.

Pourquoi les procès tardent-ils ?
Les raisons officielles évoquées sont la charge des tribunaux et la complexité des dossiers. Aucune explication détaillée n'a été communiquée par les autorités judiciaires.

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