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© Camer.be : Toto Jacques
- 28 Sep 2026 12:33:00
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Cameroun - Le Djeuga Palace, symbole d'une spoliation présumée du domaine public ?
Djeuga Palace : le titre foncier annulé, l'hôtel du député Feutheu mis aux enchères à 5,5 milliards FCFA. Récit d'un feuilleton foncier de 17 ans à Douala.
Djeuga Palace : après dix-sept ans de bataille judiciaire, l'État camerounais met aux enchères l'immeuble du député Jean-Claude Feutheu, au cœur d'un litige foncier portant sur une emprise de l'ex-Regifercam.
Derrière le communiqué affiché dans les salons de l'hôtel, il y a un immeuble de béton qui n'a jamais ouvert ses portes. Et une question qui ne lâche plus Douala depuis dix-sept ans : comment un terrain estimé à 10 milliards FCFA a-t-il pu être cédé pour 29 millions ?
Le Djeuga Palace, un chantier arrêté au cœur de Bonanjo
Le bâtiment est là, dressé au giratoire Joss. Onze niveaux, une façade beige, des vitres encore neuves. À l'intérieur, rien. Pas de réception, pas de chambres, pas de clients.
Le Djeuga Palace n'a jamais vraiment fonctionné. En 2018, Investir au Cameroun décrivait un complexe « pratiquement achevé ». Huit ans plus tard, le chantier est toujours à l'arrêt.
L'homme derrière le projet s'appelle Jean-Claude Feutheu. Député, homme d'affaires, originaire de Tonga dans le département du Ndé. Dans les milieux d'affaires de Douala, on le surnomme « Claude le Parisien ».
17 ans de bataille pour un titre foncier
L'affaire commence en 2008. Cette année-là, une transaction est initiée au profit de Jean-Claude Feutheu. Le terrain est alors qualifié de « domaine national de deuxième catégorie » une classification réservée aux terres libres de toute occupation.
Problème : la parcelle se trouve en plein cœur de Douala. Et selon le ministre des Domaines, Henri Eyebe Ayissi, elle relève en réalité d'une dépendance du domaine ferroviaire de l'ex-Regifercam, protégée par un arrêté datant du 6 avril 1926.
La concession provisoire de 2008 devient définitive en 2016. Elle porte sur 5 972,3 m² pour la somme de 29,861 millions de FCFA.
Mais la superficie réellement occupée est bien plus vaste. Une mission gouvernementale constate une emprise de 1 hectare 07 ares 04 centiares, soit 10 704 m².
Rapport entre le prix payé et la valeur marchande estimée à 10 milliards FCFA ? 1 pour 335.
Février 2026 : le couperet tombe
Le 2 février 2026, le ministre des Domaines annule le titre foncier 318/WA de la Société hôtelière Djeuga Palace.
La décision fait suite à une requête du Cabinet Conseil Atou, mandataire chargé de la liquidation des actifs de l'ex-Regifercam.
Pour Lazare Atou et ses équipes, l'affaire est claire : le site a été frauduleusement qualifié de « domaine national de deuxième catégorie » pour permettre son attribution à prix bradé.
Le 17 juillet 2026, le Tribunal administratif du Littoral suspend les effets de cet arrêté. Une bouffée d'oxygène pour Feutheu. Courte.
Le 30 juillet, le ministre reprend une nouvelle décision d'annulation. Cette fois, le sursis est caduc.
L'ordonnance qui change tout
Le 23 juillet 2026, le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo rend une ordonnance de référé. Elle porte le numéro 506/H.
Le texte est sans ambiguïté : la Société hôtelière Djeuga Palace doit libérer l'immeuble sous 48 heures.
Le 21 août 2026, à 16 h 34, Maître Guy Efon, huissier de justice, se présente dans les locaux de Djeuga Palace. Il signifie la sommation à Mme Patricia Tchapa, assistante de direction, trouvée sur place.
Dans l'acte, on peut lire : « FAIT COMMANDEMENT au sus requis d'avoir, dans les 48 heures qui suivent la signification des présentes pour tout délai, à libérer tant de corps, de biens ainsi que de tout occupant de son chef, l'immeuble de l'ex-REGIFERCAM ».
Passé ce délai, la loi prévoit une expulsion forcée.
5,5 milliards pour un immeuble inachevé
Le 9 septembre 2026, l'État passe à l'étape suivante. L'immeuble est officiellement mis aux enchères publiques.
Mise à prix : 5,5 milliards de FCFA.
Le placard de vente décrit « un immeuble urbain bâti de 1 hectare 07 ares 04 centiares », couvert par le titre foncier n°2716/WA.
Les candidats acquéreurs doivent verser une caution minimale de 50 millions de FCFA. L'adjudication se tiendra le 9 octobre 2026 à 11 heures, devant Maître Jean-Jacques Moukory Evango, notaire à Douala.
Le prix final devra être payé au Trésor dans les huit jours suivant la vente. Et le placard précise que l'État assurera à l'acquéreur « l'entrée en jouissance effective du bien ».
Autrement dit : les acheteurs sont prévenus. Ils devront peut-être financer eux-mêmes la démolition de la structure si les diagnostics de ruine se confirment.
Ce que dit le communiqué affiché dans le hall
Joint par téléphone, un employé de l'hôtel confirme que des affiches ont été placardées dans les parties communes. Le texte met en garde « toute personne qui viendra tenter d'acquérir ce complexe hôtelier ».
« La justice suit son cours », peut-on lire.
Les enjeux derrière le béton
Pour l'État camerounais, cette affaire dépasse le cas Djeuga Palace. Elle envoie un signal : les actifs résiduels de l'ex-Regifercam ne sont pas à brader.
Pour les milieux d'affaires, la question est autre. Un investissement lourd peut-il être remis en cause dix-sept ans après le début des travaux ?
Le député Feutheu dispose encore de recours. Mais une chose est acquise : le Djeuga Palace, fleuron hôtelier fantôme de Douala, vient de changer de main.
Pourquoi le Djeuga Palace est-il mis aux enchères ?
Parce que son titre foncier a été annulé. L'État considère que le terrain appartient au domaine de l'ex-Regifercam et non au domaine national de deuxième catégorie.
Qui est Jean-Claude Feutheu ?
Député et homme d'affaires camerounais, originaire de Tonga dans le département du Ndé. Il est le promoteur de la Société hôtelière Djeuga Palace.
Quel est le prix de départ des enchères ?
5,5 milliards de FCFA. Les candidats doivent verser une caution de 50 millions.
Que se passe-t-il si personne n'achète ?
L'État peut soit baisser le prix, soit se porter lui-même acquéreur. À ce stade, aucune information officielle n'a été communiquée sur ce scénario.
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