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© Camer.be : Onana Nestor
- 10 Aug 2026 21:29:17
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Cameroun - Effoudou : « La DGRE est venue me tuer en France »
Le capitaine Effoudou, ex-officier des renseignements camerounais en exil, affirme qu'une équipe de la DGRE est en France pour l'assassiner. Il établit un lien direct avec l'assassinat du journaliste Martinez Zogo.
Le capitaine Donald Effoudou Awussi Kenneth Romuald, ancien chef du bureau des renseignements à l'état-major particulier du président Paul Biya, est en exil en Europe depuis près de trois ans. Il affirme aujourd'hui qu'une équipe de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), les services de renseignements camerounais, est arrivée en France avec une mission précise : l'assassiner.
« Inutile de rappeler que ce sont des éléments de la DGRE, agissant sur commande, qui ont éliminé le journaliste Martinez Zogo », déclare-t-il, établissant un parallèle glaçant avec l'assassinat du journaliste en janvier 2023.
La menace est-elle réelle ? Et que révèle cette affaire sur les méthodes du régime camerounais ?
Qui est le capitaine Effoudou ?
Le capitaine Kenneth Romuald Effoudou Awussi, également connu sous le nom de Donald Effoudou, n'est pas un inconnu des services de renseignement camerounais. Il a occupé des fonctions sensibles : chef du bureau d'enquête et de renseignement à l'État-major particulier du président Paul Biya. Un poste qui lui donnait accès aux informations les plus confidentielles du régime.
Recherché par les autorités camerounaises depuis 2023 pour « désertion en temps de paix », il a finalement trouvé refuge en Europe. Radié des cadres de l'armée le 25 juin 2026 pour « inconduite habituelle », il est aujourd'hui un homme en fuite, visé par un mandat d'arrêt.
Pendant trois ans, il est resté silencieux.
27 minutes d'accusations explosives
Le 24 juillet 2026, le capitaine Effoudou a brisé l'omerta. Dans une interview choc de 27 minutes accordée au journaliste Morgan Palmer, il a porté des accusations graves contre plusieurs hautes personnalités, notamment le ministre d'État Ferdinand Ngoh Ngoh.
Parmi ses principales accusations :
- Tentative de coup d'État : Ngoh Ngoh aurait planifié un coup d'État en utilisant un légionnaire de l'armée française
- Assassinat de Martinez Zogo : Ngoh Ngoh serait le commanditaire
- Menaces de mort : Effoudou affirme avoir fui le Cameroun pour sauver sa vie
- Gendarmerie « escadron de la mort » : il accuse la Gendarmerie nationale d'être devenue un haut lieu de trafic de drogue
La menace : une équipe de la DGRE en France
C'est dans ce contexte que le capitaine Effoudou a lancé une alerte qui a glacé la diaspora camerounaise. Une équipe de la DGRE serait arrivée en France avec pour mission de l'éliminer.
Cette menace n'est pas isolée. Depuis novembre 2025, des rumeurs persistantes évoquent l'envoi présumé de 50 agents de la DGRE en France pour cibler des opposants au régime de Yaoundé. L'ancien commissaire des renseignements généraux, Albert Léopold Ebene, lui-même visé par ces menaces, a rompu le silence pour corroborer ces informations.
« Vous envoyez 50 personnes en France faire quoi ? Pour faire assassiner un Ebene en France », s'est-il interrogé.
Selon Morgan Palmer, « 50 éléments de la DGRE sont déjà partis du Cameroun vers vos destinations respectives ». Parmi les cibles citées figurent, outre Albert Léopold Ebene, des personnalités médiatiques camerounaises de la diaspora.
Le parallèle avec Martinez Zogo
Le capitaine Effoudou établit un lien direct entre la menace qui pèse sur lui et l'assassinat du journaliste Martinez Zogo. Enlevé le 17 janvier 2023, séquestré et torturé pendant plusieurs jours, il a été retrouvé mort, nu sur un terrain à 25 kilomètres de Yaoundé.
Le procès de l'assassinat, qui se tient depuis 2024 au Tribunal militaire de Yaoundé, a mis en lumière l'implication présumée de la DGRE. Des agents du contre-espionnage camerounais ont été entendus dans cette affaire. Dix-sept personnes sont poursuivies, dont plusieurs « poids lourds » de la DGRE.
Effoudou affirme que Ferdinand Ngoh Ngoh est le commanditaire de cet assassinat. Et il existerait une « volonté de ne pas permettre que la lumière soit faite » sur cette affaire.
Une affaire qui embrase la toile camerounaise
Les déclarations du capitaine Effoudou ont déclenché une onde de choc dans l'espace public camerounais. Elles ont également provoqué des réactions judiciaires.
Sani Mouhamadou, ancien légionnaire français accusé par Effoudou d'être le « chaînon » d'un projet de coup d'État, a déposé une plainte en diffamation en France contre le capitaine.
Les avocats de Léopold Maxime Eko Eko, ancien directeur général de la DGRE, ont également contesté les affirmations de l'homme d'affaires.
Menaces réelles ou paranoïa ?
La question qui taraude les observateurs est désormais : les menaces proférées par Effoudou sont-elles réelles ?
Le précédent de Martinez Zogo donne du crédit à ses craintes. L'assassinat d'un journaliste critique par des éléments présumés de la DGRE, agissant sur commande, a établi un précédent inquiétant.
Par ailleurs, les révélations de l'ancien commissaire Albert Léopold Ebene, qui a corroboré l'existence d'une mission de la DGRE en France, renforcent la crédibilité de ces accusations.
Mais aucune de ces accusations n'a à ce jour été confirmée par une enquête judiciaire indépendante. Les personnes visées n'avaient pas répondu publiquement avant le 5 août.
Que risque le capitaine Effoudou ?
Sur le plan juridique, le capitaine Effoudou s'expose à de lourdes conséquences. Au Cameroun, accuser une haute personnalité publique de meurtre sans preuves constitue un délit de diffamation par voie électronique, passible de 1 à 5 ans d'emprisonnement.
En affirmant que le secrétaire général de la présidence préparait un coup d'État, il viole son obligation statutaire de réserve, de discrétion et de loyauté. S'il est poursuivi par le Tribunal militaire pour haute trahison ou complot, il encourt la détention criminelle à perpétuité.
En France, le droit s'applique également, bien que les infractions politiques et militaires étrangères y soient traitées différemment.
Une affaire qui révèle les fragilités du régime
Au-delà des menaces personnelles, l'affaire Effoudou révèle les fragilités du régime camerounais à l'approche de la succession de Paul Biya. Un ancien officier des renseignements, au cœur du dispositif sécuritaire, accuse publiquement le numéro deux de l'État de préparer un coup d'État et d'avoir commandité un assassinat.
La guerre des clans à Etoudi, déjà visible dans l'affrontement entre Oswald Baboke et Ferdinand Ngoh Ngoh, trouve ici un prolongement dramatique.
Le capitaine Effoudou est-il un lanceur d'alerte ou un homme traqué par ses propres démons ? La réponse, pour l'instant, reste incertaine. Mais une chose est sûre : la menace qu'il dénonce, réelle ou imaginaire, dit quelque chose de l'état d'un régime qui n'hésite plus à faire taire ses opposants, même au-delà de ses frontières.
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