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© Camer.be : Paul Moutila
- 12 Sep 2026 19:45:53
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Cameroun - RDPC : 15 ans sans congrès, 15 ans de contestations ignorées
Le RDPC n'a pas tenu de congrès depuis 2011. Ses statuts prévoient un mandat de 5 ans. Saint Eloi Bidoung puis Léon Theiller Onana ont contesté. Le MINAT reste silencieux.
Depuis 2011, le RDPC n'a pas convoqué de congrès. Pourtant, l'article 18 de ses propres statuts impose une rencontre tous les cinq ans. De Saint Eloi Bidoung à Léon Theiller Onana, ceux qui l'ont fait remarquer ont été écartés.
Le RDPC n'a pas tenu de congrès depuis 2011. Quatorze ans. Ses statuts, à l'article 18, prévoient pourtant une rencontre tous les cinq ans. Le mandat des dirigeants actuels du parti au pouvoir a donc expiré en septembre 2016.
Saint Eloi Bidoung l'a dit avant tout le monde. En 2011, il a osé se porter candidat à la présidence du parti. Il a été sanctionné pour « indiscipline notoire et caractérisée ».
Léon Theiller Onana l'a redit en 2025. Il a saisi la justice. Il attend toujours.
Et le ministère de l'Administration territoriale, qui surveille les congrès des partis d'opposition, n'a jamais dit un mot sur le cas du RDPC.
Saint Eloi Bidoung : le premier « crime de lèse-majesté »
C'était en juillet 2011. Saint Eloi Bidoung, cadre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), annonce sa candidature à la présidence du parti. Une décision qui, à l'époque, a été qualifiée de « crime de lèse-majesté ».
Le parti réagit vite. Le 18 juillet 2011, Saint Eloi Bidoung écope d'un blâme pour « indiscipline notoire et caractérisée ». Son tort ? Avoir osé déclarer sa candidature contre Paul Biya, président national du parti depuis sa création.
Sa réponse, rapportée par la presse camerounaise, garde toute sa pertinence quinze ans plus tard : « L'acte de candidature à la présidence nationale du RDPC constitue-t-il une faute ? L'élection du président du parti à huis clos ne constitue-t-elle pas une entrave aux valeurs démocratiques que prône le RDPC ? »
À cette même époque, René Ze Nguelé avait également tenté sa chance. Résultat du vote : 1 voix pour lui, 1 134 voix pour Paul Biya. Il avait déclaré, sans se démonter : « Je ne suis pas un vagabond politique et je ne crains pas les représailles. »
Saint Eloi Bidoung, lui, a été écarté. Mais la question qu'il a posée n'a jamais reçu de réponse.
L'article 18 : le texte que le RDPC ignore
Les statuts du RDPC sont clairs. L'article 18 dispose que le congrès du parti doit se tenir tous les cinq ans. L'article 19 précise que c'est le congrès qui élit le président national et les membres du comité central.
Le dernier congrès ordinaire du RDPC s'est tenu en septembre 2011. Depuis, rien.
En septembre 2016, le mandat des dirigeants élus en 2011 a expiré. Le parti n'a pas convoqué de congrès. À la place, un bureau politique s'est réuni à la présidence de la République. Selon son communiqué, une des résolutions stipulait que les organes dirigeants du RDPC étaient prorogés jusqu'à la tenue du prochain congrès.
Cette prorogation est-elle légale ? L'article 18 prévoit une possibilité de prolongation par le bureau politique. Mais pour Léon Theiller Onana, conseiller municipal RDPC de Monatélé, cette procédure est contestable. Il a saisi la justice en 2025 pour demander la désignation d'un mandataire chargé d'organiser un nouveau congrès.
« Notre parti n'a pas à sa tête un président national qui peut également être candidat à l'élection présidentielle », a-t-il déclaré à RFI en avril 2025. « Le comité central qui est là est un comité qui usurpe tout simplement le poste. »
Theiller Onana : le combat juridique
Léon Theiller Onana, 37 ans, est conseiller municipal de Monatélé, chef-lieu du département de la Lékié, dans la région du Centre. Il est militant du RDPC depuis 2019.
En mars 2025, il a saisi le juge des référés pour demander la désignation d'un mandataire ad hoc chargé d'organiser un congrès. Son argument : selon les statuts, le congrès doit se tenir tous les cinq ans. Le dernier ayant eu lieu en 2011, le mandat des dirigeants actuels est expiré.
Il conteste également la légitimité du comité central. Selon lui, les mandats des dirigeants du RDPC, y compris celui de Paul Biya, sont arrivés à échéance en 2016. Ils ont été prolongés par des procédures qu'il juge contestables, sans convocation d'un véritable congrès.
L'affaire a connu de multiples renvois. En avril 2025, l'audience a été ajournée après un blocage procédural : l'avocat de Theiller Onana a refusé de débattre de la légitimité des avocats du RDPC. Le 10 septembre 2026, il réclamait toujours une audience sur son recours.
La réponse du RDPC : une interprétation des textes
La direction du RDPC ne nie pas l'absence de congrès. Elle l'explique par une interprétation de l'article 18.
Pour Patrick Rifoe, communicant du RDPC cité par RFI, le bureau politique peut prolonger les délais selon l'article 18. « En lieu et place du congrès qui aurait dû se tenir en 2016, un bureau politique s'est réuni à la présidence de la République. Une des résolutions de ce bureau politique stipulait que les organes dirigeants du RDPC étaient prorogés jusqu'à la tenue du prochain congrès. »
Pour Theiller Onana, cette interprétation est un abus. Et il n'est pas le seul à le penser.
Paul Biya, « candidat naturel » : ce que disent vraiment les statuts
C'est l'autre pilier du système RDPC. Paul Biya est présenté comme le « candidat naturel » du parti à chaque élection présidentielle. Cette formule est répétée comme une évidence. Elle mérite d'être vérifiée.
L'article 27, alinéa 3 des statuts du RDPC stipule que le président national du parti est automatiquement le candidat du parti à l'élection présidentielle. Jacques Fame Ndongo, alors chargé de la communication du RDPC, l'avait confirmé dès 2011 : Paul Biya est le candidat du parti « à toutes les autres élections présidentielles futures jusqu'à ce que lui-même en décide autrement ».
Le problème, souligne Theiller Onana, c'est que ce président national doit être élu par un congrès. Si le congrès n'a pas lieu, si les mandats sont expirés, alors la légitimité de ce président national et donc sa qualité de « candidat naturel » devient contestable.
« Le candidat du RDPC est désigné à l'article 27, alinéa 3 », rappelle un ministre de Paul Biya. Mais l'article 27 ne dit pas comment on devient président national. Il faut remonter à l'article 18 : par un congrès, tous les cinq ans.
Le MINAT et la question de l'égalité des partis
Le ministère de l'Administration territoriale (MINAT) a un rôle de contrôle sur la vie interne des partis politiques. En décembre 2025, le ministre Paul Atanga Nji a refusé de reconnaître les résolutions du congrès du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), invoquant des irrégularités juridiques.
Mais pour le RDPC, le MINAT n'a jamais soulevé la question de l'absence de congrès depuis 2011.
L'Organisation du Mouvement Patriotique (OMP), présidée par Léon Theiller Onana, a dénoncé cette « intervention sélective ». Selon elle, l'administration ne regarde pas tous les partis avec la même loupe. Le reproche vise l'attention portée aux affaires du MRC alors que des difficultés comparables au sein du RDPC resteraient sans suite.
« Si l'administration s'estime fondée à vérifier la régularité des instances d'un parti d'opposition, elle devrait, selon lui, soumettre la direction du parti au pouvoir au même examen », résume l'OMP dans un communiqué relayé par Centrafrique.news.
La question est simple : pourquoi le MINAT ne dit-il rien sur le RDPC ? Nous avons tenté de joindre le ministère de l'Administration territoriale pour obtenir une réponse. Sans succès à l'heure où nous écrivons.
Ce que cela dit du parti au pouvoir
Le RDPC est au pouvoir depuis 1985. Paul Biya le dirige depuis sa création. En 41 ans, le parti n'a organisé que trois congrès ordinaires. Le dernier remonte à 2011.
Le pagne du parti est à l'effigie de Paul Biya. Les portraits du président ornent les permanences. Le culte de la personnalité est une mécanique bien huilée.
Mais derrière l'image, une réalité juridique têtue : un parti qui ne respecte pas ses propres statuts pendant quinze ans peut-il exiger des autres qu'ils respectent les leurs ?
Saint Eloi Bidoung avait posé la question en 2011. Il a été sanctionné. Léon Theiller Onana la repose en 2025. Il attend une audience.
Le silence du MINAT, lui, est assourdissant.
Le RDPC a-t-il tenu son congrès ? Quand a-t-il eu lieu pour la dernière fois ?
Le dernier congrès ordinaire du RDPC s'est tenu en septembre 2011. Depuis, aucun congrès n'a été convoqué, alors que les statuts prévoient une rencontre tous les cinq ans.
Pourquoi Paul Biya est-il considéré comme le « candidat naturel » du RDPC ?
L'article 27, alinéa 3 des statuts du RDPC stipule que le président national du parti est automatiquement le candidat du parti à l'élection présidentielle. Paul Biya étant président national depuis la création du parti, il est considéré comme le candidat naturel.
Qui est Saint Eloi Bidoung ?
Saint Eloi Bidoung est un cadre du RDPC qui, en juillet 2011, a déclaré sa candidature à la présidence du parti contre Paul Biya. Il a été sanctionné d'un blâme pour « indiscipline notoire et caractérisée » et écarté.
Le MINAT peut-il intervenir dans les affaires internes du RDPC ?
Le MINAT a un rôle de contrôle sur la vie interne des partis politiques. Il a refusé de reconnaître le congrès du MRC en décembre 2025. Mais il n'a jamais soulevé la question de l'absence de congrès du RDPC depuis 2011.
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