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© Camer.be : Toto Jacques
- 16 Jun 2026 14:46:38
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CAMEROUN :: Enseveli dans une excavation : l'orpaillage clandestin tue encore près de Bertoua :: CAMEROON
Au chantier d'orpaillage "Gabon" près de Bertoua, un nouvel éboulement fatal relance le débat sur la sécurité des travailleurs et l'emprise de réseaux informels sur une zone minière livrée à elle-même.
Il est parti tôt le matin, comme chaque jour. Pelle à la main, espoir dans les yeux. Il n'est pas revenu.
Au chantier d'orpaillage connu sous le nom de "Gabon", non loin de Bertoua, la terre a une fois de plus tué. Un orpailleur a péri enseveli vivant sous un éboulement de terre, portant à deux le nombre de morts liés à ce site qui, depuis des mois, cristallise tensions, accusations et silences pesants.
Mais cette fois, les familles ne veulent plus se taire.
Bertoua : mort au fond du trou : le chantier Gabon face à ses démons
La scène se répète avec une régularité tragique. Un homme descend dans une excavation creusée à mains nues ou avec des outils rudimentaires. La paroi cède. La terre engloutit.
Au chantier d'orpaillage surnommé "Gabon", niché non loin de Bertoua, un nouveau drame vient d'endeuiller la communauté des orpailleurs. Un travailleur a perdu la vie après avoir été enseveli par un éboulement de terrain alors qu'il s'affairait dans une excavation. Le bilan total s'élève désormais à deux morts.
Un accident, vraiment ?
Les premiers éléments orientent vers un accident. Les excavations profondes, souvent mal étayées, sont une réalité du quotidien sur les chantiers artisanaux de la région. Les risques d'effondrement sont connus de tous et pourtant ignorés de tous.
Mais derrière cette explication technique se cache une réalité plus sombre que les témoignages commencent à faire remonter à la surface.
Le chantier Gabon : une loi parallèle
Récemment visité par des autorités administratives, le site de "Gabon" est loin d'être une simple zone d'extraction. Selon plusieurs exploitants et riverains qui ont accepté de témoigner, certaines personnes y exerceraient leur propre autorité, bien au-delà du cadre légal.
Les accusations sont précises, concordantes, et alarmantes :
- Des taxes informelles seraient prélevées de manière systématique sur les travailleurs et les exploitants, sans aucune base légale ni traçabilité.
- Des actes d'intimidation pèseraient sur ceux qui refusent de se soumettre ou qui tentent de parler.
- Des violences physiques auraient été commises pour maintenir l'ordre selon les règles de ces acteurs parallèles.
Ces accusations, si elles s'avèrent fondées, décrivent un territoire dans lequel l'État camerounais est absent, et où d'autres puissances ont comblé le vide.
Ces faits n'ont pas encore été confirmés par les autorités judiciaires et font l'objet d'une enquête en cours.
Des familles dans le deuil, une région sous tension
Pendant que les enquêtes avancent, une famille supplémentaire pleure. Un homme est mort. Ses proches, ses collègues, ses voisins vivent avec cette réalité : demain, ce pourrait être l'un d'eux.
L'orpaillage artisanal représente, dans la région de l'Est du Cameroun, une source de revenus vitale pour des milliers de personnes. En l'absence d'alternatives économiques structurées, les chantiers comme "Gabon" attirent des travailleurs souvent sans formation, sans équipements de protection, et sans filets de sécurité d'aucune sorte.
Les statistiques sur les accidents miniers artisanaux au Cameroun restent largement sous-documentées ce qui, en soi, est déjà une information.
La nécessité d'une réponse de l'État
La visite récente des autorités administratives sur le site est un signal. Mais un signal ne suffit pas.
Ce que réclament, en creux, les témoins qui osent parler, c'est une présence permanente et structurée de l'État : des contrôles de sécurité réguliers, un encadrement légal de l'exploitation, et une lutte effective contre les réseaux d'extraction informelle de taxes.
Sans cela, le chantier Gabon produira d'autres morts. Et d'autres silences.
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