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© Camer.be : Paul Moutila
- 16 Jun 2026 02:06:06
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CAMEROUN :: Fisc vs empire médiatique : comment un DGI a été contraint à l'exil :: CAMEROON
Un redressement fiscal de plusieurs dizaines de milliards de F CFA, un journaliste assassiné, un directeur des impôts en exil : l'affaire Amougou Belinga dépasse désormais les frontières du simple contentieux fiscal.
Un matin de janvier 2023, Modeste Mopa Fatoing reçoit un message. Court. Précis. Terrifiant. Sa vie est en danger.
Quelques jours plus tôt, Martinez Zogo le journaliste avec lequel il collaborait discrètement depuis des mois a été enlevé. Son corps mutilé a été retrouvé dans la périphérie de Yaoundé. Le directeur général des impôts comprend alors que les réseaux qu'il affronte ne reculeront devant rien.
Il part. Et depuis, il n'est jamais revenu.
La genèse : un audit qui dérange
Tout commence fin 2021, lorsque l'Agence nationale d'investigation financière (ANIF) transmet à la Direction générale des impôts une liste d'entreprises dont le volume de transactions financières a attiré son attention. Le groupe de médias Vision 4, propriété de Jean-Pierre Amougou Belinga, figure parmi elles.
L'enquête fiscale qui s'ensuit aboutit à une conclusion sans équivoque : la DGI, sous la direction de Mopa Fatoing, inflige un redressement fiscal de 10,8 milliards de F CFA au groupe Vision 4. D'autres sources mentionnent un total global atteignant 30 milliards pour l'ensemble des entreprises du groupe.
Ce que le directeur des impôts considère comme une procédure de routine va déclencher une cascade d'événements qui ébranleront les fondements de l'État camerounais.
L'escalade : intimidation et violence
Face au redressement, la réponse n'est pas judiciaire. Elle est brutale. Un inspecteur des impôts est emprisonné. Des menaces de mort directes sont adressées au directeur général lui-même. Martinez Zogo sort de prison animé d'un fort désir de revanche contre ceux qu'il tient responsables de son incarcération. Les documents fournis par la DGI deviennent ses munitions.
Le 17 janvier 2023, Martinez Zogo disparaît. Son corps mutilé est retrouvé quatre jours plus tard. Quelques jours après, averti de menaces pesant sur sa propre vie, Mopa Fatoing quitte le Cameroun. Officiellement pour une mission de trois ans aux États-Unis, couverte par une note du secrétaire général de la présidence. Depuis, il n'est pas rentré.
Le procès et les révélations
En 2026, le tribunal militaire de Yaoundé instruit le procès de l'assassinat de Martinez Zogo. Et c'est là que le passé ressurgit avec une force inattendue.
À l'audience du 1er juin 2026, les experts judiciaires présentent leurs conclusions sur les relevés téléphoniques. Et un nom surgit que personne n'attendait : Modeste Mopa Fatoing, ancien directeur général des impôts, aujourd'hui au FMI.
Un rapport d'expertise révèle des contacts téléphoniques entre Mopa Fatoing et Justin Danwe, officier de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), présenté comme le bras armé d'Amougou Belinga dans le rapt du journaliste. Un lien communautaire unit les deux hommes : l'épouse de Danwe est une "sœur communautaire" de Mopa, au sens des solidarités de l'Extrême-Nord.
Deux lectures contradictoires
Pour ses défenseurs, il s'agit d'une exfiltration protectrice, celle d'un haut fonctionnaire honnête menacé par les réseaux qu'il combattait. Pour ses détracteurs, la séquence ressemble davantage à la fuite d'un homme dont la proximité avec l'affaire devenait compromettante.
La question reste ouverte, et le procès en cours pourrait apporter des éléments de réponse déterminants.
Les enjeux
Cette affaire soulève une question fondamentale : peut-on appliquer la loi fiscale au Cameroun sans risquer sa vie ? Elle interroge aussi la capacité des institutions à protéger ceux qui servent l'État contre les intérêts de réseaux puissants. L'exil d'un haut fonctionnaire de rang comme Mopa Fatoing qu'il soit protecteur ou compromettant illustre jusqu'où peut aller la pression d'un empire économique lorsqu'il se sent menacé.
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