Affaire Zogo : où est passée la vidéo de la torture ?
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Cameroun - Affaire Zogo : où est passée la vidéo de la torture ?

Alors que la vidéo de la torture de Martinez Zogo a bouleversé le tribunal militaire de Yaoundé, les avocats de la famille affirment que ces preuves ont été retirées du dossier. Où sont-elles ? Enquête. 

Le 1er juin 2026, le tribunal militaire de Yaoundé a diffusé pour la première fois la vidéo de la torture de Martinez Zogo. Des images insoutenables. Une salle en larmes. Mais quelques jours plus tard, les avocats de la famille tirent la sonnette d'alarme : ces preuves capitales auraient disparu du dossier.

Qui a retiré les vidéos ? Pourquoi ? Et surtout, où sont-elles passées ? Alors que le procès de l'assassinat du journaliste d'Amplitude FM entre dans sa phase cruciale, cette disparition soulève des questions autrement plus inquiétantes que la simple « maintenance » administrative. 

« CES VIDÉOS ONT ÉTÉ RETIRÉES » : LE CHOC DES AVOCATS

Selon les informations recueillies auprès des avocats de la famille de Martinez Zogo, les vidéos relatives à la torture et aux rendez-vous des accusés ont été retirées du dossier judiciaire. Une déclaration qui, si elle se confirme, constituerait un coup de théâtre dans un procès déjà marqué par l'émotion et la sidération.

Maître Calvin Job, avocat de la famille du journaliste assassiné, avait pourtant salué quelques jours plus tôt « la qualité du travail effectué » par l'expert en cybercriminalité Georges Bell Bitjoka, estimant que si le tribunal s'appuyait sur ce rapport, « il aura déjà accompli 98 % du travail ».  Aujourd'hui, ses mots résonnent comme un avertissement non entendu.

CE QUE MONTRENT LES IMAGES DIFFUSÉES

Pour comprendre l'importance de ces vidéos, il faut revenir sur leur contenu. Le 1er juin 2026, le professeur Georges Bell Bitjoka, expert en sécurité des systèmes d'information, a projeté devant une assistance médusée des images d'une violence inouïe. 

Sur l'écran : Martinez Zogo, allongé au sol, nu, le corps couvert de sang. Une grosse entaille à l'oreille. Le visage tuméfié. Il supplie, à plusieurs reprises, qu'on lui vienne en aide.  « Je ne dormirai sûrement pas cette nuit », a confié Me Emmanuel Simh, avocat présent dans la salle. « Comment des êtres humains peuvent-ils être capables d'une telle sauvagerie ? L'horreur absolue. » 

Une deuxième vidéo, tout aussi atroce, montre des traumatismes abdominaux profonds, avec exposition d'organes internes.  Dans la salle, des femmes et des hommes en larmes. L'épouse du journaliste a fait un malaise.  Les accusés eux-mêmes étaient « abattus », selon l'avocat Ludovic Sabze. 

Ces images proviennent du compte Google du maréchal des logis Godje Oumarou Vincent, agent de la DGRE et membre du commando accusé d'avoir exécuté le journaliste. 

COMMENT LES VIDÉOS ONT-ELLES ÉTÉ RETROUVÉES ?

L'expertise de Georges Bell Bitjoka a mis en lumière un détail crucial : si les accusés ont soigneusement supprimé les vidéos de leurs téléphones, ils ont oublié la sauvegarde automatique dans le cloud Google. 

« Le commando a systématiquement effacé toutes les traces multimédia de leurs appareils. Mais ils n'ont pas pensé aux sauvegardes cloud. » Source proche du dossier

C'est ainsi que l'expert a pu restaurer des messages WhatsApp effacés, des captures d'écran, et surtout ces vidéos de torture. Des messages accablants, où Martinez Zogo est traité de « souris », où l'un des bourreaux déclare : « Il a bu et mangé. » 

Le groupe WhatsApp « Soa » du nom du quartier où le corps du journaliste a été retrouvé a été créé dans le seul but de traquer, capturer et liquider Martinez Zogo. 

LA DISPARITION : ACCIDENT OU MANŒUVRE ?

C'est là que l'affaire bascule. Alors que ces preuves auraient dû être placées sous scellés et conservées comme pièces maîtresses du dossier, les avocats de la famille affirment aujourd'hui qu'elles ont été retirées.

Deux hypothèses se dessinent :

1. Une erreur technique ou administrative Les vidéos auraient été déplacées ou mal répertoriées dans le système du tribunal.
2. Une manœuvre délibérée Quelqu'un, au sein de l'appareil judiciaire ou au-delà, aurait orchestré la disparition de ces preuves pour protéger les commanditaires.

Rappelons qu'à ce jour, aucun commanditaire n'a été clairement identifié.  La question qui hante ce procès depuis le début reste entière : qui a ordonné l'enlèvement et la torture de Martinez Zogo ?

LE RÔLE DE LA DGRE ET D'AMOUGOU BELINGA

Les vidéos ont été retrouvées dans le compte d'un agent de la DGRE, le service de renseignement extérieur camerounais. Mais les investigations montrent que les opérations de surveillance de Martinez Zogo ont débuté fin 2022, sous les ordres du lieutenant-colonel Justin Danwe, directeur des opérations à la DGRE. 

Danwe a ordonné à ses subordonnés de constituer un dossier complet sur le journaliste, avec photos et localisations.  C'est ce dossier qui a permis au commando de le traquer et de l'enlever.

Le nom de Jean-Pierre Amougou Belinga, puissant homme d'affaires et principal accusé, revient régulièrement dans les échanges restaurés. Selon des avocats, après avoir reçu les vidéos, Amougou Belinga aurait déclaré : « C'est comme ça que Martinez devait finir. » 

QUEL AVENIR POUR LE PROCÈS ?

La disparition des vidéos, si elle est confirmée, pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le procès.

- Sur le plan judiciaire : Sans ces preuves, l'accusation perd son élément le plus solide. Les avocats de la défense pourraient demander l'annulation de la procédure ou la relaxe de leurs clients.
- Sur le plan politique : L'affaire Martinez Zogo est devenue un symbole de la lutte contre l'impunité au Cameroun. Une disparition des preuves serait perçue comme une confirmation des soupçons de complicité au plus haut niveau.

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