« Tous les agents seront payés ce lundi » : la promesse qui engage l'État
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À la 10e session de son comité technique, le coordonnateur du recensement général du Cameroun a levé le voile sur les retards de paiement, les accidents d'agents sur le terrain et la stratégie sécuritaire dans les régions anglophones en crise le tout dans un budget porté à 6 milliards de FCFA.

Ils ont arpenté des pistes impraticables, frappé à des milliers de portes, collecté des données sous la pluie et parfois sous la menace. Ils s'appellent agents recenseurs. Et pour des centaines d'entre eux, le travail est fait mais le salaire n'est pas encore tombé.

Environ 1 000 agents recenseurs camerounais attendaient encore leur paiement à l'issue de la 10e session du comité technique du Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH), couplé au Recensement général de l'agriculture et de l'élevage (RGAE).

Le coordonnateur André Mbaïranodji a pris la parole. Sa promesse : "Tous seront payés au plus tard ce lundi, 15 juin."

Mais derrière cette assurance, une réalité plus complexe se dessine. Un budget gonflé à 6 milliards de FCFA. Des agents victimes d'accidents sur le terrain. Des zones entières du pays où le recensement doit se faire sans mettre de vies en danger.

Voici ce que l'on sait vraiment.

CAMEROUN RECENSEMENT SOUS TENSION : PAIEMENTS, ACCIDENTS ET ZONES DE CRISE

L'opération devait être nationale, exhaustive, historique. Le Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH), couplé au Recensement général de l'agriculture et de l'élevage (RGAE), représente l'une des plus grandes mobilisations de terrain jamais organisées par l'État camerounais. Mais comme toute opération d'une telle ampleur, la réalité du déploiement a révélé ses fractures.

La question des impayés

À l'issue de la 10e session du comité technique, André Mbaïranodji, coordonnateur de l'opération, a affiché une satisfaction mesurée : "La quasi-totalité des agents recenseurs sont déjà payés." Mais le diable est dans les détails. Environ 1 000 agents sur un effectif total non précisé dans l'entretien attendaient encore leur rémunération.

L'engagement pris est clair et daté : paiement au plus tard le lundi 15 juin. "Les dispositions ont été prises et tout le monde peut être rassuré", a assuré le coordonnateur.

Cette situation, aussi partielle soit-elle, soulève une question de fond : dans un pays où la confiance des populations dans les opérations publiques reste fragile, des retards de paiement même limités peuvent fragiliser la mobilisation des agents et, par ricochet, la qualité des données collectées.

Des agents blessés sur le terrain

Plus préoccupante encore : la question des accidents. Des agents recenseurs ont été victimes d'incidents lors de leur déploiement sur le terrain. André Mbaïranodji a confirmé être "parfaitement au courant de ces incidents".

Les agents concernés bénéficient d'une couverture assurantielle, et des ressources supplémentaires ont été mobilisées pour leur prise en charge. Jusqu'à présent, les cas recensés ont été gérés par les deux coordinations nationales de l'opération.

La nature exacte des accidents, leur nombre précis et les régions concernées n'ont pas été détaillés dans cet entretien. Ces informations restent à ce stade non confirmées dans leur totalité.

Un budget porté à 6 milliards de FCFA

L'autre révélation de cette session concerne le budget. L'opération, prolongée par rapport au calendrier initial, a nécessité un budget de rattrapage désormais fixé à 6 milliards de FCFA. Ce montant est cofinancé par deux sources : 4,5 milliards provenant de Hiswaca, un programme de la Banque mondiale, et 1,5 milliard apporté directement par le gouvernement camerounais.

Ces fonds sont destinés à trois postes prioritaires : le paiement des agents recenseurs, les opérations de ratissage territorial, et la sécurisation des équipes.

La prorogation de l'opération explique en grande partie cette augmentation. "La communication par exemple nous sortons de ces travaux avec un plan de densification et de saturation de la communication", a précisé Mbaïranodji. Une feuille de route comprenant plusieurs activités a été arrêtée et sera implémentée dans les prochaines semaines.

La question sensible des zones en crise

La dimension la plus délicate de cet entretien concerne les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest zones touchées depuis 2017 par la crise anglophone, avec son cortège de violences, d'insécurité et de déplacements de populations.

Comment recenser une population dans un territoire partiellement contrôlé par des groupes armés ?

La réponse de Mbaïranodji est technique, prudente et révélatrice à la fois : "Il y a une stratégie de collecte des données dans ces zones. Cette stratégie est basée sur des estimations à partir des données satellitaires et des modélisations qui permettent d'avoir des informations fiables."

Autrement dit : là où les agents ne peuvent pas aller physiquement, l'État recourt aux satellites et aux algorithmes. Une approche pragmatique, mais qui soulève des interrogations sur la précision des données obtenues dans ces zones.

Sur le plan sécuritaire, des briefings hebdomadaires sont prévus pour les équipes de recensement. Un numéro vert le 8585 sera vulgarisé. Et l'engagement du coordonnateur est catégorique : "La vie d'aucun agent ne sera exposée dans les zones concernées."

Les enjeux d'un recensement national

Le RGPH est bien plus qu'une opération administrative. Il conditionne l'allocation des ressources publiques, la planification des infrastructures, les politiques de santé et d'éducation pour la prochaine décennie. Des données précises et fiables sont une condition sine qua non de toute politique de développement cohérente.

C'est pourquoi les tensions autour de cette opération retards, accidents, zones inaccessibles, budget en hausse ne sont pas anecdotiques. Elles touchent à la capacité de l'État camerounais à se connaître lui-même, pour mieux se projeter.

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