La lettre de l'écrivain Calvin Djouari à tous les Maliens
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AFRIQUE :: La lettre de l'écrivain Calvin Djouari à tous les Maliens :: AFRICA

Chers Frères du Mali,Restez Debout, 

Lorsque j’ai eu le privilège de visiter votre pays, j’ai cru que j’étais chez moi au Cameroun. L’accueil était si fraternel que j’ai pensé y installer pour toujours. J’avais quitté ce pays convaincu dans mon esprit que c’était le premier pays hospitalier que j’avais rencontré dans mes voyages en Afrique. Un ami qui avait connu cette expérience de l’accueil l’a confirmé plus tard. J’ai eu l’occasion de visiter Sikasso. Je me suis rendu à Kayes, après avoir traversé son pont, j'avais aussi vu Bamako. J’attendais le matin pour me rendre à Kidira, la frontière avec le Sénégal. Avant de partir, j’ai contemplé ce vaillant pays qui cingle aujourd’hui entre les mains des intrus. Je m’éloignais, en lisant son grand passé avec ses grands empires derrière lesquels se dessinaient les calendriers surannés avec leurs cadastres de jours. Cartes sur lesquelles certains pays voisins doivent se reconnaître. J’avançais lentement, souvent heure par heure, pour ne pas oublier mes chroniques dans les déserts du Mali que j'avais écrites, allègrement. Je connais et apprécie ces deux côtés de votre pays. J’étais entré au Mali sans visa comme tous les Camerounais. Les villes étaient étincelantes de rosée ; elles fleurissaient à mon passage comme elle n’a jamais fleuri. Tout cela me semble homérique, dans ma mémoire d’écrivain. C’était merveilleux, jamais je n’oublierai. La maison de Coulibaly Moussa, où j’ai séjourné, pendant ce temps à Bamako, conserve toujours ma chambre au chaud, parce que cette famille m’avait dit de revenir lorsque j’aurai un peu de temps. Durant mon séjour, j’ai pu sentir et apprécier votre capacité à mettre l’homme au-dessus de tout. 

Garder l’espoir d’y retourner chez vous, chers Frères et Sœurs maliens, maliennes, est ma seule espérance. Ce qui est intéressant pour moi, c’est le fait que je sois appelé à rencontrer les maliens partout où je passe. Que de personnes généreuses ! Vous êtes un peuple magnifique.

Vous voilà à un tournant décisif de votre histoire au seuil d’une nouvelle vie. Maliennes, Maliens, entrez dans cette dynamique. C’est ça qu’on appelle être nationaliste. On ne fait pas les grandes histoires sans rupture. Vous avez des idées novatrices. Montrez votre génie dans tous les domaines et relevez ce défi. L’Afrique a besoin des hommes fulgurants. C’est une grande ambition, c’est pourquoi vous avez notre soutien.

Tous les Africains de bonne foi partagent votre passion de liberté. L’importance dans un tel projet, c’est d’abord d’être soudé. La cause que vous poursuivez est très grande. Vous êtes un peuple fort. Votre pays possède une belle génération de dirigeants. Profitez de cette occasion qu’on vous donne d’entrer dans l’histoire de votre vie par la grande porte. Appuyez-vous sur votre peuple, à l’intérieur comme à l’extérieur. Vous êtes les seuls maîtres de votre destin. Trouvez des bons mots pour vivre cette joie de liberté. 

L’histoire s’accélère. Ce qui se passe au Mali sera le point de départ de la rupture qui se fera bientôt dans toute l’Afrique. Le Mali émergera en tant que pays souverain. Ce que la CEDEAO cherche sur vous, elle trouvera. Le gel des actifs maliens au sein de la banque centrale de l’Afrique de l’Ouest doit vous amener à réfléchir autrement. Des organisations qui prennent des décisions qui vont à l’encontre des peuples. La fermeture des frontières, la suspension des aides financières, c’est un moment historique pour le Mali d’ouvrir une autre porte.

N’oubliez pas que toute l’Afrique même sans parler prie pour vous. Votre histoire est une passion pour l’Afrique. Elle est belle. Chacun de nous l’a apprise à l’école. Vous êtes un grand peuple. Ce soutien, cette témérité, cette fierté, cette passion se ressentent dans toutes les bouches des africains que je rencontre. La terre de l’Afrique appartient à l’Afrique, celui qui la touche se brûlera les doigts. En vous touchant, c’est l’Afrique même qu’on veut atteindre.

À travers vous on veut recoloniser l’Afrique, on veut détruire l’Afrique. Il faut condamner ses sanctions inhumaines, illégitimes rétrogrades pour les peuples qui se veulent panafricanistes. La CEDEAO est instrumentalisée par les puissances étrangères. Le Mali ne cherche qu’à s’affirmer comme nation souveraine. C’est un tournant grave de l’histoire de l’Afrique. Organisez-vous, appuyez-vous sur votre nation, vous allez gagner, ne baissez ni vos voix, ni vos bras.
Le Mali n’a pas intérêt à baisser les bras, envisager des nouvelles perspectives dans ce manque de solidarité. Reprenez la fierté malienne, le nationalisme malien, un grand temps pour revivre le nationalisme malien. Retournez sur la période glorieuse d’idéalisation de votre passé ; voilà un prétexte pour l’union nationale à jamais.

Les richesses du Mali sont pillées, une attitude malsaine, vous luttez contre le terrorisme. La CEDEAO qui devrait être une organisation fondée sur la solidarité et l’idéal panafricain s’égare. Le caractère inhumain de ses sanctions laisse froid au dos. Cette monstruosité qui nous accable tous. Les dangers sont avérés, les décisions sont humainement inacceptables. Les paroles contre vous sont des paroles vides de sens et de nuances. Puisque ce n’est pas pour vous aider, mobiliser vos hommes, continuer la réforme institutionnelle, élaborez des politiques de santé publique, d’éducation, de la formation supérieure, d’aménagement du territoire, faites appel à tous les savants maliens et africains. Beaucoup sont prêts à vous aider. Je déplore ces grandes puissances qui passent le temps à sanctionner des pays pauvres. Ils auront ce qu’ils cherchent en Afrique. 
                         
Les prix Nobels africains ne disent rien, les pays arabes - excepté l’Algérie - ne disent rien ; les intellectuels qui étaient à Montpellier sont bouche bée. Voilà le moment. Tous des lâches. Parlant de L’Algérie, elle a raison de s’interposer et d’aider ses frères maliens. L’Algérie a connu la guerre d’indépendance, elle connaît le prix de la liberté, c’est pourquoi l’Algérie comprend votre problème. L’Algérie à elle seule peut faire échouer cette coalition de la CEDEAO. La Côte d'Ivoire est un pays leader, ce n’est pas ce qu’elle doit faire ; elle montre une condescendance qui peut se retourner un jour contre elle. Elle vient de connaître la guerre, elle ne doit pas l’activer. Il y aura une tache d’huile dans cette affaire du Mali, parce que le Mali en Afrique de l’Ouest est une grande civilisation. Son esprit est  enraciné dans ses empires. Les grandes puissances ne l’auront pas. Son projet d’indépendance est irréversible parce que c’est lié à l’aspiration profonde des peuples qui ont jadis souffert. Les pays qui ne vont pas s’adapter à l’aspiration actuelle, au vœu profond de leur peuple, seront dépassés par les événements.

Le rappel des ambassadeurs et la fermeture des frontières avec ses voisins, le gel des avoirs en banque qui d’ailleurs doit être un organe indépendant est un complot de recolonisation. Les élections ne sont pas le point déterminant. Cette façon de faire, on dirait un veau qu’on veut amener au festin alors qu’on avait prévu de l’égorger quand il sera une vache, ou une poule qu’on envoie la main dans son anus pour sortir les éventuels œufs en procréation.

Les sanctions de la CEDEAO sont ridicules. Elles échoueront. Dans la culture africaine, on aide le voisin à éteindre son feu, mais ici, on voit une CEDEAO qui arrive avec du feu pour éteindre l’incendie. D’ailleurs, les sanctions entraînent les contre bande ; désormais, les produits vont chuter. Les marchandises seront moins chères. Le marché de l’Afrique centrale sera là pour vous secourir chers maliens. Le Mali a des réserves insoupçonnées avec lesquelles il peut faire cent ans de vie. Le monde sera impressionné par sa résistance. Il faut accueillir ces perspectives, avec bienveillance, c’est une crise politique et stratégique. Et dans ce contexte, n’acceptez pas leur dogmatisme, il y a des épiphénomènes qu’eux-mêmes ne connaissent pas. Il doit y avoir des crapauds dans les consciences des dirigeants africains. D’une part, les dirigeants semblent souffrir des symptômes de Dunning-Kruger qui consiste à surestimer leur capacité et d’hubris, d’autre part l’opposition manque d’imagination y compris sa diaspora. J’ai observé et étudié mais vraiment observé, pour comprendre que les dirigeants africains sont légers, ils sont manipulables d’abord et par ailleurs les puissances occidentales n'ont  pas besoin d'une grande intelligence pour atteindre leur objectif sur nous. J’ai le sentiment que la servitude ici est volontaire pour les premiers envers les seconds. 

La CEDEAO va créer l’animosité entre les pays voisins pour des longues années. Avec la présence des russes qui sont non loin, je crois que la CEDEAO a goûté au poison. C’est le signe indien qui commence pour le Mali. Maliens, c’est le temps de secréter l’énergie dont tout être humain possède en cas de détresse. L’esprit panafricain n’est plus respecté, vos frères du soudan occidental ne sont pas avec vous, il faut frapper une nouvelle monnaie. Votre vaillant peuple est en danger de mort, luttez tous pour la sauver et n’ayez pas peur, le vent va tourner favorablement pour vous sur le sol africain. Vous êtes sur le continent de vos ancêtres.

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