Cyrus Ngo’o au TCS : L’heure des comptes pour Ngoh Ngoh et Séraphin Fouda ?
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Après plus de 10h d’audition mercredi dernier, le directeur général du Port autonome de Douala,cité dans une dizaine d’affaires, s’est montré incapable d’y apporter des explications. Soutenu hier par le Secrétaire général de la présidence de la République et son acolyte des services du Premier ministère avant d’être fatalement lâché, l’homme va-t-il enfin livrer ses commanditaires.

C’est un mercredi noir que Cyrus Ngo’o a vécu dans les bureaux du TCS. Cuisiné par les fins limiers de la Police judiciaire, précisément les éléments du commissaire divisionnaire Oko Petis Joël, le Directeur général du Pad n’a eu droit à aucun égard. Pour des auditions qui ont démarré à 10h, ce n’est qu'après minuit que le patron de l’institution portuaire qui prétextait entre temps des soucis de santé, a été autorisé à regagner Douala. Un exercice laborieux qui a certainement broyé les méninges de ce produit de l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) dont certaines sources révèlent qu’il a été incapable de répondre avec clarté sur les faits d’accusation qui pèsent contre lui. Entre balbutiements, dérobades et auto-glorification, l’homme a eu toutes les peines du monde à convaincre ses enquêteurs. Au total, une dizaine de dossiers pour lesquels Cyrus Ngo’o clame son innocence. Non sans rappeler à ses interlocuteurs qu’il a toujours agit conformément aux instructions du Secrétaire général de la présidence de la République (SGPR) Ferdinand Ngoh Ngoh ainsi que celui des services du Premier ministre Séraphin Magloire Fouda (Sgpm).

Interdiction de sortie du territoire

Non convaincus par ces arguments de pacotille, les enquêteurs ont pris le soin de servir à l’infortuné, une interdiction de sortie du territoire en bonne et due forme. De quoi lui rafraîchir la mémoire et indiquer pour sa gouverne, qu’il est désormais à un doigt de la prison centrale de Yaoundé. Comment l’homme dont on a longuement vanté les prouesses hier, dans ses efforts de modernisation du Pad ainsi que les excellentes performances qui s’en sont suivies, peut-il se retrouver brusquement à la « potence » aujourd’hui ? Alors que beaucoup croyaient que Cyrus Ngo’os est poursuivi pour les 31 milliards Fcfa relatif au projet de « sécurisation physique du périmètre et du contrôle des accès du port de Douala », des sources dignes de foi soutiennent qu’il s’agit plutôt d’évasion des capitaux et de blanchiment d’argent dont le montant s’élève à 54 milliards Fcfa. Un pactole, apprend-on, débloqué sur ordre du Dg du Pad. Pour quoi en faire ? Des documents confidentiels publiés par le journaliste et lanceur d’alerte Boris Bertolt en disent long sur ce questionnement. Lui qui convoque des preuves de passation du marché datant du 13 avril 2018 et impliquant Ngoh Ngoh, qui a donné ce « marché spécial » à la compagnie israélienne PORTSEC pour un coût total de 25 milliards 369 165 443 Fcfa. Ce projet qui devait être achevé deux ans plus tard, soit depuis avril 2020, n’a jamais été livré trois ans après.

Prétentions boulimiques

Or, « l’État du Cameroun (le contribuable camerounais) à travers le port autonome de Douala, a déjà payé deux fois le coût d’un projet déjà surévalué. Ces milliards de Fcfa des fonds publics se sont retrouvés au Liechtenstein, au Panama, à Dubaï et aux Seychelles. Tous ces États sont considérés comme jardin d’Adam et Ève des criminels les plus redoutables de la finance internationale. En français facile, des paradis fiscaux », déplore l’auteur de « Main basse sur la démocratie. Les secrets d’un complot d’État contre Maurice Kamto ». Plus grave, la sécurité du Pad était assurée par G4S et Omnibuisess et coûtait 1 milliard de Fcfa par an au port de Douala avant l’arrivée de l’actuel Dg. Quand on décide de moderniser cette sécurité, les offres sont faites. L’offre la plus onéreuse étant à 3,8 milliards Fcfa. Or, le projet a déjà coûté 15 fois plus cher au contribuable camerounais. Une gabegie qui cache mal les prétentions boulimiques de ceux qu’on présente comme les parrains de Cyrus Ngo’o, au motif qu’ils sont des intouchables au sein du sérail. Il ne s’agit ni plus, ni moins que de Ngoh Ngoh et de Fouda.

Ces deux hauts commis de l’État n’ont-ils pas été à la manœuvre dans la gestion du Terminal à containers ? Pour mémoire, le Dg du Pad avait rendu public, le 16 septembre 2019, un communiqué qui consacre la société de droits suisses, Terminal investment limited (Til) comme adjudicataire provisoire de la concession dudit terminal, suite au résultat de l’appel à consultation internationale restreinte n°2019/003/Acir/Cipc-Tac/Pad du 21 mars 2019 pour la sélection d’un nouvel opérateur chargé de la rénovation, de la modernisation, de l’exploitation et de la maintenance du Terminal à conteneurs du Port de Douala-Bonabéri. Ayant flairé l’expiration du contrat signé entre l’État du Cameroun, représenté par le Pad et Douala international terminal (Dit), (prévue au 31 décembre 2019 Ndlr), Cyrus Ngo’o était passé outre des décisions de Justice et une affaire pendante devant les tribunaux français, camerounais pour vite trouver un successeur à Dit.

L’affaire Cana Bois

Dans la foulée, le consortium Bolloré transports and logistics et son associé danois, Apmterminals, avaient été évincés de la short-list des entreprises retenues comme pré-qualifiées en vue de participer à cette concertation internationale restreinte. Le consortium avait alors traîné le Pad en Justice, après avoir engagé une démarche auprès du Tribunal administratif de Douala afin d’être édifié sur les mobiles réels de sa disqualification, avec en filigrane, l’obtention d’une décision de justice ordonnant la suspension de l’exécution de la procédure ayant débouché à sa mise à l’écart. Dans la même veine, la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris avait été saisie au sujet du paiement des frais de stationnement. Les deux personnalités citées comme soutiens de poids du Dg du Pad dans cette affaire n’étaient autre que Ngoh Ngoh et Fouda.

Un duo mafieux qui s’était donné pour ambition d’avoir le contrôle du Pad en nommant comme marionnette, le pauvre Cyrus Ngo'o. Face à la rigueur et au sens du patriotisme des camerounais d'origine libanaise qui s’étaient opposés à un tel hold-up, les deux hauts commis de l’État, avaient alors trouvé des stratagèmes pour se débarrasser de cet obstacle. Ils avaient même proposé à ces derniers, de cotiser des milliards de Fcfa pour leur remettre afin de garantir leur présence sur le site du Port. Outrés par cette proposition indécente, ceux-ci avaient opposés une fin de non-recevoir. S’en était alors suivi un bras de fer qui s’est mué en une chasse aux sorcières. Une traque des Camerouno-libanais qu’on a voulu asphyxier par des taxes suicidaires. C'est de là que naît l'affaire Cana Bois porté à bras le corps par l’intrépide Nassar Bou Hadir. Lui qui a choisi de dénoncer cette mafia, et ester en justice au point d’aboutir à une condamnation du Dg du Pad. Sonnant ainsi le début de la descente aux enfers de Cyrus Ngo’o.

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