Les Universités et les Grandes Ecoles, selon Dieudonné Essomba, par Calvin Djouari
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CAMEROUN :: Les Universités et les Grandes Ecoles, selon Dieudonné Essomba, par Calvin Djouari :: CAMEROON

L’abnégation et la force mentale de nos étudiants et de nos enseignants d’université ont eu une caricature péjorative dans un exposé fait par le brillant économiste camerounais Dieudonné Essomba.  L’homme est le plus médiatisé actuellement au Cameroun, célèbre dans les réseaux sociaux, il participe à de nombreux débats où il démontre une vaste culture et une connaissance approfondie du pays. Il est le seul à mobiliser à l’heure actuelle une pensée complexe. Cette façon simple d’expliquer les réalités du pays font de lui un intellectuel avisé. C’est pourquoi il jouit d’un important prestige. Lui-même l’a souvent dit, il est même plus que cela le profil de l’intellectuel engagé. Il détient des détails inédits sur les affaires de nos sociétés. Il fait montre d’une habileté politique exceptionnelle. 

C’est un homme multicolore. Il voit ce qui est invisible au plus grand nombre. Mais souvent son visage laisse transparaitre une moue dubitative. En effet, malgré ses connaissances, il commet trop d’erreurs. Les erreurs d’intellectuel. Il lui arrive parfois d’expliquer les vues de son esprit pour une perception réelle, au lieu de s’inspirer de l’expérience du terrain.  Il s’était complètement égaré au cours d’une émission, entrainant avec lui bon nombre de personnes qui l’ont cru.

Venons-en précisément à l’intervention qui fait problème, et qui est un scandale intellectuel passé sous silence.

J’aimerai, d’abord dire, que lorsque je m’adresse à une personne comme lui, c’est avec beaucoup d’égards et beaucoup de respect. Je le fais de manière respectueuse, pour un personnage suivi avec intérêt dans l’arène politique. J’ai toujours apprécié ce monsieur sensible aux choses de la vie. Il a un langage terre à terre, qui explique les choses simplement afin qu’elles soient compréhensibles par tous. Il a beaucoup travaillé dans l’administration dans l’ombre certainement et dans l’isolement. La solitude dans l’ombre cultive l’introspection et développe une sorte de sensibilité intuitive. Une fois détaché de cette ombre, la lumière jaillie. Alors on commence à faire de grands exposés magistraux ; on parle, on dit tout. On croit avoir la science infuse.

Au cours d’un passage sur une chaîne de télévision camerounaise, le sieur Essomba fustige les universités camerounaises et place les grandes écoles et leurs élèves sur un piédestal. Selon lui, ce sont les meilleurs qui sont dans les grandes écoles et l’université ne produirait que des poubelles à ragots. Quand j’ai regardé cette intervention, je suis tombé des nues. L’université a toujours été malade ; mais alors, une telle déclaration voudrait-elle tout simplement dénoncer les dysfonctionnements structurels de nos universités ou plutôt insulter les capacités intellectuelles de ceux qui y entrent pour y poursuivre un cursus. Il a jugé les étudiants selon les avoirs, or notre rapport au corps est davantage du registre de l’être que de l’avoir.

Dans un pays sérieux, un tel homme ne peut plus être pris au sérieux. À chaque passage dans les médias, il marque son empreinte, réduisant bon nombre d’intervenants au silence qui sont incapables d’apporter une réplique pertinente contre lui. Au départ, j’ai cru qu’il faisait une plaisanterie pédagogique, mais à ma grande surprise il continuait de façon péremptoire sa démonstration.

Ce jour-là son expression fut vulgaire, désinvolte et troublée à l’égard des universités. Il a omis de dire qu’on n’a pas encore des universités dignes de ce nom.  Qu’est-ce qu’une université ? Elle tire en effet son nom du latin classique universitas, dérivé direct de universus, signifiant « tout entier, considéré dans son ensemble ».

A l’issu de cette émission, je me suis demandé pourquoi un brillant homme aussi admiré, pouvait dire des choses pareils. J’ai fini par comprendre qu’il avait fait de grandes études mais n’avait pas compris le rôle de l’université ni compris les différences entre les deux institutions. L’université est une institution vouée à la recherche du savoir avec la conviction que ce savoir constitue l’essentiel pour l’homme. Elle a pour mission de produire, de transmettre et de conserver le savoir. Il est connu que nos universités africaines existent sans remplir complètements leur mission parce qu’elles sont repliées sur elles-mêmes comme les mille pattes.

L’université est donc le point de départ où l’homme prend à proprement conscience de son destin. C’est dans cet environnement que l’étudiant opère sur lui-même une révolution intérieure. C’est vrai qu’actuellement les universités camerounaises sont en crise, elles l’ont toujours été depuis 30 ans. De nos jours encore, elles ont perdu leur ambiance, on assiste comme à une déshumanisation des universités ; c’est dire qu’on a l’impression que les universités camerounaises sont des endroits où l’on garde des troupeaux d’animaux qui passeront à l’abattoir. Elle connait une crise de vieillesse. Elle n’a même pas connu la frénésie de jeunesse ou alors l’euphorie de la croissance.  L’université camerounaise connait des crises et   celles-ci sont latentes et ininterrompues. Sans passer par ces crises, on pourrait espérer à présent des cris de naissance, parce qu’on attend qu’elle donne de nouveaux bébés qui sont dans le ventre mais qui tardent toujours à apparaître. L’école supérieure, s’occupe d’un domaine précis du savoir, on ne peut la comparer à l’université ou l’étudiant tente d’unifier les savoirs.

 L’université est l’instrument dont se dote une nation pour élever ses citoyens sur le plan moral et éducatif. C’est le lieu de rencontre des modèles de comportement chevaleresque. En occident, les grandes écoles collaborent avec les universités. Dans les grandes écoles, il est demandé aux élèves de suivre les cours de certains professeurs d’université. L’université est le lieu de rencontre des savoirs de la vie, on doit absolument avoir des facultés suivantes (droit, théologie, médecine, l’art etc.), l’art y est dès le début.
L’université c’est d’abord l’effervescence universitaire. C’est-à-dire, les enseignants. L’université est une chance en or tandis que la grande école est une chance en argent. Les deux sont pourtant des lieux du donner et du recevoir. La déclaration de Dieudonné Essomba est faite à postériori ; il n’est pas enseignant d’université. Il ne peut pas comprendre. Les élèves des grandes écoles sont là pour recevoir une formation, qui leur permettra d’avoir un emploi. Les petites conditions d’opulence dans lesquelles ils vivent, ne les orientent pas vers les recherches fondamentales. C’est connu. L’élève dans son école ne pense plus à faire des recherches, mais à son salaire de fin de mois pour calmer son bébé qui pleure toute la nuit.

On peine encore à avoir une université digne de ce nom au Cameroun.

On a vu des étudiants recevoir des enseignements sous la pluie ou sur un terrain de football à Douala. Ce sont des images qui ne font pas honneur à nos universités. Ces universités   font l’expérience d’une crise structurelle et pas forcément conjoncturelle. Deux systèmes s’y opposent depuis des années. Je veux parler du vieux système qui persiste et du nouveau système doté des connaissances nouvelles, des ingéniosités nouvelles et des savoirs nouveaux, qui n’arrive pas à supplanter l’ancien.

L’université n’est pas n’importe quelle institution, c’est une institution supérieure, transcendante et il est évident qu’elle partage avec d’autres institutions telles que la maternelle, le primaire, le collège, les lycées, les grandes écoles cette même fonction. Elle se différencie d’autres institutions par sa fonction de reproduction du savoir au plus haut niveau et par la reproduction de son propre savoir. La recherche y est fondamentale.

 Les écoles supérieures quant à elles n’ont pas ce tempérament, elles sont consommatrices car elles avalent le travail mâché par les universités. Qu’est-ce qu’un élève sorti d’une école a déjà produit comme savoir si ce n’est que restituer ce qu’ils ont appris pendant leur formation accélérée ?

Aussi, dans une société de liberté, l’université ne peut pas être apolitique en évitant que l’arbitraire s’y installe. Si l’arbitraire surgit, le savoir doit se retrouver dans la rue en évitant que les passants, dotés d’un petit bon sens ordinaire les rejoint :  c’est l’erreur que le professeur Kamto a commis en ramenant le discours politique dans la rue qui a provoqué une mauvaise appropriation. A présent il a du mal à s’en défaire.

L’université est l’institution la plus universelle de toutes les autres.  L’étudiant a des droits ; mais ces droits ne sont pas toujours respectés. Je crois que l’université camerounaise n’est pas encore… Quand elle sera monsieur Dieudonne Essomba saura.

On sait comment les concours se passent dans nos pays ; y vont ceux qui veulent vite s’en sortir dans la vie au détriment de longues études et qui désertent les universités. Les collèges privés au Cameroun sont les meilleurs alors qu’ils n’utilisent que les pauvres licenciés sortis des universités.

Dieudonné Essomba a beaucoup de déficit dans les explications des faits scientifiques. Je crois que, ce qu’il a exposé ne concerne que les universités camerounaises ou d’Afrique sub-saharienne. Une telle déclaration en occident où lui-même a étudié le disqualifierait. Les prix Nobels sortent d’Harvard, les grands savants sortent de Sorbonne ou d’Oxford. Tous ont été des enseignants d’universités. L’université se destine à la recherche et aux longues études alors que les grandes écoles c’est la recherche de la survie et de poste de responsabilité. Beaucoup font des concours pour arrêter leurs souffrances humaines et ce n’est pas parce qu’ils sont les meilleurs qu’ils réussissent souvent, c’est parce que les meilleurs ne se sont pas présentés. L’université   est le lieu où on a plus de chance de trouver les savants et les têtes les plus réfléchies d’une Nation, pas dans les grandes écoles.

Les mouvements d’estudiantins sont par exemple une agitation scientifique émotionnelle ; contrairement aux écoles qui sont limitées dans leur petite posture. Je crois que c’est son inconscient qui a tenu de tels propos et qu’en tant qu’économiste, les questions scientifiques sérieuses lui échappent. C’est aussi sans doute pour cette raison qu’il a jeté la bassine qui contenait encore le bébé.

Les chances ne sont pas au rendez-vous pour nos étudiants et Monsieur Essomba devrait le savoir et se présenter plutôt en avocat qui défend le droit des étudiants et des enseignants. Que leurs droits soient respectés puisqu’ils connaissent leurs devoirs.

Quand le pays est paralysée le dernier recours c’est l’université. Est-ce qu’on fait ce recours  dans nos universités ? A mon époque, on faisait appel à la police. Or, on n’appelle pas la police pour les problèmes déclenchés à l’université. L’université doit être capable de résoudre elle-même ses problèmes.

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