Travail : absence de volonté de réduire le chômage
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Le monde entier célèbre le travail le 1er mai. Il est défini par l’organisation internationale du travail comme la possibilité d’exercer un métier  productif et convenablement rémunéré, assorti de conditions de sécurité sur le lieu d’exercice et d’une protection sociale pour sa famille. D’après l’article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. » De même, entre autres philosophes,  Voltaire dit que « le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin ». Dans l’ensemble tous les textes internationaux et les réflexions mettent l’accent sur l’importance du travail, et la nécessité du travail pour tous, car il rend l’homme digne. Comme le stipule l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.» 

Tout le monde peut-il avoir du travail, au sens économique du terme ? Les théories tendent à démontrer que dans l’absolue cela n’est pas possible, en raison des conjonctures, et c’est pour cette raison que nulle part dans le monde on ne peut trouver un pays où il n’y a pas de chômage, et le Cameroun n’est pas exempt. Malgré cela, les discours politiques de tous les gouvernements ont toujours en première ligne la réduction du chômage, et ils saisissent toutes les occasions pour insérer les travailleurs. Même quand il s’agit d’un seul, c’est un chômeur de moins. Mais on ne peut dire qu’en dehors des discours, la réduction du chômage est véritablement une préoccupation pour le gouvernement camerounais, car il existe des cas où on préfère laisser des postes vacants alors qu’il y a des candidats qui se bousculent, et des cas où certains travailleurs durent en fonction au-delà de l’âge de la retraite, alors que les jeunes formés pour le métier sont au chômage. Le corps des huissiers est un exemple patent en la matière. 

D’après le Collectif des huissiers de justice en attente de charge (Hujadec), un total de 383 charges sont disponibles et vacantesau Cameroun, et pendant ce temps 186 huissiers formés depuis au moins 20 ansattendent que ces mêmes charges leurs soient attribuées, mais les dossiers sont enterrés quelque part dans le labyrinthe administratif, entre le ministère de la Justice, la Primature et le secrétariat général de la présidence, lesquelles administrations se rejettent les responsabilités. En dehors de ces charges légalement créées mais vacantes, à ce jour près de 300 huissiers qui exercent ont atteint l’âge de départ à la retraite qui est de 60 ans.

Pourtant, En 2017, le Premier ministre Philémon YANG avait instruit les ministres de mettre à la retraite ceux de leurs collaborateurs qui ont atteint l’âge requis. Le ministère de la justice s’était exécuté, en mettant les notaires à la retraite, ce qui avait permis de nommer les postulants qui attendaient aussi depuis 20 ans pour certains. Les magistrats ont également été mis à la retraite, mais les huissiers ont été oubliés. Conséquence, ils sont nombreux les titulaires des charges ayant  dépassé l’âge de départ à la retraite qui continuent d’exercer, pendant que les huissiers qu’ils ont formé ont déjà quasiment l’âge de la retraite. En somme, 386 charges créées et vacantes, ajoutées aux 300 illégalement occupés par les retraités, on est à 686 postes vacants pour 186 candidats, qui ne sont pas recrutés. De là à se demander si la volonté du gouvernement est réellement de réduire le chômage. 

Smig humiliant

En plus de cette volonté douteuse de pourvoir le travail, il y a la question de la décence, qui peut également être évoquée à cette occasion de la fête du travail. Le salaire inter professionnel garanti au Cameroun reste de 36 270 F CFA, depuis 2014, après avoir subi une hausse de 8 054 F soit 30%, ce qui avait été présenté comme une recommandation issue d’une concertation des partenaires sociaux. Le ministre du Travail et de la sécurité sociale du Cameroun n’avait pas manqué de soutenir publiquement ce montant, qui pour lui permet au citoyen de vivre. Il avait cependant oublié de simuler une répartition de ce montant entre la nutrition, le transport, le logement, la santé, l’éducation et la vie associative.  Le point 3 de l’article 23 de la déclaration universelle des droits de l’homme, dit :

« quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. » L’article 25 ajoute : « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. » 

Ces textes internationaux ont été  bien ratifiés par le gouvernement camerounais, et l’application devrait être automatique. Maintenir le Smig à 36 000 alors que le coût de la vie augmente chaque jour qui passe, est une façon déguisée de maintenir la population dans la misère, tout en faisant en même temps la promotion d’une classe bourgeoise réservée. Par le décret 2019/321 du 19 juin 2019, le président de la république fixait les catégories d’entreprises publiques, la rémunération, les indemnités et les avantages de leurs dirigeants.

Aux termes de ce décret, il y a des directeurs d’entreprise publique au Cameroun dont le salaire mensuel et ses accessoires plafonnent à 12 millions de francs Cfa. Entre 36 270 F cfa prévu pour le miséreux, et 12 millions, chacun peut prendre le mètre pour mesurer le fossé, et surtout apprécier la volonté du gouvernement de construire une société juste, faite d’hommes égaux en droit et en devoir

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