Gestion publique : Le péril jeune
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Paul Biya se dit prêt pour une transition générationnelle, mais semble hésiter à franchir le cap.

Élu pour un septième mandat à la tête du Cameroun le 07 octobre 2018, Paul Biya avait, dans son discours d’investiture, le 06 novembre de la même année, dit avoir compris le désir des jeunes de mieux participer   à la prise des décisions qui engagent l’avenir du pays ; avant promettre d’en tenir compte « en ayant à l’esprit » que le Cameroun de demain se fera avec eux. En creux, le chef de l’État avouait avoir tiré les leçons de la dernière élection présidentielle, qui a révélé un éveil politique de plus en plus perceptible des jeunes, lequel s’est manifesté à travers leur engagement militant auprès de certains candidats de l’opposition qui les ont encouragés à l’occasion, à regarder l’avenir avec plus de sérénité. À mi-mandat (ou presque), le président de la République marche sur des oeufs en faisant le bilan de cet engagement fort.

Dans son discours à la jeunesse à l’occasion de la 55e édition de la fête à elle consacrée, le 10 février dernier, il s’est limité à faire constater que de nombreux jeunes avaient intégré les diverses instances parlementaires, municipales et régionales entretemps. Et pour lui, « c’est de cette manière que se prépare la transition générationnelle dans la gestion des affaires publiques ».

En éludant la question de la proportion des jeunes qui y siègent comparativement aux mandatures antérieures, Paul Biya avoue, de manière subliminale, qu’il ne s’agit pas encore de la révolution promise dans son dernier discours d’investiture. Car, à la vérité, comme lors des mandatures précédentes, les jeunes ne sont encore que très faiblement représentés au sein de ces instances. Et le baromètre de cette faible représentativité c’est les différents exécutifs. L’Assemblée nationale, par exemple, ne compte dans son bureau aucun membre âgé de moins de 35 ans.

Ça tombe sous le sens que Nafissatou Alim, qui a 29 ans cette année et qui, de ce fait est la plus jeune députée de la législature 2020-2025, soit dans le bureau d’âge, même si cela est brandi comme un motif de fierté pour la jeune génération. Le Sénat, quant à lui, reste un repaire de retraités. En effet, un seul membre de la chambre haute du Parlement, Marlyse Aboui, en l’occurrence, a moins de 50 ans. La sénatrice nommée de l’Alliance nationale pour la démocratie et le progrès (Andp), qui en est à son deuxième mandat, est âgée de 48 ans. 

Décisions stratégiques

De nombreux jeunes ont effectivement intégré les conseils municipaux à l’occasion des élections de février 2020, mais aucun patron d’exécutif à cet échelon de la décentralisation n’est âgé de 35 ans ou moins. Le plus jeune maire du Cameroun, Yannick Ayissi de Yaoundé 2e, en l’occurrence, a 39 ans. Il n’est donc pas jeune, selon les critères édictés par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). L’élection, le 22 décembre dernier, des 10 présidents de conseils régionaux confirme la tendance gérontocratique aux postes décision : la moyenne d’âge à la tête de ces instances est de 65 ans.

C’est la même tendance au gouvernement dont le plus jeune membre, le secrétaire d’État à la Défense chargé de la gendarmerie, Galax Yves Etoga, est âgé de 46 ans. Tous ces exemples et bien d’autres confirment l’image d’un Cameroun essentiellement conservateur, où la vieille garde s’accroche indéfiniment aux affaires et s’arrange à tenir à bonne distance les jeunes dans la prise de décisions stratégiques. La nomination de Pierre Soumbou Angoula, 32 ans à l’époque, au poste de directeur générale de la très convoitée École nationale d’administration et de magistrature (Enam), en décembre 2018, avait pourtant laissé entrevoir une volonté de rupture chez Paul Biya.

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