CAMEROUN :: Une secte peut en cacher une autre :: CAMEROON
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CAMEROUN :: POINT DE VUE CAMEROUN :: Une secte peut en cacher une autre :: CAMEROON
  • Correspondance : Thierry Amougou, Economiste, Pr. Université Catholique de Louvain (UCL), Fondateur et Animateur du CRESPOL, Cercle de Réflexions Economiques Sociales et Politiques
  • lundi 09 décembre 2019 15:04:00
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CAMEROUN :: Une secte peut en cacher une autre :: CAMEROON

C’est de notoriété publique depuis plusieurs années que les sectes ont envahi le territoire camerounais.

Les quartiers populaires des grandes villes camerounaises pullulent de prophètes de toutes sortes. Ceux-ci se nourrissent des cotisations de pauvres fidèles sans espoirs et habilement embrigadés par le slogan « Jésus sauve et guérit ».

Au sommet de l’État, l’homme de la rue a, depuis belle lurette, transformé en secret de polichinelle le fait que Rose Croix, Franc-maçonnerie et autres groupes ésotériques y font la pluie et le beau temps. Il faut, semble-t-il en faire partie pour espérer une place au sein du gouvernement camerounais.

D’autres bonnes ou mauvaises langues parlent d’un bizutage spécial consistant, tant à se faire « enculer » en guise d’adoubement, qu’à transformer en gitons de jeunes camerounais avides de faire carrière en politique même s’ils sont hétérosexuels. Votre parrain en politique devenant ainsi celui qui vous domine à la fois hiérarchiquement et sexuellement par la sodomie comme acte de soumission et/ou de caporalisation. Suivre cette opinion publique dont la ductilité dit quelque chose des informations qu’elles véhicule depuis une trentaine d’années, pousse à conclure que l’élite qui dirige le Cameroun depuis 1982 est à la fois une secte au sens où il faut montrer patte blanche pour l’intégrer en payant un impôt sous forme de bizutage rituel, et un groupe sectaire au sens où seuls ceux qui ont l’odeur de la meute sont sélectionnés pour la « mangeoire ». Le fonctionnement sectaire devient ainsi une des multiples caractéristiques du « Biyaïsme » dont les adeptes ne jurent que par la perpétuation au pouvoir de leur gourou Paul Biya.

Il est cependant fort intéressant de se rendre compte que la même opinion publique camerounaise parle déjà du MRC de Maurice Kamto comme d’une secte, « la secte Baham». S’agit-il juste de mauvaises langues ? Sont-ce uniquement des élucubrations des partisans du régime qui veulent salir le MRC et Maurice Kamto ? Est-il possible de trouver quelques éléments objectifs qui corroborent cette opinion publique ? Essayons de répondre à cette dernière question. Laissons de côté les accusations relatives au tribalisme du MRC et au sein du MRC. Intéressons-nous à ce que c’est qu’un comportement sectaire. L’histoire des mouvements sectaires met en lumière un paramètre fondamental à savoir la croyance et la confiance aveugles des fidèles au gourou et à ses actes. Les adeptes/fidèles pensent que connecté à des instances spirituelles supérieures, le gourou en sait plus qu’eux et sait toujours ce qu’il fait et dit. Il a toujours un coup d’avance comparativement au commun des mortels parce qu’il verrait plus loin que le bout de son nez.

En conséquence, des situations de suicide collectif sont nombreuses dans les sectes car les adeptes/fidèles sont prêts à boire la ciguë si le gourou le leur demande. C’est une telle chose qui semble exister au MRC. Ayant donné à Maurice Kamto le statut d’Homme le plus intelligent du Cameroun et d’intellectuel le plus brillant du triangle national, ses adeptes/fidèles, par ce fait même, lui attribuent des qualités d’un démiurge connecté aux forces supérieures de l’intelligence dont lui seul connait les tenants et les aboutissants.

Il en résulte que ces mêmes adeptes lui confèrent une sorte d’infaillibilité pontificale suivant laquelle Kamto reste un génie et sait ce qu’il fait quels que soient les actes posés et leurs contradictions abyssales. Dans cette veine, avoir été au gouvernement de Biya pendant 7 ans, avoir perdu son latin en 2008 lorsque le régime tiraient à balles réelles sur des centaines jeunes Camerounais, être allé à l’élection en 2019 en pleine crise du NOSO et sous ELECAM, décider d’aller aux législatives à sa sortie de prison puis opter de ne plus y aller à cause de la crise du NOSO et d’ELECAM, sortir de prison en y laissant ses acolytes, dire que le hold-up électoral est achevé et dire qu’il n’est pas achevé, dire que la résistance est dans la tête puis dans la rue… sont des postures, des déclarations et des décisions qui ne souffrent d’aucune incohérence aux yeux des fidèles/adeptes car elles sont l’œuvre d’un génie qui sait ce qu’il fait. Qualifier le MRC de secte semble donc venir du fait que Maurice Kamto devient une sorte de gourou dont les adeptes ne discutent aucune décision mais les trouvent au contraire toutes géniales malgré de flagrantes tergiversations et contradictions dirimantes.

L’infaillibilité pontificale que lui confère une intelligence qui, d’après ses adeptes, serait supérieure à celle de tout autre Camerounais, entraîne que tout ce qu’il fait est génial parce que confiné dans le secret du dieu de l’intelligence qu’il est. Les sectes fonctionnent de la même façon, et c’est cela qui, dans l’histoire, explique de nombreux suicides collectifs dans ce domaine.

Dire qu’une secte peut en cacher une autre est une façon de se poser la question de savoir si, sachant que le MRC semble être certain de prendre le pouvoir, le Cameroun sort des sectes et d’une gouvernance sectaire ou alors se prépare à y entrer à nouveau. Sachant qu’une secte c’est aussi la dictature du gourou et le culte de l’Homme providentiel, le Cameroun entre-t-il dans l’âge de la transition démocratique où se prépare-t-il à inaugurer celui du remplacement d’un gourou et du culte d’un Homme providentiel par un autre ?

09déc.
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