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© Camer.be : Onana Nestor
- 01 Sep 2026 00:58:52
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Cameroun - Fin du contrat Brys : l'État peut-il imposer Pagou ?
Le contrat de Marc Brys expire le 7 septembre 2026. David Pagou est déjà sélectionneur pour la FECAFOOT. Mais l'État peut-il légalement imposer un nouvel entraîneur ? Décryptage juridique.
À 23h59 le 7 septembre 2026, le contrat de Marc Brys s'éteindra. Mais la question qui agite les coulisses du football camerounais n'est pas celle de sa succession déjà actée par la FECAFOOT mais celle de la régularisation juridique d'un staff technique dont les salaires dépendent de l'État.
Le 7 septembre 2026 à 23 heures 59 minutes, le contrat liant l'État du Cameroun au technicien belge Marc Brys arrive à son terme de plein droit. Une échéance inscrite dans le marbre d'un engagement de vingt-neuf mois signé en avril 2024. Pourtant, depuis le 1er décembre 2025, Marc Brys n'est plus sur le banc des Lions Indomptables. Ce jour-là, le Comité d'urgence de la FECAFOOT, présidé par Samuel Eto'o, a acté son limogeage et désigné David Pagou comme nouvel entraîneur-sélectionneur.
Le paradoxe est saisissant : Marc Brys est toujours payé par l'État. David Pagou, lui, est déjà sélectionneur sur le terrain mais sa situation contractuelle avec l'État reste floue. Alors que le 7 septembre approche, une question juridique brûlante se pose : l'État peut-il, une fois le contrat de Brys éteint, imposer un nouveau sélectionneur face aux prérogatives revendiquées par la FECAFOOT ? La réponse se joue dans un texte de 2015, à l'article 9 d'une convention qui n'a jamais cessé de faire des étincelles.
Fin du contrat de Marc Brys le 7 septembre : l'État peut-il imposer un nouveau sélectionneur ?
Un contrat de 29 mois qui arrive à échéance
Recruté en avril 2024 par le ministère des Sports et de l'Éducation physique (MINSEP), Marc Brys avait signé un contrat de deux ans et demi avec l'État camerounais. L'échéance est fixée au 7 septembre 2026. « Marc Brys demeure l'entraîneur des Lions Indomptables jusqu'à la fin de son contrat avec l'État du Cameroun, dont l'échéance est fixée au 7 septembre 2026 », confirme une source proche du dossier.
Jusqu'à cette date, l'État honore ses engagements : le technicien belge perçoit toujours son salaire, versé rubis sur l'ongle. Le coût total pour les finances publiques est estimé à 316 millions de francs CFA. Une somme qui interroge, alors que le concerné ne dirige plus l'équipe depuis décembre 2025.
Un limogeage FECAFOOT, un contrat MINSEP : le grand écart juridique
Le 1er décembre 2025, à vingt jours du début de la CAN au Maroc, la FECAFOOT réunie en comité d'urgence a limogé Marc Brys et nommé David Pagou à sa tête. Problème : le contrat de Brys n'a pas été signé avec la Fédération, mais avec l'État. « Son employeur, c'est le ministère. L'utilisateur, c'est la FECAFOOT », explique Eric Kouatchou, journaliste correspondant de Canal 2 International.
Dans les faits, la FECAFOOT a « mis au placard » un salarié qu'elle n'a pas recruté. L'État, de son côté, n'a pas rompu le contrat et ne peut pas le faire sans s'exposer à des poursuites pour rupture abusive. « Si l'État décidait d'interrompre unilatéralement le paiement du salaire ou des primes de Marc Brys avant l'échéance contractuelle, cela constituerait une rupture abusive du contrat », prévient le journaliste. Personne ne veut revivre le précédent Antonio Conceição, dont la rupture abusive a coûté plus d'un milliard de FCFA à l'État.
L'article 9 de la convention de 2015 : la clé du bras de fer
La convention-cadre du 5 février 2015 régissant les rapports entre le MINSEP et la FECAFOOT est au cœur du conflit. Son article 9 dispose :
« (1) Les membres des structures d'encadrement des sélections nationales de football sont recrutés, soit sur la base d'un contrat signé avec le Président de la Fédération Camerounaise de Football, après avis obligatoire du Ministre chargé des sports, soit sur la base d'une mise à disposition par l'État. (2) Les salaires de l'Entraîneur Principal et des Entraîneurs Adjoints des sélections nationales de football sont payés par l'État. »
Ce texte offre deux modalités de recrutement. La première un contrat FECAFOOT avec avis du MINSEP. La seconde une mise à disposition par l'État. C'est cette seconde voie qui a été utilisée pour Marc Brys en avril 2024.
Pour David Pagou, la question est différente. Sa nomination par la FECAFOOT le 1er décembre 2025 a-t-elle respecté l'article 9 ? « Pour que la nomination du nouveau sélectionneur par le Président de la FECAFOOT soit conforme à la convention, elle doit être formalisée par un contrat et surtout être faite "après avis obligatoire du Ministre chargé des sports" », analyse un avocat à la Cour. « Si la nomination a été faite unilatéralement par la FECAFOOT sans l'avis préalable du MINSEP, elle contrevient formellement aux termes de cet article ».
David Pagou : sélectionneur sur le terrain, fantôme dans les papiers ?
Depuis sa prise de fonction, la situation contractuelle de David Pagou alimente les rumeurs. Certaines sources affirment qu'il exercerait sans contrat officiel. D'autres, au contraire, assurent qu'il est lié à la FECAFOOT par un contrat signé le 9 août 2025, alors que Marc Brys était encore en poste.
Une certitude : le MINSEP ne rémunère pas David Pagou. Le sélectionneur travaillerait sans salaire fixe, se contentant potentiellement des primes de match et d'une prime de participation estimée à 60 millions de FCFA. Une situation qualifiée d'« anomalie » qui contraste avec la stabilité offerte à son prédécesseur.
Le cœur du problème réside dans le bras de fer institutionnel entre la FECAFOOT et le MINSEP. Dès juin 2024, Samuel Eto'o avait officiellement demandé au ministre de contractualiser son staff une requête restée sans suite. Le silence du ministère est perçu comme un blocage politique, nourrissant des accusations de « deux poids, deux mesures » au détriment des entraîneurs locaux.
Après le 7 septembre : quel scénario pour l'État ?
À compter du 8 septembre 2026, l'État ne sera plus lié à Marc Brys. L'échéance contractuelle ouvre une fenêtre de clarification juridique. Mais pour régulariser la situation de David Pagou, l'État devra choisir l'une des deux voies de l'article 9 :
1. Signer un contrat avec Pagou mais cela suppose un accord avec la FECAFOOT, ou à tout le moins son avis conforme.
2. Procéder à une « mise à disposition » comme pour Brys. Mais dans ce cas, l'État impose son choix à la Fédération.
La seconde option est politiquement explosive. Elle raviverait le conflit avec Samuel Eto'o, qui a toujours revendiqué la prérogative de nommer « son » sélectionneur. La première, en revanche, suppose une main tendue entre des adversaires qui ne se parlent plus.
Un précédent qui inquiète : l'affaire Conceição
La prudence de l'État s'explique par un précédent douloureux. En 2019, la FECAFOOT avait été condamnée à verser plus d'un milliard de FCFA à Antonio Conceição pour rupture abusive de contrat. Et c'est l'État, donc les contribuables, qui ont réglé la facture. « Dans ce cas, Marc Brys a été mis au placard par son N+1 (la FECAFOOT) et non par son employeur », rappelle Eric Kouatchou.
L'enseignement est clair : l'État ne peut pas rompre un contrat qu'il a signé. Il doit attendre son terme. Le 7 septembre 2026 est donc à la fois une délivrance et un rendez-vous. Une délivrance pour l'État, qui pourra tourner la page Brys. Un rendez-vous pour la FECAFOOT, qui devra composer avec un État désormais libéré de toute obligation contractuelle envers l'ancien sélectionneur.
Un conflit qui dépasse le sportif
Au-delà du cas Brys-Pagou, cette affaire révèle une crise de gouvernance du football camerounais. La convention de 2015, censée clarifier les rôles, est devenue une arme de guerre entre le MINSEP et la FECAFOOT. Chaque camp l'interprète à son avantage. Le ministre des Sports, Narcisse Mouellé Kombi, s'appuie sur l'article 9 pour justifier le rôle de l'État. Samuel Eto'o, lui, revendique l'autonomie de sa Fédération.
Les supporters, eux, assistent impuissants à ce feuilleton juridique. Alors que les Lions Indomptables disputent la CAN 2025 sous la houlette de David Pagou, les questions de contrats et de salaires parasitent la préparation. « Comment un pays aux ambitions continentales peut-il espérer une stabilité et une excellence durable en traitant son sélectionneur national avec un tel amateurisme contractuel ? », s'interroge un observateur.
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