Féminicides au Cameroun : le SDF accuse le RDPC de bloquer la loi
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Féminicides au Cameroun : le SDF accuse le RDPC de bloquer la loi

Le SDF accuse le RDPC de bloquer sa proposition de loi contre les féminicides au Cameroun. Joshua Osih et Haoua Madeleine appellent les citoyens à s'inscrire sur les listes électorales. 50 féminicides en 4 mois.

Alors que 50 féminicides ont été officiellement recensés entre janvier et avril 2026, le SDF dénonce le silence du parti au pouvoir sur ses propositions de loi et appelle les Camerounais à faire entendre leur voix dans les urnes.

Féminicides au Cameroun : le SDF accuse le RDPC de bloquer ses propositions de loi

Cinquante féminicides officiellement recensés entre janvier et avril 2026. Cinq propositions de loi déposées. Zéro examen en séance plénière. Le Social Democratic Front (SDF) sort du silence et pointe du doigt le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), accusé d'enterrer les textes visant à réprimer les féminicides et les infanticides.

Ce n'est pas un simple désaccord parlementaire. C'est une accusation politique lourde, portée par le parti de l'opposition à l'Assemblée nationale du Cameroun. Le 28 août 2026, dans une mise au point ferme, le SDF a révélé avoir déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale des propositions de loi visant à instaurer un cadre légal spécifique pour prévenir les féminicides, renforcer la protection des victimes et durcir la répression contre les auteurs.

Ces textes, qui font partie d'un ensemble de cinq propositions déposées en juin 2026, sont restés sans suite. Selon le parti de la balance, le groupe parlementaire du RDPC a choisi le silence et refusé leur examen. « Qui ne dit mot consent », dénonce le SDF.

50 féminicides en quatre mois : l'urgence d'agir

Les chiffres donnent la mesure de l'urgence. Entre janvier et avril 2026, l'État camerounais a officiellement enregistré 50 cas de féminicides sur l'ensemble du territoire national, accompagnés de 166 viols, 13 infanticides, 3 enlèvements et 3 cas de violence physique sur enfants.

La tendance est alarmante : 56 féminicides en 2023, 67 en 2024, environ 77 en 2025. « Ces chiffres ne représentent que la partie émergée de l'iceberg », a prévenu la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), Marie-Thérèse Abena Ondoa, devant l'Assemblée nationale le 19 juin 2026. « Nous devons déplorer le taux dangereusement bas de signalement des cas de violence, dû à la peur des représailles sociales, des pressions familiales et de la stigmatisation systémique. »

Selon l'Enquête démographique et de santé, 39 % des femmes camerounaises âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques, et 44 % des femmes en couple ont souffert de violences émotionnelles, physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire.

Cinq propositions de loi pour protéger les femmes et les enfants

Le 16 juin 2026, le député Joshua Osih, président du SDF, a formellement présenté cinq propositions de loi devant le Parlement camerounais.

Le premier texte porte sur la prévention, la protection, la répression et la prise en charge des féminicides et des violences faites aux femmes. Il vise à introduire des mécanismes modernes de prévention, de protection d'urgence, de suivi médico-social et psychologique des victimes, ainsi qu'un durcissement des poursuites judiciaires contre les auteurs.

La seconde proposition concerne la protection renforcée des enfants contre les violences sexuelles, les enlèvements, la traite et les crimes rituels.

Les trois autres textes abordent la cohésion nationale et la citoyenneté de résidence, l'application de l'article 66 de la Constitution sur la déclaration des biens des responsables publics, et la reconnaissance de la traite négrière et de la colonisation comme crimes contre l'humanité.

« Je pense que tous ceux qui sont à l'Assemblée nationale, quel que soit leur parti, sont contre les féminicides. Je pense que tout le monde est aussi contre les infanticides », a déclaré Joshua Osih à RFI. « Si le président de l'Assemblée nationale issu du RDPC décide de ne pas présenter ces propositions de loi en conférence des présidents, il en portera la responsabilité. »

« Ce n'est pas la volonté qui nous manque. C'est le nombre de députés. »

Le constat du SDF est sans appel. « Le SDF, par ma personne, a déposé des propositions de loi contre les féminicides et les infanticides sur la table de l'Assemblée nationale. Le RDPC a choisi le silence et refusé de les examiner : Qui ne dit mot consent », a soutenu Joshua Osih.

« Ce n'est pas la volonté qui nous manque au SDF. C'est le nombre de députés. »

En clair : l'opposition dispose des idées et des propositions, mais pas de la majorité numérique à l'hémicycle pour imposer ces réformes. Le parti au pouvoir, par son contrôle de l'ordre du jour parlementaire, peut tout simplement enterrer les textes qui ne lui conviennent pas.

Haoua Madeleine : « Notre indignation ne suffit pas. Notre inscription, si. »

Face à ce blocage institutionnel, la Coordonnatrice nationale des femmes socialistes du SDF, Dr Haoua Madeleine, lance un appel qui dépasse le cadre partisan.

« Notre indignation ne suffit pas. Notre inscription, si. Le pouvoir de changer les choses nous appartient : allons nous inscrire sur les listes électorales ! »

Le message est clair : la lutte contre les féminicides passe désormais par les urnes. Puisque le rapport de force à l'Assemblée nationale ne permet pas à l'opposition de faire adopter ses textes, c'est dans la rue électorale que le rapport de force doit s'inverser.

Un enjeu démocratique et sociétal

Cette passe d'armes parlementaire révèle une tension plus profonde sur la nature même du débat politique camerounais. Le SDF, en déposant ces propositions, rappelle que la mission du Parlement n'est pas seulement de voter les lois venant du gouvernement, mais aussi de proposer des textes.

Le parti d'opposition affirme ainsi que les députés ne sont pas de simples chambres d'enregistrement de la volonté exécutive. Ils ont un devoir d'initiative législative un devoir que le SDF dit avoir rempli, et que le RDPC est accusé d'étouffer.

« Le SDF démontre qu'une opposition responsable doit aller au-delà de la critique en proposant des alternatives crédibles, capables d'améliorer la gouvernance et la vie des citoyens », souligne le parti.

Que peut-on attendre de la session de septembre ?

La proposition de loi sur les féminicides devrait être présentée au Parlement lors de la session de septembre 2026 pour examen. Reste à savoir si le RDPC permettra son inscription à l'ordre du jour ou si le silence observé depuis juin se prolongera.

L'enjeu est immense. Non seulement pour les milliers de femmes camerounaises victimes de violences, mais aussi pour la crédibilité d'une institution parlementaire dont le rôle est de représenter le peuple et de faire avancer les réformes nécessaires à la protection des citoyens les plus vulnérables.

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