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© Camer.be : La rédaction
- 28 Aug 2026 01:40:04
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Washington à l'écoute des ambitions camerounaises
Le Cameroun et les États-Unis ont tenu leur premier Dialogue économique bilatéral le 27 août à Yaoundé. Grand Eweng, nouvel aéroport, data center : décryptage des mégaprojets présentés.
Exclu de l'AGOA depuis 2020 mais toujours partenaire stratégique de Washington, le Cameroun a dévoilé le 27 août à Yaoundé un portefeuille de projets XXL du barrage Grand Eweng (1 855 milliards FCFA) au nouvel aéroport de Douala pour convaincre les investisseurs américains de miser sur son décollage économique.
Dans la salle, des ministres camerounais. En face, Sarah Troutman, la secrétaire d'État adjointe pour les Affaires africaines. Au programme : 1 855 milliards de francs CFA pour un barrage, un aéroport de classe mondiale, un data center souverain. Et, en toile de fond, une question qui fâche : le Cameroun, exclu du marché préférentiel américain depuis 2020, peut-il vraiment reconquérir Washington ?
Un dialogue sous le signe de l'AGOA
Le 27 août 2026 restera une date dans les annales des relations économiques entre le Cameroun et les États-Unis. Pour la première fois, les deux pays ont tenu un Dialogue économique et commercial bilatéral à Yaoundé. Objectif affiché : améliorer le climat des affaires, élargir les opportunités de commerce et attirer plus d'investissements.
Mais ce dialogue a une ombre au tableau. Depuis le 1er janvier 2020, le Cameroun est exclu de l'African Growth and Opportunity Act (AGOA), le dispositif qui offre à 32 pays africains un accès sans droits de douane au marché américain pour plus de 1 800 produits. La raison ? Des « graves violations des droits humains » exécutions extrajudiciaires, détentions arbitraires, torture attribuées aux forces de sécurité.
Le Sénat américain a certes prolongé l'AGOA jusqu'en 2028, le 7 août 2026. Mais le Cameroun reste sur le banc de touche. Freedom House et le Committee to Protect Journalists ont recommandé le maintien de cette exclusion.
Grand Eweng : le barrage qui veut éclairer l'Afrique centrale
C'est dans ce contexte paradoxal que Yaoundé a déroulé son tapis rouge. En tête d'affiche : Grand Eweng. Ce barrage hydroélectrique, développé sur le fleuve Sanaga par l'américain Hydromine, affiche une puissance installée de 1 080 MW. L'investissement est colossal : 1 855 milliards de FCFA, soit près de 3 milliards de dollars.
Initialement prévu pour 1 800 MW, le projet a été revu à la baisse, mais il reste le plus ambitieux du portefeuille énergétique camerounais. Selon Hydromine, le barrage produira 1 200 MW et sera davantage consacré à la production d'aluminium. La mise en service est espérée à l'horizon 2028.
Pour le Cameroun, l'enjeu est double : combler son déficit énergétique et exporter l'électricité vers les pays voisins, à l'instar du Tchad. Pour les États-Unis, c'est l'occasion de placer General Electric et Hydromine au cœur de la transition énergétique africaine.
Un aéroport de classe mondiale à Douala
Autre projet phare présenté par Yaoundé : un nouvel aéroport de classe mondiale dans la zone métropolitaine de Douala. Inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030, ce projet doit encore faire l'objet d'études de faisabilité, dont le lancement est prévu en 2026.
L'ambition est démesurée : un grand terminal aéroportuaire situé entre Douala, Édea et Kribi, sur le littoral, pour corriger les insuffisances des deux principales plateformes actuelles, Douala et Yaoundé, distantes de seulement 230 km. En parallèle, des travaux de rénovation de l'aéroport international de Douala sont en cours un programme de 95 milliards FCFA.
La souveraineté numérique, nouvel enjeu stratégique
Le numérique constitue un autre axe de cette coopération. Le Cameroun prévoit la mise en place d'un data center national souverain associé à un parc cloud, d'un Centre national d'opérations de sécurité, ainsi que l'accompagnement de sa stratégie nationale d'intelligence artificielle.
Cette ambition s'inscrit dans une dynamique déjà engagée. Le data center de Zamengoé, construit par Camtel, est présenté comme la plus importante infrastructure d'Afrique centrale, bénéficiant d'une certification Tier III. Lors du Salon de l'Action gouvernementale (SAGO 2026) en juin, Camtel a placé la souveraineté numérique au cœur des débats.
Côté américain, le département du Commerce relève plusieurs besoins du marché camerounais : infrastructures de données, cloud, cybersécurité, fibre optique et solutions numériques. L'interconnexion de CAMCIS avec les systèmes des compagnies aériennes et la mise en place d'un système intégré de suivi des navires sont également sur la table.
Mines, PME et fonds de restauration
Dans le secteur minier, Washington souhaite approfondir la cartographie géologique et minière du Cameroun. L'objectif : compléter et actualiser les données disponibles sur le sous-sol. Le Cameroun espère ainsi mieux documenter son potentiel minier et rendre les projets plus lisibles pour les opérateurs.
La coopération devrait également s'étendre à la gestion des fonds liés à la restauration des sites miniers. Yaoundé a demandé l'ouverture de consultations sur les fonds de restauration détenus auprès d'établissements financiers aux États-Unis, avec pour objectif leur « sécurisation, traçabilité et rapatriement progressif dans la zone CEMAC ».
Enfin, un Supplier Development Program au bénéfice de 50 PME et coopératives des filières prioritaires a été retenu, complété par des mécanismes de mobilité d'affaires et de mise en relation entre entreprises des deux pays.
Un dialogue qui pose question
Ce premier dialogue économique et commercial est un signal fort. Il montre que Washington, malgré l'exclusion du Cameroun de l'AGOA, reste un partenaire économique de premier plan. Il montre aussi que Yaoundé, conscient de ses fragilités, mise sur les mégaprojets pour séduire les capitaux américains.
Mais la route est longue. Les études de faisabilité du nouvel aéroport ne font que commencer. Le barrage Grand Eweng, annoncé depuis des années, peine à sortir de terre. Et l'exclusion de l'AGOA, qui prive le Cameroun d'un accès préférentiel au marché américain, n'est pas près d'être levée.
Une chose est sûre : le dialogue du 27 août 2026 a ouvert une nouvelle page. Reste à savoir si les promesses seront suivies d'actes.
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