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© AFRIKSURSEINE : Ecrivain et Romancier Calvin DJOUARI
- 27 Aug 2026 15:16:33
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France - FEMINICIDE AU CAMEROUN LETTRE AUX VIVANTES ET AUX MORTES, A TOUS LES HOMMES
À vous, les hommes
Je vous écris ce soir avec une plume lourde de silence et une mémoire pleine de visages. Je vous écris parce que, dans notre pays, les femmes meurent. Elles meurent parfois au milieu de la nuit, dans l’obscurité des maisons où elles avaient pourtant cherché la chaleur d’un foyer. Elles meurent derrière des portes fermées, dans ces chambres où, hier encore, elles avaient posé leur tête contre l’épaule d’un homme en croyant y trouver un refuge. Elles meurent parfois sous la main de celui qui les appelait mon amour.
Et c’est peut-être là que réside la tragédie la plus terrible, certaines femmes ne meurent pas de la main d’un étranger, mais de la main de celui dont elles connaissaient la voix, le parfum, les habitudes, les colères et même les silences. Celui qui connaissait leur manière de rire est aujourd’hui celui qui découvre la façon dont on les pleure. Nous savons tous que la femme porte un cœur sensible, capable d’une immense tendresse. Pourtant, certains hommes choisissent de frapper précisément là où ils savent que la douleur sera la plus profonde. Depuis près d’un an, presque jour pour jour, nous avons compté une victime, puis deux, puis trois. Depuis, nous avons cessé de compter.
Quel que soit le nombre, derrière chaque chiffre se cache un prénom que la mémoire ne devrait jamais effacer. Ces femmes étaient la mère de quelqu’un, la fille de quelqu’un, la sœur de quelqu’un, l’amie de quelqu’un. Elles avaient des projets, des espérances, des voyages à accomplir, des enfants à élever, des livres à écrire, des entreprises à bâtir. Elles avaient acheté des robes qu’elles ne porteront jamais. Chaque être humain possède un rêve. Et voilà que des rêves sont brisés. Une porte s’est refermée.
Un cri s’est éteint. Un cœur s’est tu. À chaque drame, il ne nous reste que les larmes, les remords et le désir tardif de réparer l’irréparable. Un homme ne devient jamais grand en rabaissant une femme. Nous sommes arrivés à un moment où il faut dire, avec une détermination absolue. plus jamais ça. Et si les pouvoirs publics peinent encore à enrayer ce fléau, alors la société tout entière doit se lever pour le combattre. Regardons pourtant ce que les femmes viennent d’offrir à notre pays. Nos jeunes Lionnes nous ont rendu la fierté en remportant la Coupe d’Afrique des Nations, au moment même où le Cameroun portait la douleur de son absence à la Coupe du monde 2026 aux États-Unis.

Elles nous ont rappelé que les femmes ne sont pas seulement des victimes ; elles sont aussi des bâtisseuses de gloire, de dignité et d’espérance. Aujourd’hui, je m’adresse à celles qui sont tombées, à celles qui vivent encore, mais surtout aux hommes. Comprenez une vérité simple ; une femme ne vous appartient pas. Ni son corps, ni sa voix, ni son avenir, ni sa liberté. Ce n’est pas parce qu’elle porte votre nom, parce qu’elle dort à vos côtés, parce qu’elle est la mère de vos enfants, parce que vous avez versé une dot, payé ses études, son loyer, une voiture ou une maison, que vous détenez un quelconque droit sur son existence. L’amour n’est pas une facture.
Le mariage n’est pas un titre de propriété. Et la dot ne doit jamais être confondue avec un acte de possession. Le corps d’une femme n’est pas une dette qu’elle devrait rembourser par son silence, son obéissance ou sa chair. Vous pouvez l’aimer. Vous pouvez la désirer. Vous pouvez rêver de vieillir à ses côtés. Mais vous ne pourrez jamais posséder son âme. Car même lorsqu’elle vous aime, elle demeure libre. Et lorsqu’elle cesse de vous aimer, elle demeure encore libre. Voilà peut-être la vérité que certains hommes refusent d’entendre.
Une femme peut partir. Elle peut refermer une porte derrière elle. Elle a le droit de vous dire un jour : « Je ne t’aime plus. » Cette phrase peut vous briser, mais même le cœur brisé, vous avez le devoir de rester humain. Elle a droit à l’erreur, comme tout être humain. Aucune rupture, aucune séparation, aucune déception amoureuse ne peut conduire à une condamnation à mort. Une femme qui vous quitte ne vous tue pas. Alors ne la tuez pas parce qu’elle a choisi de vivre sans vous. Depuis trop longtemps, certains hommes prennent la violence pour une preuve de virilité. Pourtant, les femmes ont déjà tant souffert depuis l’aube des temps.
Combien sont tombées après des années de coups, de blessures cachées et de douleurs intérieures qui les ont finalement emportées dans le silence ? Le laxisme de nos autorités devient désespérant. Il est temps de réagir. Ce phénomène, que la psychologie sociale qualifierait d’effet détonateur, exige aujourd’hui une réponse juridique nouvelle, ferme et exemplaire. Il faut rééduquer les garçons dès l’école. Voilà l’un des véritables enjeux de l’éducation nationale. Apprendre le respect, le consentement, la maîtrise de soi et l’égalité vaut parfois davantage que mille discours.

Ne cachez plus les violences derrière les murs de la parenté ou le prétexte des affaires familiales. Le silence protège toujours l’agresseur, jamais la victime. À vous, les femmes, je veux dire ceci : sachez que vous n’êtes pas seules. Nous devons vous soutenir, parce que vous avez porté cette douleur pendant trop longtemps. Vous n’êtes pas nées pour vivre dans la peur, dans les humiliations ou pour être sacrifiées sur l’autel des apparences. Vous n’êtes pas nées pour mourir parce qu’un homme refuse d’accepter votre liberté.
Votre vie vaut infiniment plus qu’un foyer que l’on appelle encore « foyer » alors qu’il ressemble à une prison. Votre silence ne doit jamais être le prix de votre mariage, pas plus que votre souffrance ne doit devenir la condition de l’amour. On ne peut plus demander aux femmes de porter seules le poids de leur propre protection. C’est une injustice profonde.
Une société responsable doit apprendre à reconnaître et à dénoncer les hommes dangereux avant qu’une victime ne devienne une simple statistique. Aujourd’hui, tout le monde est en campagne. Mais que vaut une campagne électorale si, lorsque la nuit tombe, une femme en danger ne sait toujours pas qui appeler ? Nous sommes indignés. Mais l’indignation ne protège personne.
Prenons garde également à une autre réalité. Les femmes observent encore, elles encaissent encore, elles supportent encore. Mais aucune société ne peut éternellement exiger la patience de celles qu’elle maltraite. Le jour où leur colère se lèvera, elle emportera avec elle bien des certitudes. Depuis des années, certains hommes ne font qu’aiguiser les armes qu’un jour les femmes retourneront contre eux. Il est encore temps de remplacer la violence par le respect, la domination par l’égalité, et la peur par la dignité. C’est à ce prix seulement que nous pourrons enfin mériter le nom de civilisation.
Par Calvin Djouari
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