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© Camer.be : Paul Moutila
- 27 Aug 2026 12:26:37
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Hausse carburant au Cameroun : les 3 scénarios
Hausse des prix du carburant au Cameroun en 2026 ? Le MINEPAT propose une augmentation partielle, progressivement répercutée sur les consommateurs. Décryptage des trois scénarios et de leurs impacts.
Baril à 100 dollars, subvention record de 460 milliards de FCFA : le MINEPAT recommande de ne répercuter que la moitié de la hausse sur les prix à la pompe pour réduire la facture publique sans brutaliser les ménages.
Le 25 août 2026, le MINEPAT a présenté son rapport sur l'économie camerounaise à Yaoundé. Le document est clair : le Cameroun va devoir augmenter progressivement le prix des carburants à la pompe. La subvention, qui a atteint 460 milliards de FCFA en 2023, n'est plus soutenable.
Le rapport propose un mécanisme simple : répercuter sur les consommateurs la moitié des hausses du coût des carburants importés. L'État continuerait à absorber l'autre moitié. Une formule de compromis entre rigueur budgétaire et protection des ménages.
Mais cette option n'est pas la seule envisagée. Trois scénarios sont sur la table. Le gel total des prix. La transmission partielle. La transmission totale. Avec des conséquences très différentes pour l'État, les ménages et l'investissement.
Lequel sera choisi ? La réponse engagera l'avenir économique du pays.
Un baril à 100 dollars : le retour de la facture salée
Les prix des carburants au Cameroun sont fixés par l'État. Les variations des cours internationaux ne sont pas automatiquement répercutées à la pompe. Lorsque le pétrole importé coûte plus cher, l'État prend en charge une partie de l'écart pour maintenir les prix.
C'est cette prise en charge qui constitue la subvention aux carburants.
Le MINEPAT estime que cette subvention devient particulièrement coûteuse lorsque le prix du baril dépasse 75 dollars. Or, les prévisions tablent sur un baril compris entre 100 et 110 dollars des niveaux proches de ceux observés en 2023 et 2024.
À l'époque, la subvention avait atteint 460 milliards de FCFA en 2023, soit près de 1,5 % du PIB. Un chiffre vertigineux. En 2024, avec le reflux des cours internationaux, elle était retombée à 231 milliards, soit 0,7 % du PIB.
Mais le baril remonte. Et la facture avec.
Trois scénarios pour trois trajectoires économiques
Le rapport du MINEPAT part d'une hypothèse simple : une hausse de 20 % du coût des carburants importés en 2026, suivie de 10,8 % en 2027 et de 2,5 % en 2028. Sur cette base, trois scénarios sont envisagés.
Premier scénario : le gel des prix. Les prix à la pompe restent inchangés. L'État absorbe toute la hausse. L'option la plus protectrice pour les consommateurs à court terme, mais aussi la plus coûteuse pour les finances publiques. La subvention atteindrait 0,70 % du PIB en 2026, 0,52 % en 2027 et 0,38 % en 2028. Soit 1,60 % du PIB cumulé sur trois ans.
Deuxième scénario : une hausse partielle. C'est l'option privilégiée par le MINEPAT. La moitié de la hausse est répercutée progressivement sur les consommateurs. L'État continue de prendre en charge l'autre moitié. La subvention passerait de 0,35 % du PIB en 2026 à 0,07 % en 2027, avant de devenir quasiment nulle en 2028. Sur trois ans, elle représenterait 0,40 % du PIB.
Troisième scénario : une hausse totale. L'intégralité de la hausse est répercutée sur les prix à la pompe. L'État ne supporterait plus aucune subvention. L'option la plus favorable aux finances publiques, mais aussi la plus brutale pour les ménages et les entreprises.
Le coût caché du gel des prix
Le rapport du MINEPAT souligne un point crucial : le coût du maintien des prix ne se limite pas aux sommes directement versées par l'État.
Avec un gel total des prix, les comptes publics se dégraderaient de 0,95 point de PIB sur trois ans. L'investissement total reculerait de 20,10 % sur la période 2026-2028.
Avec une hausse partielle, ce recul serait limité à 16,67 %. Avec une transmission totale, il atteindrait 15,17 %.
Première leçon : le gel des prix n'est pas neutre. Il pèse sur l'investissement, et donc sur la croissance à long terme.
Ménages : le gel protège… mais temporairement
Le gel des prix protège davantage les ménages dans un premier temps. En 2026, leur consommation progresserait de 0,86 % contre 0,59 % avec une hausse partielle et 0,32 % avec une hausse totale.
Mais l'avantage est de courte durée. Dès 2027, la consommation reculerait de 3,15 % avec le gel, de 3,48 % avec une hausse partielle et de 3,53 % avec une hausse totale.
En 2028, les baisses atteindraient respectivement 2,05 %, 2,38 % et 2,40 %.
Sur l'ensemble de la période, la consommation reculerait ainsi de 4,34 % avec le gel, contre 5,27 % avec une transmission partielle et 5,61 % avec une transmission totale.
Deuxième leçon : le gel retarde le choc, mais ne l'évite pas. À moyen terme, il prépare même un atterrissage plus dur.
Cibler les aides pour protéger les plus vulnérables
Le rapport examine également d'autres options : le rationnement et le ciblage des aides.
Le rationnement permettrait de réduire la dépense publique. Mais il pourrait provoquer des pénuries, des files d'attente et le développement de marchés parallèles. Une solution risquée.
Le ciblage consisterait à réserver les aides aux catégories les plus exposées : transports publics, agriculteurs, petites industries et ménages vulnérables. Une solution plus juste.
Mais sa mise en œuvre reste compliquée par l'insuffisance des registres sociaux et des capacités administratives.
Le MINEPAT préconise également de remplacer une partie des subventions générales par des aides ciblées : transferts d'argent, aides en nature ou compensations des coûts de transport dans les zones rurales et périurbaines.
Une autre piste : utiliser temporairement les recettes supplémentaires attendues d'une hausse de 15 % du prix du pétrole brut exporté en 2026 pour alimenter un mécanisme de stabilisation. Une boucle vertueuse possible, si la volonté politique suit.
Le compromis du MINEPAT : l'option intermédiaire
Face à ces données, le MINEPAT privilégie donc la deuxième option : une hausse partielle, étalée dans le temps.
Un compromis entre :
- la réduction du coût de la subvention,
- la protection des consommateurs contre un choc brutal.
Ce scénario permet de réduire la facture publique de manière significative 0,40 % du PIB cumulé contre 1,60 % pour le gel tout en limitant l'impact sur les ménages.
Reste à savoir si le gouvernement suivra cette recommandation. Ou s'il privilégiera le gel, plus populaire à court terme mais plus coûteux à long terme. Ou s'il choisira la hausse totale, plus rigoureuse mais plus impopulaire.
L'avenir des prix à la pompe
Le rapport du MINEPAT ne tranche pas. Il propose des scénarios, chiffre leurs impacts, éclaire les choix. La décision revient au gouvernement.
Une chose est sûre : le Cameroun ne pourra pas éternellement maintenir des prix artificiellement bas alors que le baril flambe. La subvention coûte cher. Très cher. Et elle grève les capacités d'investissement du pays.
La question n'est plus de savoir s'il faut augmenter les prix, mais quand, comment et à quel rythme.
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