Manifestations publiques : jusqu'où l'arbitraire ?
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Une autre manifestation du MRC interdite

Le Sous-Préfet de Yaoundé 1er, Harouna Nyandji Mgbatou parle d’un risque de trouble grave à l’ordre public et de propagation de la Covid-19.

La manifestation du MRC projetée pour le dimanche 25 juillet 2021 vient d’essuyer une fin de non-recevoir. Le Sous-Préfet de Yaoundé 1er, Harouna Nyandji Mgbatou, l’a fait savoir au parti de Maurice Kamto, représenté par Roger Justin Noah. L’administrateur civil motive sa décision par : le risque de trouble grave à l’ordre public et le risque de propagation de la Covid-19.

Le parti de la renaissance a aussitôt réagi à cette énième interdiction. Le secrétaire national à la communication, Joseph Emmanuel Ateba, dans un communiqué de presse daté du 21 juillet, « regrette que cette manifestation… soit interdite, confirmant ainsi l’impossibilité pour lui [MRC] d’organiser une manifestation publique de quelque nature que ce soit au Cameroun voir de tenir des réunions aux sièges de certains de ses démembrements locaux ». Le MRC « condamne vivement ces interdictions systématiques de toutes ses manifestations dûment déclarées, qui sont contraires à la constitution… ».

Les motifs déployés par Harouna Nyandji Mgbatou font rire plus d’un sur la toile. « Ainsi va la république », s’est exclamé Clotaire Sassemi sur Facebook. Avant d’ajouter en guise de gêne : « Les militants du RDPC ont marché avant-hier à Mokolo. Il n’y a pas eu un risque de trouble à l’ordre public et risque de propagation de Covid-19. C’est pitoyable… ». Pour renchérir, Goda Dongmo, sous un ton ironique, a laissé entendre que : « Seul le MRC a le variant Covid qui risque de se propager ».

Le MRC rappelle que le 12 juillet 2021, ‘’le Sous-préfet de Yaoundé 1er a délivré le récépissé de déclaration de manifestation publique pour une « marche de soutien au Président de la République » … en violation de l’obligation légale de déclarer la manifestation publique au moins sept jours avant sa tenue. Le Dimanche 18 juillet, un groupuscule d’individus a organisé une marche à Ebolowa sans déclaration préalable, et leur marche a pourtant été encouragée et encadrée par la police. Ce 21 juillet, des compatriotes ont pris part à une « marche de soutien au président de la République » à Mokolo, dans le département du Mayo-Tsanaga dans l’Extrême-Nord, sans aucune observation des mesures barrières contre la Covid-19’’.

Selon Joseph Emmanuel Ateba, ces faits montrent, de façon incontestable, que le MRC est la cible de ces interdictions arbitraires et contraires aux pratiques des régimes démocratiques. « Il s’agit d’une véritable agression politique et juridique, d’autant plus inacceptable qu’aucune manifestation de notre parti n’a jamais donné lieu au moindre incident ou trouble à l’ordre public » ; « Cette ostracisme politique, manifestation de la volonté clairement affirmée d’éradiquer le MRC du paysage politique camerounais, ne changera rien à la détermination de notre parti d’œuvrer pour le changement… ».

Sur Internet, chacun y va de son commentaire en fonction de son bord politique. Les partisans du parti au pouvoir saluent la décision prise par le Sous-Préfet. C’est le cas de Leonard Tsanga Etoga : « C’est très normal. Bravo aux autorités administratives de la République pour cette permanente lucidité ». L’objet de la marche était « la promotion du vivre ensemble, de la paix au Nord- Ouest et au Sud-Ouest, de la solidarité avec les populations de l’Extrême-Nord, victimes de Boko Haram, pour l’intégration nationale et contre le tribalisme, en soutien à la démocratie, au respect des droits civiques et politiques de tous les Camerounais et pour la libération de tous les prisonniers politiques au Cameroun ».

Cette demande intervient au lendemain de la sortie du ministre de la Communication qui faisait savoir que les problèmes du Cameroun se trouvent au Cameroun et non ailleurs. « On peut en déduire que c’était pour montrer une fois de plus, si besoin y en était, que c’est faux. Bref on s’y attendait » commente un internaute. Les manifestations du MRC ne sont pas toujours vues d’un bon oeil ; elles sont systématiquement interdites par le pouvoir de Yaoundé. La dernière en date est celle du 22 septembre 2020. Cette manifestation avait vu de nombreux cadres du parti interpellés avant la marche. C’est le cas de Bibou Nissack, le porte-parole de Maurice Kamto et Alain Fogue, trésorier national de ce parti de l’opposition. Ils sont toujours détenus avec de nombreux autres militants interpellés le 22 septembre 2020. La nouvelle marche projetée pour le 25 juillet 2021 n’aura pas lieu.

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