FÉCAFOOT : Le film d’une Assemblée générale sous tension
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De l’annonce de l’assemblée générale à l’adoption des textes de la FÉCAFOOT en passant par les menaces de la FIFA, le rétropédalage du sous-préfet de Yaoundé ii et le désaveu du Minsep par sa hiérarchie…

Les relations entre Narcisse Mouelle Kombi et Seidou Mbombo Njoya se corsent davantage. S’il semble n’avoir jamais digéré la dissolution de la Ligue de Football Professionnel du Cameroun (LFPC) et la mise à l’écart de son président, le général d’armée Pierre Semengue, le ministre des Sports et de l’Éducation physique est déterminé à régler ses comptes au président par intérim de la FÉCAFOOT. Vêtu d’une armure de « justicier », Narcisse Mouelle Kombi s’appuie notamment sur la sentence du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) qui, en date du 15 janvier 2021 annulait l’ensemble du processus qui a porté Seidou Mbombo Njoya à la tête de la FÉCAFOOT le 12 décembre 2018. Mais dans cette « guerre ouverte » que se livrent les deux hommes, c’est le ministre de tutelle, qui enchaîne les défaites. Retour sur les récents épisodes d’un film à rebondissements.

5 JUILLET : LA FÉCAFOOT SAISIT LE MINSEP

Le 5 juillet 2021, Seidou Mbombo Njoya adresse une correspondance au Minsep. L’ayant informé plusieurs semaines au paravent du chronogramme du processus de révision des textes puis de l’organisation de nouvelles élections à la FÉCAFOOT, approuvé par la FIFA, le patron du football demande à sa tutelle de désigner les deux représentants du ministère à l’Assemblée générale d’adoption des textes prévue le 13 juillet 2021 à Yaoundé. Sur le coup, Narcisse Mouelle Kombi ne réagit pas.

8 JUILLET : AUTORISATION DE TENIR L’AGE

Trois jours plus tard, le 8 juillet, le secrétaire général de la FÉCAFOOT, Benjamin Didier Banlock dépose une déclaration en vue de la tenue le mardi 13 juillet 2021 « d’une session extraordinaire de l’Assemblée générale de la FÉCAFOOT ». La manifestation sera autorisée le même jour par le sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé II, Mamadi Mahamat.

MOUELLE KOMBI MONTE AU CRÉNEAU

Au ministère des Sports, la nouvelle passe mal. Des sources avisées renseignent que le ministre des Sports, aurait décidé d’entreprendre des consultations au sein de ses services. Plusieurs acteurs du football, réputés proches de la Ligue de Football Professionnel dissoute, défilent alors au ministère. Parmi eux, l’on cite le nom d’Abdouraman Hamadou, le président de l’Etoile Filante de Garoua et fervent opposant des Exécutifs qui se succèdent à la FÉCAFOOT. Les personnes consultées auraient fini par convaincre le ministre de s’opposer à la tenue de cette Assemblée générale extraordinaire. Narcisse Mouelle Kombi réunit alors son équipe et rédige une correspondance. Le document adressé à Seidou Mbombo Njoya l’invite à sursoir l’organisation de ladite AGE. Le ministre évoque des « violations et défauts de conformités à trois niveaux : le non-respect des dispositions de la loi en vigueur au Cameroun ; le non-respect de l’esprit des sentences rendues par le TAS et de la Chambre de conciliation et d’arbitrage (CCA) du CNOSC induisant l’illégitimité des membres convoqués à cette Assemblée générale ; et le non-respect de ses propres textes par la FÉCAFOOT.

9 JUILLET : LA TENSION MONTE

La lettre de Narcisse Mouelle Kombi arrive à la FÉCAFOOT le lendemain, 9 juillet. Et il n’aura fallu que quelques heures pour répondre à l’avertissement de la tutelle. Cette fois, c’est le premier vice-président qui signe la correspondance. « Nous marquons naturellement notre étonnement relativement à l’argumentaire qui motive votre demande de sursis à la tenue de l’Assemblée générale extraordinaire annoncée pour le 13 juillet 2021 », écrit Alim Konaté dans cette lettre qui aurait également été transmise au ministre par email et via WhatsApp. Au-delà de contester les arguments évoqués par M. Mouelle Kombi, le signataire rappelle « que le processus est supervisé par la FIFA et la CAF qui seront représentés à l’Assemblée générale ». Et d’ajouter : « nous avons dès lors le devoir de leur faire tenir copie de votre correspondance à toutes fins utiles ». Un courrier sera à cet effet transmis le soir même aux deux instances mondiale et continentale du football.

12 JUILLET : L’AGE EST INTERDITE

Le week-end est passé. Une nouvelle semaine commence. Très tôt ce lundi 12 juillet, une nouvelle inattendue tombe. Le sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé II interdit la tenue de l’Assemblée générale extraordinaire la FÉCAFOOT. Trois jours après avoir autorisé la tenue des travaux, Mamadi Mahamat se ravise. A la FÉCAFOOT, l’on avance que la décision du chef de terre a été suscitée par le ministre des Sports. «Mouelle Kombi aurait appelé le gouverneur de la région pour lui annoncer que le gouvernement s’oppose à la tenue de l’AGE de la FÉCAFOOT . C’est ainsi que le sous-préfet est contacté et ordre lui a été donné d’annuler l’autorisation accordée au préalable », murmure un employé de la Fédération. Dans sa décision en tout cas, l’autorité administrative évoque les mêmes motifs que le ministre : non-respect des textes en vigueur ; non-respect de l’esprit des sentences rendues par le TAS et la CCA du CNOSC induisant l’illégitimité des membres convoqués à cette Assemblée générale ; et le non-respect de ses propres textes par la FÉCAFOOT.

LA FIFA HAUSSE LE TON

À Yaoundé, les affidés du Minsep jubilent. Mais ce qu’ils ignorent, c’est qu’à Zurich, la FIFA et la CAF ont déjà préparé une riposte contre le gouvernement. La correspondance signée par les secrétaires généraux des deux instances et adressée à leur homologue de la FÉCAFOOT est sans équivoque. « Les démarches engagées avec le soutien de la FIFA par la FÉCAFOOT sont conformes à la sentence arbitrale susmentionnée et donc pleinement nécessaires », écrivent Fatma Samoura et Veron Mosengo-Omba. « Dès lors disent-ils, et sur le plan de l’organisation du football et de la règlementation de la FIFA, les raisons avancées par le ministre dans son courrier ne sauraient empêcher la tenue de l’AGE convoquée ». La FIFA et la CAF haussent le ton. Et menacent même de suspendre le Cameroun en cas d’ingérence avérée du gouvernement.

« Dans l’hypothèse où l’AGE ne serait pas organisée comme prévu et où les textes révisés en collaboration avec la FIFA ne pourraient donc pas être adoptés, nous serions contraints de présenter la situation de la FÉCAFOOT aux organes compétents de la FIFA pour considération et prise de décision », lit-on. La FIFA et la CAF vont plus loin : «il est particulièrement regrettable qu’au moment où l’enjeu principal des acteurs du football camerounais devrait être l’organisation d’une CAN qui se veut exceptionnelle, que les efforts déployés par la FÉCAFOOT soient annihilés par une affaire déjà scellée par le TAS ».

LE SOMMET DE L’ÉTAT S’ACTIVE

Au Sommet de l’État, des sources rapportent que les plus hautes autorités de la République apprennent la nouvelle de l’interdiction de l’AGE et les menaces de la FIFA presqu’au même moment. Pour Etoudi, il n’est pas question d’aller en guerre contre Zurich. D’autant plus qu’une suspension du Cameroun aurait pour conséquence directe, le retrait de l’organisation de la CAN 2021. Alors même que le chef de l’État est en court séjour privé en Europe. L’heure est grave. Il faut rapidement sauver la situation et éviter de contrarier l’instance mondiale du football. D’un coup de fil à un autre, instruction est donnée au sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé II d’annuler sa dernière décision. Mamadi Mahamat n’a d’autre choix que de s’exécuter. L’interdiction de la tenue de l’AGE est de ce mardi 13 juillet est levée. Les travaux auront bel et bien lieu comme initialement prévu. « Ce que nous devons savoir c’est que l’administration est dynamique, elle n’est pas statique. Dès qu’il y’a de nouveaux éléments probants, l’administration peut se raviser et c’est pour cela que nous précisions que l’administration est flexible », va-t-il expliquer à la presse plus tard.

MOUELLE KOMBI (ENCORE) HUMILIÉ

Le rétropédalage du sous-préfet de Yaoundé II sonne la fin d’une autre bataille perdue par le ministre des Sports dans ce bras de fer avec la FÉCAFOOT. Une fois encore, Narcisse Mouelle Kombi se fait humilier. L’homme est contraint de signer une autre correspondance plus tard, en début de soirée de ce lundi 12 juillet. Le patron des Sports informe le secrétaire général de la FÉCAFOOT qu’il prend acte du courriel de la FIFA/CAF et note « que ces instances faîtières de football avalisent le processus électoral engagé sous la conduite du Bureau exécutif intérimaire de la Fédération Camerounaise de Football ».

13 JUILLET : PLACE À L’ASSEMBLÉE

Mardi 13 juillet 2021. Une forte escouade de policiers et de gendarmes a pris d’assaut l’hôtel Mont Febe de Yaoundé avec une mission : veiller au bon déroulement de l’AGE de la FÉCAFOOT. Soudain, 9h30, les travaux démarrent dans l’une des salles de conférence de l’établissement hôtelier. Au terme de la vérification du quorum, 102 délégués sur 111 attendus, ont répondu présents. Les travaux placés sous la houlette de Seidou Mbombo Njoya ont pour principal point à l’ordre du jour, l’adoption des nouveaux textes de la Fédération. Notamment : les statuts, le futur Code électoral, le Code éthique et le règlement financier. Une activité qui rentre dans le cadre du chronogramme du processus de révision des textes puis de l’organisation de nouvelles élections à la FÉCAFOOT, validé le 11 juin dernier par la FIFA.

LA QUALITÉ DES MEMBRES REMISE EN QUESTION

À peine les travaux ouverts, le président de Ngaoundéré FC demande la parole. Le Pr. Nkou Mvondo ne s’est pas fait prier pour mettre le feu aux poudres. Dans son allocution, l’enseignant remet en question la qualité des membres de l’Assemblée générale. « L’élection au niveau des Ligues décentralisées, il y avait 6 délégués par Ligue décentralisée. Je ne demande qu’à comprendre pourquoi on se retrouve ce jour avec 9 délégués pour chaque Ligue décentralisée ? L’affaire est très grave », dit-il. Et de renchérir : « De mon point de vue, les représentants du football professionnel doivent être les 35 clubs de ces championnats au lieu de 5 comme c’est le cas aujourd’hui. Parce que, si la Ligue n’existe plus, cela veut dire que chaque club de football professionnel reprend son autonomie en tant que membre de la Fédération ». En guise de réponse, Seidou Mbombo Njoya va promettre qu’un débat aura lieu sur ces deux préoccupations.

STATUTS, CODE ÉLECTORAL… ADOPTÉS

À peine 6 heures après le début des travaux, l’Assemblée générale extraordinaire de la FÉCAFOOT a rendu sa copie. Les projets de statuts, de Codes électoral et éthique, et du règlement financier ont été approuvés. Ils étaient 95 délégués à exprimer leur droit de vote, pour un résultat plus ou moins sans appel : 82 voix pour, 11 voix contre et 2 bulletins nuls. « Les modifications qui ont été faites sont celles qui concernent la représentativité des clubs de football professionnel au niveau de l’Assemblée générale. Les clubs professionnels gagnent une place supplémentaire. Nous avons décidé de ne pas procéder à une augmentation des frais de licence. Il y avait un débat sur la question des AG virtuelles. C’est dans l’air du temps aujourd’hui de tenir des AG virtuelles. Nous avons décidé d’introduire cela dans nos textes », a expliqué Seidou Mbombo Njoya.

L’adoption des nouveaux textes de la FÉCAFOOT marque la première étape de la feuille de route élaborée par la FIFA. Elle marque également la validation du chronogramme du prochain processus électoral. Celui-ci prévoit dans les prochains jours, l’élection des membres des Commissions indépendantes et des Organes juridictionnels de l’instance. L’élection des exécutifs des Ligues Départementales, Régionales et des délégués de la prochaine Assemblée Générale de la FÉCAFOOT suivra en août et septembre. Le processus se refermera enfin par l’élection du président et des membres du futur Comité Exécutif en octobre prochain.

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