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© Camer.be : Paul Moutila
- 14 Sep 2026 14:06:03
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Cameroun - Kondengui : la lettre qui accuse Biya de préparer un génocide
Depuis Kondengui, Alain Fogué Tedom alerte les chefs d'État sur un risque de génocide Bamiléké et dénonce la création du poste de vice-président.
Dans une lettre ouverte adressée aux plus hautes autorités mondiales, le prisonnier politique camerounais dénonce la « kamtophobie » et la « bamiphobie » d'État.
Il écrit depuis une cellule de la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé. Le 2 septembre 2026, le professeur Alain Fogué Tedom, trésorier national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a adressé une lettre ouverte « TRÈS URGENTE » à onze destinataires : Paul Biya, António Guterres, Emmanuel Macron, Donald Trump, Benjamin Netanyahou, l'Union africaine, l'Union européenne, la Francophonie et le Commonwealth.
Son objet : « Kamtophobie, bamiphobie ; Création d'un poste de Vice-Président nommé pour la conservation anticonstitutionnelle et antidémocratique d'un pouvoir familial et tribal : S'achemine-t-on vers un nouveau génocide Bamiléké au Cameroun ? »
La question est posée. La réponse, elle, appartient à ceux qui reçoivent cette lettre.
Qui est Alain Fogué Tedom ?
Professeur de science politique, enseignant en relations internationales et stratégiques, ancien membre du corps enseignant de l'École de Guerre de Yaoundé. Alain Fogué Tedom est une figure de l'opposition camerounaise. Membre fondateur du MRC, il en est le trésorier national depuis décembre 2023 un poste qu'il occupe depuis sa cellule.
Il a été arrêté dans la nuit du 21 au 22 septembre 2020, lors des marches organisées par le MRC. Torturé, selon ses propres déclarations, il a été jugé par le Tribunal militaire de Yaoundé et condamné à sept ans de prison ferme.
Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a rendu son avis le 1er septembre 2022 : les arrestations étaient arbitraires, les condamnations illégales. Il a recommandé la libération immédiate de Fogué et de ses coaccusés. Le Cameroun n'a pas appliqué cet avis.
Fogué n'en est pas à sa première lettre. En avril 2024, il écrivait déjà au président Biya pour réclamer le droit de vote des détenus.
Les accusations portées
La lettre du 2 septembre 2026 est un réquisitoire. Fogué y développe trois axes.
Premier axe : la « kamtophobie » et la « bamiphobie » d'État. Il désigne par là une hostilité systématique du pouvoir envers Maurice Kamto et la communauté Bamiléké. Il cite l'exclusion de Kamto de l'élection présidentielle d'octobre 2025, la répression post-électorale, et la stigmatisation des Bamilékés dans l'appareil d'État.
Deuxième axe : le poste de vice-président. Le Parlement camerounais a adopté le 4 avril 2026 un amendement constitutionnel créant un poste de vice-président nommé par le chef de l'État. Paul Biya a promulgué la loi le 14 avril 2026. Fogué qualifie cette réforme de « coup d'État constitutionnel » et de « forfaiture ».
Troisième axe : le risque de génocide. C'est l'accusation la plus grave. Fogué affirme que « tous les ingrédients du génocide sont désormais réunis ». Il établit un parallèle explicite avec le Rwanda de 1994, citant la radio Mille Collines comme précédent de propagande génocidaire. Il mentionne également la déclaration controversée de Jean de Dieu Momo, ministre délégué à la Justice, qui en février 2019 avait comparé la situation des Bamilékés à celle des Juifs sous le régime nazi.
Les précédents historiques invoqués
Fogué s'appuie sur l'histoire pour étayer son avertissement. Il rappelle que, selon diverses archives, plus de 400 000 Bamilékés ont été tués entre 1955 et 1971, durant la période de « pacification » et les premières années de l'indépendance. Il cite le rapport du Groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire (Avis N°63/2022) qui a établi le caractère arbitraire des arrestations de militants du MRC.
Il invoque également le massacre d'avril 1984, qui a frappé les élites militaires et civiles du Grand Nord, comme exemple de violence d'État non sanctionnée.
Le contexte politique : une succession sous tension
La lettre de Fogué intervient dans un contexte politique explosif.
Le 8 septembre 2026, Maurice Kamto a annoncé sa démission de la présidence du MRC. Son premier vice-président, Mamadou Mota, a démissionné le même jour. Kamto invoque « l'intérêt supérieur du parti » sans plus de précisions.
Le MRC, parti d'opposition le plus structuré du pays, traverse une crise de légitimité. Le ministre de l'Administration territoriale avait déjà écrit à un cadre exclu du parti pour lui signifier qu'il ne « jugeait pas opportun de prendre acte » de la convention ayant ramené Kamto à la tête du parti.
Par ailleurs, la création du poste de vice-président a provoqué un tollé. L'opposant Issa Tchiroma Bakary a dénoncé « une violation des principes démocratiques » et « une dérive monarchique ». Le SDF a fustigé une réforme qui « ne garantit pas la légitimité démocratique ». Le MRC a saisi l'Union africaine, invoquant l'article 4(p) de l'Acte constitutif de l'UA, qui condamne les changements anticonstitutionnels de gouvernement.
L'Union africaine n'a pas publiquement réagi à cette saisine.
Un appel à la communauté internationale
La lettre de Fogué ne se contente pas de dénoncer. Elle appelle à l'action.
Il exhorte la France, « traditionnel et historique allié du pouvoir en place », la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Union européenne, la Francophonie et le Commonwealth à « œuvrer, en urgence et de concert, afin de stopper la machine infernale actuellement déclenchée au Cameroun ».
Il interpelle nommément la Suisse, évoquant l'hôtel Intercontinental de Genève que Paul Biya fréquente régulièrement, et Israël, citant Eran Moas, conseiller israélien du président camerounais en matière de défense et de sécurité.
« Comme au Rwanda avant le génocide des Tutsi d'avril 1994, le clan tribal au pouvoir depuis 44 ans contrôle entièrement l'armée, les forces de sécurité, la justice, les finances, la diplomatie », écrit-il.
Ce que dit la communauté internationale
Human Rights Watch a documenté la répression post-électorale d'octobre 2025. Le gouvernement camerounais a lui-même reconnu 16 morts et plus de 800 interpellations. HRW évoque des « exécutions extrajudiciaires » et des « arrestations arbitraires massives ».
La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a publié un communiqué le 31 octobre 2025, se disant « étroitement attentive » à l'évolution de la situation. Aucune action contraignante n'a suivi.
Un otage politique qui refuse le silence
Fogué conclut sa lettre par une phrase qui résume sa position : « Pour le Cameroun, je suis prêt, comme Dr. Ossende Afana, Ruben Um Nyobè, à être assassiné pour la LIBÉRATION du Peuple Camerounais. »
Il signe : « Pr Alain FOGUE TEDOM, Otage Politique, Ancien Trésorier National du MRC ».
Nous avons tenté de joindre le ministère camerounais de la Justice et l'Union africaine pour obtenir une réaction à cette lettre. Sans réponse à l'heure où ces lignes sont écrites.
La lettre de Fogué est un document politique. Elle émane d'un prisonnier, non d'un observateur neutre. Ses accusations les plus graves le risque de génocide relèvent de l'analyse politique, pas d'un constat judiciaire. Aucun organisme international n'a formellement qualifié la situation camerounaise de génocidaire.
Mais la lettre pose des questions que personne, au Cameroun, ne peut ignorer. Pourquoi le poste de vice-président a-t-il été créé par une loi plutôt que par le suffrage universel ? Pourquoi l'Union africaine reste-t-elle silencieuse ? Pourquoi la communauté internationale, qui a tant parlé du Rwanda après 1994, ne dit-elle rien avant ?
La réponse, une fois encore, n'appartient pas à Fogué. Elle appartient à ceux qui l'ont reçue.
Qui est Alain Fogué Tedom ?
C'est un professeur de science politique camerounais, trésorier national du MRC, incarcéré à la prison de Kondengui depuis septembre 2020.
Qu'est-ce que la kamtophobie et la bamiphobie ?
Ce sont des termes forgés par l'opposition pour désigner l'hostilité supposée du pouvoir envers Maurice Kamto (kamtophobie) et la communauté Bamiléké (bamiphobie).
Le poste de vice-président est-il anticonstitutionnel ?
Pour l'opposition, oui : le vice-président est nommé, non élu, ce qui contourne le suffrage universel. Le gouvernement parle d'une réforme de « stabilité institutionnelle ».
Y a-t-il un risque de génocide au Cameroun ?
Aucune organisation internationale n'a qualifié la situation de génocide. Mais HRW et l'ONU ont documenté des violations graves des droits humains.
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