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© Camer.be : Onana NEstor
- 11 Aug 2026 11:37:56
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Cameroun - 65 jours, 3 milliards : le compte est bon
Parti le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé », Paul Biya est à Genève depuis 65 jours. Entre coût estimé à 3 milliards FCFA et absence de date de retour, le Cameroun s'interroge.
Soixante-cinq jours que le président Paul Biya a quitté Yaoundé pour Genève. Soixante-cinq jours sans apparition publique, sans date de retour, sans explication et une facture qui fait trembler les caisses de l'État.
Soixante-cinq jours. C'est le temps qui s'est écoulé depuis que Paul Biya a quitté Yaoundé, le 7 juin 2026, pour ce que la présidence avait présenté comme un « court séjour privé en Europe ». Soixante-cinq jours pendant lesquels le Cameroun, lui, n'a pas pris de vacances. Pendant ce temps, à Genève, la facture s'accumule. Et la question demeure, lancinante : quand le chef de l'État rentre-t-il ?
SOIXANTE-CINQ JOURS, UN RECORD ABSOLU
Le 7 juin 2026, Paul Biya et son épouse Chantal quittent Yaoundé pour Genève. Le communiqué du Cabinet civil évoque un « court séjour privé en Europe ». Soixante-cinq jours plus tard, le président est toujours en Suisse.
C'est la plus longue absence de ses quarante-trois années de pouvoir. Le précédent record quarante-neuf jours à l'automne 2024 est désormais largement dépassé. Une absence qui, semaine après semaine, alimente les rumeurs les plus folles : hospitalisation, malaise, voire pire.
Le 18 juin, le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi démentait toute hospitalisation et promettait un retour rapide. Cinq semaines plus tard, ce retour n'a toujours pas eu lieu. Le 2 août, sur RFI, le même ministre assure que le président « est en vie » et que son retour est « très bientôt » attendu. Sans donner de date précise.
LA VISITE MANQUÉE DE L'ARCHEVÊQUE DE CANTERBURY
Rien n'illustre mieux l'étrangeté de cette situation que la visite de Sarah Mullally, archevêque de Canterbury, au Cameroun du 31 juillet au 4 août 2026.
Première archevêque de Canterbury à se rendre au Cameroun, elle n'a pas pu rencontrer le président. C'est Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la Présidence, qui l'a reçue au Palais de l'Unité.
Un chef d'État qui ne reçoit pas la plus haute dignitaire de l'Église anglicane, en visite officielle dans son pays. Le symbole est lourd. Et les Camerounais ne s'y trompent pas.
LA FACTURE : 3 MILLIARDS POUR 65 NUITS
C'est le chiffre qui fait bondir. Selon des estimations recoupées, le séjour genevois du président coûterait entre 3,12 et 3,74 milliards de FCFA, rien que pour l'hébergement.
Comment arrive-t-on à un tel montant ? Paul Biya a ses habitudes à l'hôtel InterContinental de Genève. Pour son séjour, un étage entier serait libéré pour le président et sa suite, avec environ 30 chambres supplémentaires pour une délégation d'environ 60 personnes.
Le calcul est simple, et vertigineux.
Avec 3,12 milliards de FCFA, on pourrait construire :
- 62 centres de santé intégrés
- 312 salles de classe
- Ou payer 1 an de SMIG à plus de 4 300 Camerounais
Et ce chiffre ne prend en compte que l'hébergement. Les autres dépenses transports, sécurité, soins médicaux éventuels, personnel ne sont pas comptées.
UNE CACOPHONIE GOUVERNEMENTALE
L'absence prolongée de Paul Biya a mis à nu une cacophonie gouvernementale autour de la communication.
- Pour Grégoire Owona, Paul Biya est en congé comme tout fonctionnaire de l'État.
- Pour Jean de Dieu Momo, c'est un élu disposant d'un mandat électif, pas un simple fonctionnaire.
- Pour René Emmanuel Sadi, le retour est « imminent ».
Trois figures du régime, trois discours divergents. Une cacophonie qui alimente la défiance et le sentiment que, au sommet de l'État, personne ne sait vraiment ce qui se passe.
À l'opposition, Jean-Michel Nintcheu estime que le Conseil constitutionnel doit constater la vacance du pouvoir. Au sein du RDPC, on affirme qu'il n'y a aucune vacance.
DES DÉCRETS SIGNÉS À DISTANCE, UNE LÉGALITÉ CONTESTÉE
Depuis Genève, Paul Biya continue de signer des décrets. Le 3 août, il a ainsi procédé à un remaniement militaire, promouvant notamment le général Beko'o Abondo.
Mais ces actes sont-ils valables ? Le camp d'Issa Tchiroma Bakary, exilé en Gambie, conteste leur légalité juridique. La question est simple : un président physiquement absent du territoire peut-il continuer à exercer pleinement ses prérogatives ?
La Constitution camerounaise ne prévoit pas de mécanisme de suppléance clair en cas d'absence prolongée. La révision d'avril 2026 a réintroduit le poste de vice-président, mais personne n'a encore été nommé à cette fonction.
LE COÛT CACHÉ D'UNE ABSENCE
Au-delà de la facture hôtelière, c'est tout le fonctionnement de l'État qui est perturbé.
- Aucune audience officielle n'a été filmée ou photographiée depuis le départ.
- Aucun message enregistré du président n'a été diffusé.
- Les dossiers économiques et sociaux sont en attente de signature.
Pendant ce temps, le Cameroun fait face à des défis majeurs : crise sécessionniste dans les régions anglophones, inflation, chômage, insécurité. Le pays, lui, n'a pas pris de vacances.
LA GRANDE QUESTION : QUAND RENTRE-T-IL ?
Soixante-cinq jours après son départ, la question demeure : quand Paul Biya rentre-t-il au Cameroun ?
Le gouvernement répète que le retour est « imminent ». Mais « imminent » n'est pas une date. Et les Camerounais, eux, attendent.
- Attendent une apparition publique du président.
- Attendent un bulletin de santé officiel.
- Attendent une date de retour précise.
- Attendent des comptes sur ce séjour qui dure, dure, dure.
L'absence de Paul Biya n'est plus un simple séjour privé. C'est devenu une question politique, économique et constitutionnelle. Et plus elle dure, plus elle interroge la stabilité du régime.
LE CAMEROUN SANS PRÉSIDENT, LE PRÉSIDENT SANS CAMEROUN
Le 11 août 2026 marque le 65e jour d'absence de Paul Biya. Soixante-cinq jours pendant lesquels le Cameroun a fonctionné sans son président. Soixante-cinq jours pendant lesquels le président a vécu sans son pays.
À Genève, l'addition s'alourdit : plus de 3 milliards de FCFA pour l'hébergement, et ce n'est qu'un début.
À Yaoundé, l'attente s'éternise. Les rumeurs s'amplifient. Les questions s'accumulent.
Quand le chef de l'État rentre-t-il ? Est-il en bonne santé ? Qui gouverne vraiment ? Que deviennent les 3 milliards pendant que les Camerounais attendent ?
Autant de questions sans réponse. Autant de raisons de s'inquiéter.
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