50 % des fonds empruntés détournés : le cri d'alerte au Cameroun
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50 % des fonds empruntés détournés : le cri d'alerte au Cameroun

Cameroun : 50 % des emprunts détournés, dette publique à 15 607 milliards FCFA. Le FMI classe le pays en risque élevé. Budget 2026 : 3 104 milliards à financer.

Un besoin de financement de 3 104,2 milliards FCFA. Une dette publique de 15 607 milliards. Un accord FMI qui ne vient pas. Et des fonctionnaires qui, selon l'économiste Louis Marie Kakdeu, détournent plus de 50 % des fonds empruntés.

Le budget 2026 doit trouver 3 104,2 milliards FCFA. Contre 2 326,5 milliards en 2025. Une hausse de 777,5 milliards.

La dette publique a atteint 15 607 milliards FCFA à fin juin 2026, selon la CAA. Environ 27 milliards de dollars.

Le FMI classe le Cameroun en « risque élevé de surendettement ». Le pays n'a plus d'accord avec le Fonds depuis juillet 2025. Les négociations traînent.

Un ministre en tournée. Un FMI en attente. Un mur de dette à 3,54 milliards de dollars dès 2026. Et une question : où va l'argent ?

Le chiffre qui fait mal

15 607 milliards de francs CFA. C'est le stock de dette publique du Cameroun à fin juin 2026, selon le rapport mensuel de la Caisse autonome d'amortissement (CAA) publié le 27 juillet 2026. Environ 27 milliards de dollars.

Un an plus tôt, la dette était inférieure. En 2025, le FMI projetait un ratio dette/PIB de 43,6 %. Pour 2026, les projections tablent sur environ 43 %.

Le chiffre n'est pas, en soi, catastrophique. Le Cameroun n'est pas la Zambie. Mais le rythme inquiète. Et surtout, l'usage de l'argent inquiète.

Le mirage du financement

Le budget 2026 affiche un besoin de financement de 3 104,2 milliards FCFA. En 2025, il était de 2 326,5 milliards. Soit 777,5 milliards de plus en un an.

Pour couvrir ce besoin, le gouvernement prévoit plusieurs instruments. Des tirages sur prêts-projets, pour 826,7 milliards. Une émission de titres publics régionaux, pour 400 milliards. Un financement bancaire intérieur, pour 589,7 milliards.

L'essentiel des ressources projetées provient donc d'instruments de dette. Pas d'investissements directs étrangers. Pas d'épargne de la diaspora. Pas de croissance interne. De la dette.

C'est ce que La Nouvelle Expression appelle un « mirage ». L'impression de repousser le coût, alors qu'en réalité, on l'accumule.

Le FMI aux abonnés absents

Le programme économique et financier 2021-2025 avec le FMI s'est achevé en juillet 2025. Depuis, pas de nouvel accord.

Le ministre des Finances Louis Paul Motaze multiplie les rencontres avec les missions du Fonds. La dernière en date a eu lieu le 17 septembre 2026. Un nouveau programme tarde à se matérialiser.

En parallèle, Motaze multiplie les déplacements vers les capitales financières. Ces 9 et 10 septembre 2026, une forte délégation s'est rendue à Marlborough House, à Londres, pour un « market sounding » organisé par le Commonwealth Enterprise and Investment Council.

L'absence d'accord avec le FMI n'est pas anodine. Entre 2017 et 2025, le Cameroun a reçu environ 2 600 milliards FCFA dans le cadre de deux programmes successifs. Une manne que le pays n'a pas pu mettre à profit, selon Kakdeu.

Pour 2027, le déficit budgétaire global est projeté à 1 018 milliards FCFA. Les 300 milliards espérés du FMI n'en couvriraient que près de 30 %.

Le détournement : 50 % des fonds empruntés

C'est le cœur de l'accusation. Selon Louis Marie Kakdeu, économiste et deuxième vice-président du SDF, « les fonctionnaires détournent plus de 50 % de cet argent emprunté ».

Mais d'autres données convergent. En juin 2026, le ministère des Finances a lancé l'Opération d'Audit des Allocations Familiales du Personnel de l'État (AALFA). Objectif : traquer les fonctionnaires fictifs et les faux enfants déclarés.

Les chiffres donnent le vertige. Entre juin 2024 et mars 2026, le nombre d'enfants déclarés par les fonctionnaires pour bénéficier des allocations familiales est passé de 594 728 à 923 307. 328 000 bénéficiaires supplémentaires en moins de deux ans. Une hausse de 55 %.

« Quand on multiplie 4 500 FCFA par des dizaines de milliers de faux enfants, sur douze mois, on arrive très vite à des dizaines de milliards perdus », résume un informaticien du ministère des Finances.

Le ministre Louis Paul Motaze a fixé l'objectif : « Extirper du fichier solde tous les enfants alignés frauduleusement et recouvrer les sommes indûment perçues. »

La méthode sera chirurgicale. Actes de naissance authentifiés. Certificats de vie collectifs. Preuves de scolarité. Croisement avec les bases de données numériques de l'État. Tout agent incapable de justifier la composition réelle de sa famille verra ses allocations suspendues. Avant d'éventuelles poursuites pour faux et usage de faux.

Ce que dit le FMI

Le rapport du FMI de mai 2026 (n° 26/81) est plus prudent, mais pas rassurant.

« La trajectoire d'assainissement budgétaire a permis de réduire le ratio de la dette au PIB, mais le risque élevé de surendettement demeure, en raison des risques pour la liquidité qu'exacerbent la faiblesse des exportations et, dans une moindre mesure, la faiblesse des recettes budgétaires. »

Le FMI note que la capacité de remboursement du Cameroun a été relevée de « faible » à « moyen ». Mais deux des quatre indicateurs de dette extérieure dépassent encore leurs seuils respectifs.

Le rapport souligne aussi que le budget 2026 vise à « inverser certaines des dérives budgétaires liées aux élections de 2025 ». Les efforts pour augmenter les dépenses d'investissement se heurtent à des « conditions de liquidité tendues » et au « risque élevé de surendettement ».

Traduction : le Cameroun veut investir, mais il n'a pas les moyens de le faire sans emprunter. Et il emprunte déjà trop.

Le mur de 2026

L'échéance est là. Le Cameroun doit affronter, en 2026, un mur de dette de 3,54 milliards de dollars. Des remboursements aux créanciers multilatéraux. Des échéances sur les eurobonds.

Le service de la dette absorbera environ 17 % des recettes fiscales sur les trois prochains exercices. Un cinquième des recettes de l'État part dans le remboursement de la dette. Pas dans les routes. Pas dans les hôpitaux. Pas dans les écoles.

Moody's a confirmé, le 21 août 2026, une note souveraine « Caa1 ». Correspondant à un risque « à haut risque », en « quasi-défaut ». L'agence pointe des liquidités tendues et une dette publique en hausse.

En janvier 2026, le Cameroun a émis un eurobond à un coupon de 8,875 %. Un taux élevé. Le signe que les marchés prêtent au Cameroun à contrecœur.

Ce que nous n'avons pas pu vérifier

Nous avons tenté de joindre le ministère des Finances et la présidence de la République. Sans succès à l'heure de publication. Le chiffre de « plus de 50 % » de détournement provient de l'analyse de Louis Marie Kakdeu, non d'une source institutionnelle. Le montant exact des fonds détournés n'est pas chiffré par une source indépendante.

Ces réserves ne changent rien à la gravité des données publiques. Elles rappellent simplement que, sur ce sujet, les accusations et les démentis se croisent sans jamais se rencontrer.


Quelle est la dette publique du Cameroun en 2026 ?
15 607 milliards FCFA (environ 27 milliards USD) à fin juin 2026, selon la CAA. Soit environ 43 % du PIB.

Le Cameroun est-il en risque de surendettement ?
Oui. Le FMI classe le pays en « risque élevé de surendettement ». La capacité de remboursement a été relevée de « faible » à « moyen », mais deux indicateurs de dette extérieure dépassent encore les seuils.

Pourquoi n'y a-t-il pas d'accord avec le FMI ?
Le programme 2021-2025 s'est achevé en juillet 2025. Les négociations pour un nouveau programme traînent depuis un an. Les raisons exactes ne sont pas publiques.

Où va l'argent emprunté ?
Une partie finance des projets d'infrastructure. Une autre partie, selon l'économiste Louis Marie Kakdeu, est détournée par des fonctionnaires. Le chiffre de « plus de 50 % » n'est pas confirmé par une source institutionnelle.

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