Vente Sosucam : la fille de Castel s’oppose à Yaoundé
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Cameroun - Vente Sosucam : la fille de Castel s’oppose à Yaoundé

Romy Castel s’oppose à la vente de la Sosucam au Cameroun. Le gouvernement suspend, le consortium attend. 8 000 emplois en jeu. 

Le 13 août 2026, Somdia annonce céder ses 82 % dans la Sosucam à un consortium camerounais. Trois jours plus tôt, le Premier ministre Joseph Dion Ngute avait écrit : sursoyez. La lettre a été ignorée. Depuis, la plus grosse usine sucrière du Cameroun est à l’arrêt décisionnel. Et derrière le blocage, une guerre de succession au sommet du groupe Castel.

Ce que dit vraiment la lettre du 10 août

Le document existe. Jeune Afrique a pu le consulter. Il est signé Balungeli Confiance Ebune, directeur de cabinet du Premier ministre. Adressé à Olivier Parent, directeur général de Somdia.

La demande est limpide : surseoir à toute démarche relative à la cession tant que le comité stratégique mis en place par Yaoundé n’aurait pas rendu son rapport.

Trois jours plus tard, Somdia signe quand même. Le 13 août, la filiale de Castel annonce avoir retenu un consortium de cinq investisseurs camerounais pour reprendre ses parts.

La primature n’a pas apprécié. Le 16 août, le gouvernement suspend l’opération. Six mois de délai sont accordés au comité pour trancher.

Le sucre, cet actif que le Cameroun ne peut pas lâcher

La Sosucam, c’est 25 000 hectares de canne. Deux complexes agro-industriels, à Mbandjock et Nkoteng. Environ 8 000 emplois directs et indirects. Une masse salariale annuelle de 14 milliards de FCFA.

L’entreprise couvre une part essentielle des 300 000 tonnes de sucre consommées chaque année au Cameroun. La laisser partir, c’est toucher à la souveraineté alimentaire du pays.

Le Premier ministre l’a écrit noir sur blanc dans sa lettre du 10 août : la Sosucam revêt « un caractère stratégique pour la souveraineté alimentaire ainsi que pour les intérêts économiques, sociaux et politiques du Cameroun ».

Romy Castel : « brader un actif stratégique »

Romy Castel a 52 ans. Fille unique de Pierre Castel, 99 ans, fondateur d’un empire brassicole et agro-industriel estimé à 14 milliards d’euros.

Le 22 juin 2026, elle publie un communiqué. Elle dit avoir découvert le projet de cession « avec stupéfaction, par voie de presse ». Et elle accuse directement Grégory Clerc, directeur général du groupe depuis octobre 2023, de vouloir « brader un actif stratégique au lieu de le redresser ».

Ses mots sont durs. Elle dénonce « un aveu d’absence de vision, de compétence et de courage » de la part du CEO.

Grégory Clerc, 39 ans, avocat genevois, est arrivé à la tête du groupe en 2023. Il incarne le renouveau stratégique de Castel Afrique. Il n’a pas l’intention de reculer.

La réponse de Somdia : elle était au courant

Le conseil d’administration de Somdia ne s’est pas laissé faire. Dans un communiqué, il affirme que Romy Castel a été « convoquée aux cinq conseils d’administration organisés entre novembre 2025 et juin 2026 », au cours desquels « la situation de Sosucam et les différents scénarios stratégiques auraient été examinés ».

Autrement dit : elle savait. Les décisions relatives à la Sosucam ont été approuvées « à l’unanimité des membres présents et encore tout récemment le 15 juin 2026 », insiste Somdia.

La réponse de Romy Castel ne s’est pas fait attendre. Le 26 juin, DF Holding, la structure luxembourgeoise qui contrôle Castel, la révoque de son mandat d’administratrice de Castel Vins. Son neveu Alain Castel subit le même sort.

Le conflit ne date pas de la Sosucam. Il couve depuis décembre 2025, quand Alain Castel, neveu du fondateur, a été révoqué de la branche vin. Romy Castel a alors réclamé la révocation de Grégory Clerc. Elle dit avoir obtenu gain de cause en février 2026 lors du conseil d’IBBM, la société de gestion basée à Singapour. Le CEO conteste la validité juridique de cette décision.

Une procédure judiciaire est en cours à Singapour. Le 30 juillet, la Haute Cour de Singapour a maintenu la suspension de la révocation de Grégory Clerc.

Le consortium camerounais et ses 138 milliards

Pendant que la famille se déchire, un groupe d’investisseurs camerounais attend.

Conduit par Joseph Pagop Noupoué, avocat d’affaires et entrepreneur, le consortium compte Henriette Noutchougoing, agro-industrielle ; William Nkontchou, financier international ; Igor Djoukwé, ingénieur spécialiste des équipements sucriers ; et Marcel Tchagongom, expert-comptable.

Leur programme : 138 milliards de FCFA d’investissement sur plusieurs années. Moderniser l’outil industriel, étendre l’irrigation, valoriser les co-produits, renforcer la production nationale.

Un montant rare dans le paysage économique camerounais. Mais insuffisant pour contourner l’aval de l’État.

Ce que le gouvernement veut vraiment

Le comité stratégique de pilotage, mis en place par le Premier ministre, a repris les discussions fin août. Une mission interministérielle s’est rendue les 25 et 26 août sur les sites de Mbandjock et Nkoteng.

Objectif affiché : examiner les projets industriels, écouter les partenaires sociaux, apaiser le climat.

Objectif réel, selon un haut fonctionnaire cité par Jeune Afrique : « tuer la rumeur qui dit que le deal était déjà officiellement acté par le gouvernement ».

Yaoundé veut reprendre la main. Le gouvernement exige que la campagne sucrière 2026-2027 soit assurée. Que les 8 000 emplois soient préservés. Et que la transition ne se fasse pas « de manière précipitée », selon les mots du ministre de l’Agriculture.

Pourquoi ce dossier n’est pas près d’être clos

Le calendrier fixé par le Premier ministre est de six mois. Il court depuis août. Mais la guerre de succession chez Castel brouille tous les signaux.

Chaque communiqué de Romy Castel retarde la clarification. Chaque décision de justice à Singapour complique la lecture du dossier pour les autorités camerounaises et pour les repreneurs.

William Nkontchou, l’un des membres du consortium, est aussi cité comme prétendant individuel. Aliko Dangote, le milliardaire nigérian, circule également parmi les repreneurs potentiels, sans offre confirmée à ce jour.

Une chose est sûre : tant que la famille Castel ne sera pas fixée sur qui la dirige vraiment, le sucre camerounais restera en suspens.


Pourquoi la vente de la Sosucam est-elle bloquée ?
Parce que le gouvernement camerounais a suspendu l’opération le 16 août 2026. Il reproche à Somdia d’avoir signé l’accord avec le consortium trois jours après avoir reçu une demande de sursis.

Qui est Romy Castel ?
La fille unique de Pierre Castel, fondateur du groupe Castel. Elle s’oppose à la cession de la Sosucam et accuse le directeur général Grégory Clerc de vouloir « brader » l’entreprise.

Qui veut racheter la Sosucam ?
Un consortium de cinq investisseurs camerounais mené par Joseph Pagop Noupoué. William Nkontchou et Aliko Dangote sont également cités comme prétendants potentiels, sans offre confirmée.

Quand le gouvernement camerounais tranchera-t-il ?
Un délai de six mois a été fixé au comité stratégique. Le calendrier exact n’est pas public.

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