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© Camer.be : Toto Jacques
- 25 Sep 2026 01:23:53
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Cameroun : ARM veut relancer le gisement de Nkamouna
American Renaissance Minerals propose 85 millions USD pour relancer Nkamouna. Geovic menace d'arbitrage, Sonamines négocie. Analyse d'un dossier minier sous tension.
American Renaissance Minerals, une entreprise américaine basée à Washington, négocie avec les autorités camerounaises pour relancer le gisement de cobalt, nickel et manganèse de Nkamouna, dans la région de l'Est. L'information a été révélée le 24 septembre 2026 dans un communiqué de l'ambassade des États-Unis à Yaoundé.
L'investissement initial annoncé : 85 millions de dollars. Environ 48,5 milliards de FCFA. Une première unité modulaire de traitement sur le site. Et une mise en production prévue dans les 18 mois suivant l'obtention du permis.
Mais il y a un problème. Le permis, justement, n'existe plus. Il a été retiré à Geovic Cameroon en février 2025. Et Geovic menace le Cameroun d'arbitrage international.
Un gisement. Trois acteurs. Et une question. Qui obtiendra Nkamouna ?
Un gisement d'exception, un projet maudit
Nkamouna n'est pas un gisement ordinaire. Situé dans la région de l'Est, près de Lomié, il est considéré comme l'un des plus grands gisements de cobalt-nickel-manganèse au monde encore inexploités.
Les travaux d'exploration ont commencé dans les années 1970 et 1980. Une étude de faisabilité publiée en 2011 par Geovic Mining Corp. évaluait les réserves prouvées et probables à 68,132 millions de tonnes, avec des teneurs moyennes de 0,26 % de cobalt, 0,66 % de nickel et 1,48 % de manganèse.
Le schéma industriel prévoyait une production annuelle d'environ 6 115 tonnes de cobalt et 3 297 tonnes de nickel, sur une durée de vie de 23 ans. L'investissement initial était estimé à 617,2 millions de dollars.
La Sonamines, de son côté, évoque un potentiel supérieur : plus de 100 millions de tonnes de réserves et environ 226 millions de tonnes de ressources réparties sur cinq sites.
Mais Geovic Cameroon n'a jamais atteint le stade de la production industrielle. Vingt-trois ans après l'obtention de son permis en 2003, le gisement n'a jamais produit un gramme de cobalt.
Le retrait du permis : un coup de force juridique
Le 12 février 2025, un décret présidentiel a retiré le permis d'exploitation minière n°33 accordé à Geovic Cameroon en 2003. Le permis a été rétrocédé à la Sonamines, la Société nationale des mines, le 29 mai 2025.
Pour l'État camerounais, la décision est justifiée. La Sonamines invoque « le non-respect des obligations incombant à tout titulaire de permis minier, marqué notamment par la non-exploitation du gisement ».
Geovic conteste. Dans un communiqué publié le 16 janvier 2025, Chris Serin, le dirigeant de Geovic, a annoncé que la société « se réserve le droit d'initier un arbitrage international et de réclamer une pleine compensation pour ingérence illégale, expropriation et perte de valeur du projet ».
Un contentieux qui plane sur le dossier. Et qui pourrait compliquer les négociations en cours.
ARM entre en scène : l'offre de 85 millions
American Renaissance Minerals n'est pas un nouveau venu. La société, un véhicule d'investissement détenu par le fonds américain American Renaissance Resources, travaille sur Nkamouna depuis plusieurs mois.
En janvier 2026, ARM a signé un accord avec Geovic Ltd. pour acquérir l'intégralité des informations techniques historiques du projet. Un accord dans lequel Geovic s'engage à renoncer à toute réclamation future.
Une manière de contourner le contentieux. ARM ne rachète pas le permis. Il rachète le savoir.
Le 7 août 2026, Aeternum, une société cotée aux États-Unis, a annoncé avoir acquis une option pour prendre 51 % d'ARM. L'investissement prévu : 10 millions de dollars, soit environ 5,45 milliards FCFA.
Mais cet investissement est conditionné. Selon les documents déposés auprès de la SEC, l'accord « dépend largement de l'obtention par ARM d'un nouveau permis minier pour le gisement de Nkamouna ».
Autrement dit : si ARM n'obtient pas le permis, Aeternum ne paie pas.
Sonamines : les appels d'offres infructueux
La Sonamines a tenté de trouver un partenaire par la voie classique. Deux appels internationaux à manifestation d'intérêt ont été lancés en janvier 2026, l'un pour Nkamouna, l'autre pour le gisement de rutile d'Akonolinga.
Le 18 août 2026, la Sonamines a déclaré les deux procédures infructueuses. Aucune candidature n'a satisfait aux critères de sélection.
Ce n'est pas faute de candidats. Selon des sources internes à la Sonamines citées par Investir au Cameroun, six entreprises ou consortiums originaires des États-Unis, d'Australie, du Royaume-Uni, du Canada et de Chine ont manifesté leur intérêt.
Mais les dossiers étaient incomplets. Documents non signés. Justificatifs insuffisants. Propositions ne correspondant pas à la structuration recherchée.
Le dispositif exigeait au moins 70 points sur 100, dont 35 points pour l'expérience technique, 30 pour la capacité financière, 22 pour la proposition technique et 10 pour les références ESG. Il fallait également au moins quinze années d'expérience dans le secteur minier et des références d'activité en Afrique.
La Sonamines a annoncé qu'elle restait « ouverte aux négociations avec des investisseurs disposant de l'expertise et des capacités financières requises ».
C'est dans ce cadre que s'inscrivent les discussions avec ARM. Mais le communiqué de l'ambassade des États-Unis ne précise pas si les négociations s'inscrivent formellement dans cette procédure.
Washington derrière l'opération
Le soutien américain n'est pas implicite. Il est affiché.
Le communiqué de l'ambassade des États-Unis à Yaoundé précise que l'initiative d'ARM « bénéficie de capitaux américains et du soutien du gouvernement des États-Unis ».
Dans son communiqué du 7 août, Aeternum va plus loin. Il indique que le développement de Nkamouna par ARM « est soutenu par le programme de plaidoyer du gouvernement des États-Unis, et le projet est considéré comme présentant un intérêt stratégique pour les États-Unis, tant en termes de sécurité nationale que d'intérêt économique et de chaîne d'approvisionnement ».
Pourquoi cet intérêt ? Parce que le nickel et le cobalt sont tous deux désignés comme minéraux critiques par les États-Unis. Le pays importe environ les trois quarts du cobalt qu'il consomme et, hors matériaux recyclés, dépend presque entièrement des importations pour son approvisionnement en nickel.
La Chine contrôle une part dominante de la production et de la transformation mondiales de cobalt. Pour Washington, réduire cette dépendance est devenu un objectif stratégique.
Le Cameroun, avec Nkamouna, représente une alternative potentielle. C'est en tout cas ce que veut croire ARM.
Les chiffres qui inquiètent
Derrière l'enthousiasme officiel, des questions financières demeurent.
Aeternum, la société qui doit injecter 10 millions de dollars dans ARM, disposait de seulement 702 809 dollars en liquidités à la fin du mois de juin 2026. Moins de 400 millions de FCFA.
Dans ses états financiers, Aeternum reconnaît que ses projets « nécessiteront des capitaux supplémentaires » et qu'il existe une « incertitude sur sa capacité à poursuivre ses opérations normales sans obtenir de nouveaux financements ».
L'investissement de 85 millions de dollars annoncé par ARM est également modeste au regard des besoins historiques du projet. L'étude de faisabilité de 2011 estimait l'investissement initial à 617 millions de dollars. Environ 336 milliards de FCFA.
Cet écart pose une question simple. Comment ARM compte-t-il développer Nkamouna avec 85 millions là où Geovic avait besoin de 617 millions ?
La réponse d'ARM : une approche modulaire. Construire une première unité de traitement, produire, générer des revenus, puis étendre progressivement les capacités. Un modèle qui a fait ses preuves dans d'autres projets miniers, mais qui reste à démontrer sur Nkamouna.
Le dossier Nkamouna est à un carrefour. ARM négocie. Geovic conteste. La Sonamines attend. Et le permis n'existe toujours pas.
Trois scénarios se dessinent.
Le premier : ARM obtient le permis, les négociations aboutissent, et le projet entre en production dans les 18 mois. Un scénario optimiste qui suppose que le contentieux avec Geovic soit réglé.
Le deuxième : la Sonamines choisit un autre partenaire, ou décide de développer le projet elle-même. Un scénario qui suppose que la société publique trouve les financements nécessaires.
Le troisième : le statu quo. Le permis reste bloqué, le contentieux s'enlise, et Nkamouna continue de dormir sous terre.
Une chose est certaine. Les 68 millions de tonnes de cobalt, nickel et manganèse qui dorment à Lomié depuis des décennies ne rapporteront rien tant que quelqu'un ne les extraira pas.
Où se trouve le gisement de Nkamouna ?
Nkamouna est situé dans la région de l'Est du Cameroun, près de Lomié. Le permis couvre une superficie d'environ 1 650 km².
Qui détient actuellement le permis de Nkamouna ?
Le permis a été retiré à Geovic Cameroon par décret présidentiel du 12 février 2025. Il a été rétrocédé à la Sonamines, la Société nationale des mines, le 29 mai 2025.
Quel est l'investissement proposé par American Renaissance Minerals ?
ARM prévoit un investissement initial de 85 millions USD (environ 48,5 milliards FCFA) pour construire une première unité modulaire de traitement.
Quel est le rôle d'Aeternum dans le projet ?
Aeternum prévoit d'investir 10 millions USD (environ 5,45 milliards FCFA) dans ARM en échange d'une participation de contrôle de 51 %. L'opération est conditionnée à l'obtention par ARM d'un nouveau permis minier.
Geovic peut-il récupérer son permis ?
Geovic conteste le retrait et menace d'un arbitrage international. L'issue dépendra des négociations et, le cas échéant, d'une décision arbitrale.
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