Grands chantiers au Cameroun : des milliards de surcoûts en cascade
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Grands chantiers au Cameroun : des milliards de surcoûts en cascade

Lac municipal de Yaoundé (25 à 38 milliards FCFA), autoroute Yaoundé-Douala (284 à 370 milliards), stade d'Olembé (163 à 218 milliards)… Les avenants font flamber les coûts des infrastructures au Cameroun. 

Au Cameroun, les grands chantiers d'infrastructures voient régulièrement leur coût final s'envoler dans des proportions spectaculaires. Une « malédiction des avenants » qui pèse lourdement sur les finances publiques et la confiance des citoyens.

Cette litanie de dépassements n'est pas une fatalité. Elle est le symptôme d'une pratique systémique : les avenants. Ces modifications contractuelles, censées répondre à des imprévus, deviennent au Cameroun un outil de renchérissement systématique des grands projets. Au point que certains parlent aujourd'hui d'une « malédiction ».

Lac municipal de Yaoundé : de 25 à 38 milliards FCFA

Le projet d'aménagement du lac municipal de Yaoundé devait être un symbole de la modernisation de la capitale. Lancé avec un budget initial de 25 milliards de FCFA, il a rapidement dérivé. En juillet 2026, le président Paul Biya a signé un décret autorisant une nouvelle mobilisation de fonds, portant le montant total à plus de 38 milliards de FCFA.

Ce surcoût de plus de 50 % s'explique, selon les autorités, par l'élargissement du périmètre du projet : construction d'un restaurant, d'une voie multimodale, d'éclairage public, d'aménagements paysagers. Mais pour les observateurs, cet exemple illustre parfaitement la « dérive des avenants » : un projet initialement présenté comme abordable, puis révisé à la hausse une fois les engins sur le terrain.

« Le niveau astronomique du montant de cette convention de crédit laisse perplexe en même temps qu'il est potentiellement porteur de forts soupçons de détournement », écrivait en 2021 le député Jean Michel Mintcheu.

Autoroute Yaoundé-Douala : le kilomètre à plus de 7 milliards

Le chantier de l'autoroute reliant les deux principales villes du Cameroun est sans doute l'exemple le plus emblématique de la « malédiction des avenants ». La première phase, longue de 60 kilomètres entre Yaoundé et Bibodi, devait initialement coûter 284 milliards de FCFA hors taxes.

Mais les modifications du projet se sont accumulées : élargissement de la plateforme, passage d'une route expresse à une autoroute 2x3 voies, renforcement des ouvrages d'art dans un relief accidenté. Résultat : le coût prévisionnel est passé à 423,6 milliards TTC, soit une hausse de près de 85 milliards. Le kilomètre d'autoroute coûte désormais plus de 7 milliards de FCFA.

La Banque mondiale elle-même avait jugé ce montant « trop élevé » en comparaison d'autres projets africains, notant que le kilomètre d'autoroute coûte 3,5 millions USD en Côte d'Ivoire et 3 millions USD au Maroc. La phase 2, longue de 141 km, est estimée à près de 900 milliards de FCFA.

Complexe d'Olembé : 163 à 218 (voire 235) milliards

Le complexe sportif d'Olembe, construit pour accueillir la CAN 2022, est un autre cas d'école. Annoncé à 163 milliards de FCFA, son coût a été révisé à 218 milliards. Certaines sources évoquent même un montant de 235 milliards.

La question de l'utilisation des fonds a suscité de vives polémiques. Le député Jean Michel Mintcheu a dénoncé un « niveau astronomique » de crédits, laissant planer « de forts soupçons de détournement ». Les zones d'ombre sur le suivi financier du projet persistent, notamment concernant les prêts contractés auprès de banques nigériane et italienne.

Barrage de Memve'ele : 400 à 500 milliards pour une production en deçà des attentes

Le barrage hydroélectrique de Memve'ele, mis en service en 2022, devait produire 211 MW. Son coût, initialement estimé à 400 milliards de FCFA, a grimpé à près de 450 milliards, voire 500 selon certaines sources.

Mais le plus préoccupant est que l'infrastructure n'a jamais atteint son plein régime. En décembre 2025, le Cameroun devait encore 28 millions USD au constructeur chinois. Des travaux de stabilisation supplémentaires, estimés à 4 milliards de FCFA, ont même dû être engagés en février 2026.

Pourquoi cette « malédiction des avenants » ?

Les avenants sont prévus par le code des marchés publics camerounais. Ils permettent d'adapter un contrat à des imprévus ou à des modifications du périmètre d'un projet. Mais au Cameroun, leur usage systématique pose question.

Plusieurs facteurs expliquent cette dérive :
- Des études préalables insuffisantes : les projets sont souvent lancés sans études détaillées, ce qui génère des surcoûts une fois les travaux engagés.
- Des modifications de dernière minute : comme pour l'autoroute Yaoundé-Douala, où le profil de l'ouvrage a été revu en cours de route.
- Une inflation des coûts des matériaux : les fluctuations des prix des intrants pèsent lourdement sur les budgets.
- Un manque de transparence : le suivi financier des grands projets à financement extérieur est souvent défaillant.

« Il est généralement préférable d'éviter les avenants autant que possible dans le cadre d'un marché public, car ils peuvent entraîner une augmentation significative des coûts ».

Quelles conséquences pour les contribuables ?

Ces dépassements ont un coût direct pour le contribuable camerounais. Chaque milliard supplémentaire est un milliard qui manque pour la santé, l'éducation ou les routes secondaires. En 2026, le Cameroun a consacré 8 816 milliards de FCFA à son budget. Une part croissante est absorbée par le remboursement de la dette contractée pour ces grands projets.

Au-delà de l'aspect financier, c'est la confiance dans les institutions qui est en jeu. Chaque nouveau dépassement alimente la défiance des citoyens et des partenaires financiers internationaux.

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