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© Camer.be : Paul Moutila
- 16 Sep 2026 00:26:41
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La diaspora camerounaise prévient : « Aucun investissement sûr sous Biya »
La diaspora camerounaise a saisi les partenaires du Commonwealth pour dénoncer le risque politique et la corruption sous Biya. Récit d'un contre-lobbying.
Pendant que Louis Paul Motazé vantait les fondamentaux économiques du Cameroun à Marlborough House, la diaspora activait ses réseaux pour retourner les mêmes interlocuteurs contre le régime de Paul Biya.
Le 10 septembre 2026, à Marlborough House, Louis Paul Motazé a parlé d'une « économie résiliente », de « fondamentaux solides », d'un pays qui a « décroché du pétrole ». Dans la salle, des banquiers, des assureurs, des représentants d'institutions de financement. Le message était calibré. Le vocabulaire, maîtrisé.
Quelques jours plus tôt, ces mêmes interlocuteurs avaient reçu un autre son de cloche.
Des associations de la diaspora camerounaise dont les noms n'ont pas tous été rendus publics à ce stade les avaient saisis directement. Message : le Cameroun n'est pas un pays sûr pour investir tant que Paul Biya reste au pouvoir. Le régime est contesté. Le jeu électoral est faussé. La corruption est enracinée. Et les 40 000 milliards de FCFA que Motazé est venu chercher à Londres ne financeront pas le développement ils financeront un système.
Londres, Marlborough House : ce que le Cameroun est venu chercher
Le rendez-vous était préparé de longue date. Les 9 et 10 septembre 2026, une délégation camerounaise conduite par le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, s'est rendue à Marlborough House, à Londres, pour un « market sounding » organisé avec le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC). Dans le langage financier, un market sounding n'est pas une levée de fonds. C'est une opération de reconnaissance. On teste l'appétit du marché avant de solliciter formellement les capitaux. On mesure l'écart entre ce que le pays voudrait emprunter et ce que les créanciers sont prêts à prêter et à quel prix.
La délégation était fournie : Paul Tasong, ministre délégué à la Planification ; Félix Mbayu, ministre délégué chargé de la Coopération avec le Commonwealth ; Sylvester Moh Tangongho, directeur général du Trésor ; Adolphe Noah Ndongo, directeur général de la Caisse autonome d'amortissement. Derrière les visages, un chiffre : 88 000 à 89 000 milliards de FCFA d'investissements requis par la Stratégie nationale de développement (SND30). Dont 45 % attendus du secteur privé et des partenaires au développement.
Traduction : environ 1 500 milliards de FCFA à mobiliser chaque année. Trois fois le stock actuel d'investissements directs étrangers du pays.
Le chiffre que Motazé n'a pas mis en avant
Le ministre a déroulé ses arguments. Croissance maintenue à 3,5 % en 2025, pour la troisième année consécutive. Activités hors pétrole représentant près de 98 % du PIB. Poids du Cameroun dans l'économie de la CEMAC : 44 %. Dette publique à environ 43 % du PIB, loin du plafond communautaire de 70 %.
Ces chiffres sont exacts. Ils racontent une partie de l'histoire.
L'autre partie, celle que les investisseurs les plus prudents avaient déjà identifiée : les investissements directs étrangers sont en chute. Le stock d'IDE, qui culminait autour de 560 milliards de FCFA en 2022, est retombé à environ 473 milliards en 2026, soit 1,2 % du PIB. Le fossé entre les besoins de la SND30 et la réalité des flux entrants ne cesse de se creuser.
Et ce n'est pas tout. En mars 2026, le FMI a publié son rapport de consultations au titre de l'article IV. Le diagnostic est sévère : « la situation des finances publiques s'est détériorée en 2025, en raison de recettes non pétrolières inférieures aux attentes et d'un dérapage des dépenses courantes ». Le Fonds pointe des « retards dans l'exécution des programmes précédents » et un « risque élevé de surendettement ». Fitch Ratings a confirmé la note du Cameroun à B avec perspective négative en novembre 2025.
Les agences de notation ne sanctionnent pas les régimes. Elles sanctionnent les risques. Et au Cameroun, en 2026, le risque politique est devenu le principal.
La diaspora entre en scène
C'est précisément là que la contre-offensive s'est jouée. Informées du market sounding, plusieurs associations de la diaspora camerounaise ont saisi les partenaires concernés. Elles ne l'ont pas fait par voie de presse, ni par communiqué public. Elles ont écrit. Appelé. Activé des réseaux établis de longue date dans les milieux financiers londoniens et auprès des institutions du Commonwealth.
Leur message, reconstitué à partir de plusieurs sources concordantes : le Cameroun est dirigé par un régime fortement contesté, décrédibilisé, dépourvu de légitimité démocratique. Elles dénoncent les conditions dans lesquelles Paul Biya se maintient au pouvoir par un jeu électoral systématiquement faussé, une base électorale qu'elles estiment inférieure à 25 % des suffrages, un maintien par la force. Elles attirent l'attention sur l'ampleur de la corruption, qu'elles estiment profondément enracinée dans tous les secteurs de la vie publique et économique.
Et leur conclusion est sans ambiguïté : aucun investissement véritablement sûr et sécurisé ne saurait être envisagé sereinement au Cameroun tant que ce régime, qualifié de liberticide, restera aux affaires.
Ce n'est pas un cri de rue. C'est une note d'alerte adressée à des prêteurs.
Le précédent Achille Mbembe
La démarche diasporique ne sort pas de nulle part. En janvier 2026, l'historien et politologue Achille Mbembe avait posé les bases intellectuelles de cette stratégie sur le plateau de « Décrypter l'Afrique ». Son diagnostic : « L'ère Paul Biya est terminée ». Son constat : « Le Cameroun est en passe d'être hors jeu sur presque tous les plans économique, financier, diplomatique ».
Sa proposition, formulée devant des millions de téléspectateurs : mobiliser les économistes et avocats de la diaspora pour « alerter les créanciers du Cameroun sur le risque qu'ils courent en donnant leur poids à des dettes dont on sait très bien que l'argent finira dans les poches des uns et des autres dans des paradis fiscaux ».
Le market sounding de Londres a été le premier test grandeur réelle de cette stratégie. Et la diaspora a répondu présent.
Pourquoi le timing compte
Les 9 et 10 septembre 2026 ne sont pas des dates anodines. Le Cameroun doit faire face, en 2026, à un mur de dette de 3,54 milliards de dollars, selon les données compilées par AllAfrica. Le remboursement des créanciers multilatéraux (FMI, Banque mondiale), bilatéraux et privés atteint un pic historique. Les réserves de change s'amenuisent. Un défaut technique sur les échéances n'est plus une hypothèse d'école.
Dans ce contexte, chaque nouvel emprunt est une opération à haut risque. Chaque investisseur qui entre est un créancier qui devra être remboursé par un régime dont la survie politique est elle-même incertaine.
La question posée par la diaspora aux investisseurs n'est pas morale. Elle est pratique : qui remboursera, et sous quel régime juridique ?
Ce que le gouvernement répond
Le market sounding, par définition, ne contracte aucune dette. Mais sur le fond, l'objectif était bien de préparer le terrain à de futures émissions obligataires. Motazé a lui-même évoqué l'exploration d'instruments inédits Panda Bonds sur le marché chinois, Samurai Bonds au Japon, Sukuk pour la finance islamique. Aucun montant, aucune date n'a été annoncé. Mais le message était clair : le Cameroun cherche de nouveaux prêteurs.
Le vrai enjeu : la confiance
Un marché financier fonctionne à la confiance. Pas à la croissance du PIB. Pas aux taux de change. À la confiance. C'est une matière fragile, qui se construit sur des années et se brise en quelques jours.
Le Cameroun a un problème de confiance. Les agences de notation le disent. Le FMI le dit. Les IDE le disent, en reculant. Et maintenant, une partie de la diaspora le dit, directement, aux investisseurs.
Ce que la diaspora camerounaise a fait à Londres, ce n'est pas de la politique. C'est du contre-lobbying financier. Et c'est, de l'avis de plusieurs observateurs des marchés africains, une première à cette échelle. La diaspora camerounaise a longtemps été perçue comme une source de devises 400 milliards de FCFA de transferts annuels, selon la Banque mondiale. Elle est en train de devenir une force d'influence sur la façon dont le pays est financé.
Le gouvernement peut ignorer ce signal. Il peut aussi le lire comme ce qu'il est : le début d'une ère où les capitaux ne viendront plus sans conditions politiques.
La question n'est plus de savoir si le Cameroun peut emprunter. La question est de savoir à quel prix et de savoir combien de temps encore les créanciers accepteront de ne pas regarder ce qu'il y a derrière la signature de l'État.
Qu'est-ce qu'un market sounding ?
Un market sounding est une opération de consultation du marché. Avant de lancer un emprunt, un État ou une entreprise teste l'appétit des investisseurs : combien sont-ils prêts à prêter, à quel taux, sous quelles conditions. Ce n'est pas une levée de fonds en soi, mais une étape préparatoire.
Pourquoi la diaspora camerounaise s'oppose-t-elle aux emprunts du gouvernement ?
Les associations de la diaspora estiment que le régime de Paul Biya n'offre pas de garanties démocratiques suffisantes pour que les investissements soient sécurisés. Elles dénoncent la corruption, le manque de légitimité électorale et le risque que les fonds empruntés ne bénéficient pas au développement du pays.
Le Cameroun est-il un pays sûr pour investir en 2026 ?
Les indicateurs économiques du Cameroun restent stables (croissance de 3,5 %, dette à 43 % du PIB), mais le FMI signale un risque élevé de surendettement et Fitch maintient une perspective négative. Le principal facteur d'incertitude est politique : l'absence de successeur désigné à Paul Biya, 93 ans, et la contestation de la légitimité du régime.
Qui est Paul Biya et depuis quand est-il au pouvoir ?
Paul Biya, né en 1933, dirige le Cameroun depuis 1982. Il a été réélu en 2025 pour un huitième mandat lors d'une élection contestée par l'opposition. Il est le chef d'État en exercice le plus âgé du monde.
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