SNH : comment 4 milliards de conseils plombent les comptes
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Cameroun - SNH : comment 4 milliards de conseils plombent les comptes

La SNH affiche un bénéfice de 19,98 milliards FCFA en 2025, mais son exploitation est déficitaire. L'opération Cotco, à 26,9 milliards, est dépréciée de 40 %. Décryptage.

Le bénéfice net de la SNH s'effondre de 41 % à 19,98 milliards FCFA en 2025, tandis que l'exploitation reste structurellement déficitaire et que l'opération Cotco, bloquée depuis trois ans, subit une dépréciation de 10,8 milliards.

La SNH, poumon financier de l'État camerounais, est-elle en train de s'essouffler ? En 2025, son bénéfice net chute de 41,3 %, passant de 34,05 à 19,98 milliards de FCFA. Derrière ce chiffre, un constat plus alarmant : l'exploitation est structurellement déficitaire, avec une perte opérationnelle de 12,47 milliards. Seuls les revenus financiers (dividendes, placements) colmatent les pertes. Mais le plus inquiétant est peut-être l'opération Cotco : 26,9 milliards de FCFA versés à Savannah Energy en 2023 pour acquérir 10 % du capital, sans que les actions ne soient jamais transférées. La SNH a dû déprécier 10,8 milliards, soit 40 % de la mise. Un fiasco retentissant.

Un bénéfice en trompe-l'œil

À première vue, le bénéfice net de 19,98 milliards de FCFA enregistré par la SNH en 2025 pourrait sembler honorable. La réalité est tout autre. Ce chiffre traduit une chute brutale de 41,3 % par rapport aux 34,05 milliards de FCFA enregistrés en 2024. Mais au-delà de la baisse, c'est la structure même du résultat qui interroge.

Pour un chiffre d'affaires de 5,545 milliards de FCFA (en hausse de 6,1 % grâce aux ventes de produits fabriqués), la SNH affiche une perte d'exploitation récurrente de 12,47 milliards. Autrement dit, l'activité propre du volet portefeuille de l'entreprise est structurellement déficitaire. La société ne crée pas de valeur par son efficacité industrielle ou commerciale, mais survit grâce aux rendements de ses participations passées.

Des charges qui s'emballent

Comment une structure dont l'activité de portefeuille génère un chiffre d'affaires d'à peine 5,55 milliards de FCFA peut-elle laisser ses charges de fonctionnement atteindre de tels sommets ? La réponse réside dans la dégradation incontrôlée des services extérieurs, qui ont bondi de 23 % en un an pour s'établir à 6,43 milliards de FCFA.

Le détail de ces prestations extérieures donne le vertige : les rémunérations d'intermédiaires et de conseils atteignent à elles seules 4,03 milliards de FCFA en 2025, contre 3,26 milliards en 2024. Soit plus de 72 % du chiffre d'affaires d'exploitation. La SNH dépense donc davantage en honoraires de consultants, conseils juridiques et intermédiaires divers qu'elle ne réalise de ventes directes sur ce périmètre.

À cela s'ajoutent des pénalités et amendes fiscales qui ont explosé : de 13,2 millions de FCFA en 2024 à 1,32 milliard en 2025. Les autres charges ont bondi de 80 %, à 5,28 milliards. Seule la masse salariale reste stable, autour de 12,41 milliards. Mais cette stabilité, appréciée en valeur absolue, pèse lourdement au regard d'un chiffre d'affaires plus de deux fois inférieur.

La rente financière, seul rempart

Comme en 2024, ce sont les activités financières qui empêchent le résultat de basculer en territoire négatif. Le résultat financier ressort à 43,88 milliards de FCFA en 2025, très au-dessus de la perte d'exploitation. Il recule néanmoins de 24,1 % par rapport à l'année précédente, sous l'effet d'une baisse des revenus de participations (41,64 milliards contre 52,59 milliards en 2024) et d'un effondrement des revenus de placement (-57,2 % à 2,24 milliards).

Ce déséquilibre entre cœur de métier et rente financière produit un ratio comptable atypique : rapporté au chiffre d'affaires, le bénéfice net représente environ 360 % en 2025. Un mirage.

Le fiasco Cotco : 26,9 milliards en suspens

Si l'accroissement des charges d'exploitation fragilise les comptes quotidiens, l'aventure Cotco représente une entaille majeure dans le patrimoine de la société d'État.

En avril 2023, la SNH signait une convention très médiatisée avec Savannah Midstream Investment Limited (SMIL), filiale du groupe britannique Savannah Energy, pour acquérir 10 % du capital de la Cameroon Oil Transportation Company (Cotco). L'objectif affiché était stratégique : faire passer la participation directe du Cameroun de 5,17 % à 15,17 % dans l'infrastructure clé reliant les gisements de Doba au terminal maritime de Kribi.

Trois ans plus tard, le constat dressé par le commissaire aux comptes est cinglant : alors que 26,9 milliards de FCFA (44,9 millions de dollars) ont été transférés, aucun titre de propriété effectif n'a été reçu. La créance figure désormais dans les comptes sous la rubrique « autres créances », assortie d'une provision pour dépréciation de 10,765 milliards de FCFA, soit 40 % du montant engagé.

Une opération née d'un bras de fer géopolitique

L'origine du dossier remonte au rachat annoncé fin 2022 par Savannah Energy des actifs d'ExxonMobil au Tchad et au Cameroun. N'Djamena avait immédiatement rejeté cette transaction, estimant qu'elle contrevenait aux accords régissant le consortium pétrolier, avant de nationaliser les actifs concernés.

C'est dans ce contexte que la SNH a signé l'accord d'achat de 10 % de Cotco, perçu à N'Djamena comme une reconnaissance implicite des droits que Savannah Energy revendiquait sur les actifs contestés. Le Tchad avait rappelé son ambassadeur au Cameroun pour consultations en avril 2023. Les négociations bilatérales ont ensuite permis de dessiner un compromis actionnarial, mais la SNH reste, elle, en suspens.

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