Cameroun,Roman :« Quand vint l’indépendance ».Par Enoh Meyomesse :: CAMEROON
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Cameroun,Roman :? Quand vint l?ind?pendance ?.Par Enoh Meyomesse :: CAMEROON
Cameroun,Roman :« Quand vint l’indépendance ».Par Enoh Meyomesse :: CAMEROON
« Les terroristes ont encore frappé, hier à Ndututown. La bande à Tankeu Noé à incendié la maison d’un paisible colon français du nom de Dugaseau, en pleine nuit, alors qu’il dormait. Lui et toute sa famille ont péri au cours de ce sinistre. Des dégâts matériels importants sont à déplorer. En plus de la maison qui est partie en fumée, son automobile a également été incendiée ».

Ce roman revient sur la violence qui a caractérisé l’indépendance du Cameroun en 1960, où des « maquisards » ont déclenché la guerre d’indépendance au mois de décembre 1956 et ont courageusement affronté l’armée coloniale française. Il reproduit dans le même temps les débats politiques et les chamailleries de l’époque. Il décrit ainsi enfin une page capitale de l’histoire du Cameroun longtemps taboue.

Chapitre VII

Alors que Mola venait de traverser le petit bourg de Madiba, il tomba, au sortir d’un virage, sur un attroupement monstre. Il y avait probablement plus de mille personnes qui obstruaient la chaussée. Son sang ne fit qu’un tour. Il freina en catastrophe. Son cœur se mit à battre à tout rompre. Il pensa à une attaque de maquisards, et décida d’enclencher la vitesse arrière pour faire demi-tour sur les chapeaux de roues. C’est alors que surgit de la foule un soldat français. Celui-ci s’approcha de lui. A sa vue, Mola se sentit curieusement quelque peu en sécurité. Un soldat français, cela signifiait qu’il y a eu intervention de l’armée française sur les lieux, et donc, l’incident à l’origine de cette intervention a probablement déjà pris fin. En plus, dès lors qu’il ne transportait pas d’armes, il n’avait rien à craindre, même s’il était procédé à une fouille de son automobile.

—Sergent Bruno, lui dit le militaire français, ordre de fouiller tout véhicule qui passe. Tout d’abord, où est votre laisser passer ?

—Les ambulances et les véhicules de sécurité en sont exempts, répondit Mola.

—Ta gueule ! Tout récemment, nous avons intercepté un corbillard au cercueil bourré d’armes. Un soi-disant « chefton » de je ne sais quel minuscule hameau était prétendument décédé à Ndututown et sa dépouille mortuaire était en train d’être évacuée dans son village. Mais, mon petit doigt m’avait averti qu’il y avait quelque chose de pas clair dans cette histoire. Alors, j’avais ordonné la fouille du corbillard. A ce moment précis, les prétendues veuves, de véritables comédiennes à la petite semaine, avaient déclenché des pleurs et des lamentations pathétiques à vous faire pleurer avec elles. Mais moi, un vieux briscard, j’avais insisté pour que le corbillard fût malgré tout fouillé. Bref, dans le cercueil, ce n’était pas un macchabé qui se trouvait, mais plutôt de bons fusils de guerre et plusieurs boîtes de munitions. Alors, à terre, ambulance de mes bottes, on vous connaît, vous les « négros », avec vos petites ruses à la con. On fouille tout.

Mola n’insista pas et s’exécuta. Le soldat français, en compagnie de deux autres, mais des Sara, surgis également de la foule, s’engouffrèrent dans l’ambulance. Au bout d’un moment, ils en ressortirent.

—C’est bon, tu peux continuer ta route, lui dit le soldat français, après lui avoir adressé un salut militaire.

Mola voulut néanmoins savoir la cause de cet attroupement inhabituel. Il n’en avait jamais vu de pareil, depuis plusieurs mois qu’il effectuait ce trajet.

—Pourquoi cet attroupement ?

—Des maquisards, lui répondit le Français. Nous en avons tué dans la journée d’hier, en brousse. C’est une bande qui écumait la région. Son chef se faisait appeler « cailloux », parce que, prétendument, il était dur à cuire. En tout cas, les balles de nos fusils ont transpercé son corps, non pas en rencontrant la résistance d’un caillou, mais, plutôt, la mollesse d’un bananier. S’il tenait véritablement à se surnommer « caillou », il aurait dû ajouter, « mou », cela aurait donné « caillou mou ». Nous avons ramené la tête tranchée de ce bandit, ainsi que celles des voyous avec lesquels il semait la terreur dans cette région. Tu peux aller les contempler. Mais, je te préviens, ce n’est pas beau à voir…

Un frisson traversa le corps de Mola, de la tête aux pieds, à ces mots. Il sentit ses cheveux se dresser sur sa tête. Il se mit aussitôt à fendre la foule, mu par un désir morbide d’aller contempler ce spectacle. Au bout d’un moment, il tomba sur l’horreur. Neuf têtes de jeunes gens, ayant tous la vingtaine d’années, étaient coupées et exposées sur un sac de café vide. Certaines avaient les yeux ouverts. D’autres donnaient l’impression de sourire. L’un des jeunes hommes venait fraîchement de se raser la barbe. On apercevait même, par des traces de sang coagulées, une petite blessure qu’il s’était fait, par mégarde, sur la joue. A la manière dont ces têtes étaient posées sur le sac de café vide, elles donnaient à penser que leurs corps étaient enfoncés sous terre. Cela offrait une image effrayante, à ne pas laisser contempler par des gosses. Un nouveau frisson parcourut, une fois de plus, le corps de Mola, de la tête aux pieds. Il sentit, tout d’un coup, sa tête prise de vertiges. Il en chancela, et dut effectuer quelques pas en arrière pour ne pas s’écrouler au sol. Les gens, tout autour des têtes, étaient prostrés. Une horreur indescriptible se lisait sur leurs regards. Il tourna les

talons et alla monter, en titubant, dans son automobile. Le soldat français qui l’avait interpellé s’aperçut de sa grande émotion.

—Je t’ai bien prévenu que c’était horrible…

Mola s’affala sur son siège dans l’ambulance. Il ferma les yeux, les ouvrit aussitôt, ayant de nouveau vu l’image de ces têtes qui donnaient l’impression d’avoir les corps enfoncés dans le sol. Il sentit quelque liquide ruisseler, tout doucement, sur sa joue. En même temps, sa vue se brouilla. Il était en train de pleurer. Il se ressaisit rapidement. Après un moment de silence, il poussa un soupir, puis tourna la clef de contact de son automobile. Cette dernière s’ébroua tel un fauve qui se réveille. Il enclencha une vitesse avant, actionna son clignotant gauche, s’assura, d’un coup d’œil dans le rétroviseur, que la chaussée était libre. Il s’y engagea, et poursuivit sa route…

Chapitre VIII

Le Mun était une région particulièrement agitée en cette période d’indépendance. Les colons français y détenaient de grandes plantations de café, de banane, d’ananas dans lesquelles travaillaient, comme ouvriers agricoles, des nationaux. En plus, nombre de ces ouvriers provenaient de régions voisines, et n’étaient pas, de ce fait, des autochtones. Bien mieux, grâce à leur statut de salariés, ceux-ci disposaient de moyens financiers supérieurs à ceux des autochtones. Il y avait ainsi, en permanence, de nombreuses frictions entre les deux communautés qui cohabitaient dans le Mun.

En arrivant à Nawedi, Mola avait trouvé la ville inondée de militaires français. Une semaine auparavant, deux notables autochtones avaient été abattus à l’arme blanche par les maquisards. Ces derniers les avaient accusés d’être des collaborateurs des Français, et les renseignaient sur les agissements des combattants de l’armée de libération nationale. Il s’était alors suivi des affrontements violents entre les deux communautés. Une vingtaine de personnes y avaient trouvé la mort. L’armée française avait été déployée sur les lieux pour rétablir l’ordre. Dans une de ses battues en forêt, elle était tombée sur un repère de maquisards. Elle en avait abattus quinze du coup, et en avait capturé d’autres, au nombre desquels le chef de groupe, un certain « scorpion noir ». Celui-ci devait être passé au poteau d’exécution en fin de matinée. L’armée française n’avait quant à elle perdu qu’un seul homme. Mola ne put résister à l’envie morbide de se rendre sur le lieu de l’exécution. Il y trouva énormément de monde. C’était comme si le tout Nawedi s’y était déporté. « Scorpion noir » et ses compagnons étaient déjà attachés aux poteaux d’exécution. Les militaires français les avaient placés devant un monticule de telle manière que les balles des fusils qui allaient être tirées et qui pouvaient manquer leur cible, partent s’y loger. Un sous-officier noir commandait la troupe de soldats chargés de l’exécution, tandis que des officiers français se tenaient dans un coin de la cour.

—Avez-vous une dernière parole, avant que l’on vous bande les yeux ? avait-il demandé, d’une voix remplie de dédain, à « scorpion noir » et à ses compagnons.

En guise de réponse, ce dernier avait entonné un chant. Celui-ci avait aussitôt été repris dans ses compagnons.

Afrique

Afrique noire

O ma mère infortunée

Assez des pleurs

Et de l’injustice

Des temps passés

Nous luttons

Pour te rendre

Ta liberté confisquée

Un jour où l’autre

Tes enfants la vivront enfin

Peu importe

Que nous autres

Ne soyons plus là

Mais tu seras libre

Afrique

Afrique noire

O ma mère infortunée

Assez des pleurs

Et de l’injustice

Des temps passés

Nous luttons

Pour te rendre

Ta liberté confisquée

Un jour où l’autre

Tes enfants la vivront enfin

Peu importe

Que nous autres

Ne soyons plus là

Mais tu seras libre

Après avoir achevé ce second chant, « scorpion noir » s’était adressé au sous-officier noir chargé de l’exécution.

—Toi, mon frère, ce que tu vas faire sous peu de temps, te pèsera sur la conscience jusqu’à la fin de tes jours. Tu revivras, inlassablement, ces moments honteux, où des envahisseurs blancs, ces Français qui se tiennent

là, à distance (il porta son regard sur les officiers français placés dans un coin de la cour) te demandent de tirer sur tes frères qui luttent pour que toi-même tu cesses d’être un sous-homme, un captif entre leurs mains, un esclave, une vomissure, pour que tu deviennes, enfin, toi aussi, un homme à part entière comme ils estiment l’être, exactement comme tu l’étais avant ce jour de malheur où ces gens sont arrivés chez nous, la Bible à la main gauche, le fusil à la main droite. Tu revivras, inlassablement, ces moments honteux, mon frère, et des larmes inonderont tes yeux. Mais, tu n’y pourras plus rien, car il sera trop tard, beaucoup trop tard. J’en ai terminé.

Lorsque « scorpion noir » s’était tu, le sous-officier noir était demeuré, un instant, immobile, et sans pouvoir ouvrir la bouche. Puis, finalement, il avait demandé à « scorpion noir » s’il désirait que ses yeux soient bandés. Celui-ci avait répondu par la négative. Alors, le sous-officier avait ordonné à ses soldats : « Présenteeeeezzzz aaaarrmes !!!! En joue !!! A mon commandement !!!!! ….feu !!! » A ces mots, les fusils avaient pétaradé, en dégageant une fumée blanchâtre. Puis, les corps des maquisards avaient tressailli, s’étaient mis à être secoués par quelques spasmes, et, finalement, s’étaient affalés, sans tomber au sol, car retenus par les cordes qui les attachaient aux poteaux d’exécution.

* *

*

Mola était retourné à Ndututown en fin de journée. Il avait ramené le malade pour lequel il s’était déplacé. Il avait rapporté la scène de l’exécution de maquisards au Dr Bebey. Celui-ci, en écoutant le récit, en avait été profondément ému et attristé. Il s’était, du coup, souvenu qu’il avait été à la guerre, comme engagé volontaire, et s’était mis à le regretter amèrement. Il avait combattu au sein des Forces Françaises Libres, FFL, pour libérer la France du joug de l’Allemagne nazie, pendant la guerre de 1939-1945. Mais, voilà que cette même France se transformait, à son tour, en Allemagne nazie pour son pays, actuellement. Tel que « scorpion noir » et son groupe de résistants s’étaient comportés, de nombreux résistants français à l’invasion allemande l’avaient également fait. En France, ils ont été décorés, à titre posthume. Des rues, des places, des édifices publics, portent, à jamais, leurs noms à ce jour, afin que nul n’oublie leur sacrifice. Ici, qui songera jamais à décorer, à titre posthume, « scorpion noir », dès lors qu’il est traité en bandit par ces personnes, justement, qu’il désire libérer ?

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