Uranium : le Niger met fin à 50 ans de monopole français
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Uranium : le Niger met fin à 50 ans de monopole français

Pendant plus d'un demi-siècle, l'uranium nigérien a éclairé les villes d'Europe, tandis que les villes nigériennes restaient dans le noir.

Derrière la formule, il y a une réalité. Celle d'un pays qui a fourni la matière première de la bombe atomique française et de ses centrales nucléaires, sans jamais voir la lumière dans ses propres foyers. Ce vendredi, le Niger a annoncé qu'il vendrait désormais son uranium lui-même. En toute transparence. Et dans le respect de ses obligations de non-prolifération.

Un discours qui acte la rupture avec la France

Le Premier ministre nigérien n'a pas mâché ses mots. Devant les représentants des nations, Ali Mahaman Lamine Zeine a rappelé une réalité historique. « Pendant plus d'un demi-siècle, l'uranium du Niger a éclairé les villes d'Europe, tandis que les nôtres restaient dans l'obscurité », a-t-il déclaré. Avant d'ajouter : « Cette injustice a désormais pris fin. C'est terminé. »

La phrase est courte. Elle claque. Elle résume des décennies de frustration.

Depuis 1971, la Société des mines de l'Aïr (SOMAÏR) exploitait l'uranium d'Arlit. L'entreprise était détenue à 63,4 % par le groupe français Orano, anciennement Areva. Le Niger, lui, n'en détenait que 36,6 % via sa société Sopamin. Sur les 80 518 tonnes d'uranium produites entre 1971 et 2024, 86,3 % ont été commercialisées par Orano, selon les autorités nigériennes.

Un demi-siècle d'uranium, et des villes dans le noir

Le contraste est brutal. D'un côté, des centrales nucléaires en France, alimentées par le minerai nigérien. De l'autre, Niamey, la capitale, privée d'électricité pendant de longues heures. Des ateliers de soudure qui tournent au ralenti. Des salons de coiffure qui s'arrêtent au milieu d'une coupe. Des poissonneries qui jettent leur marchandise faute de froid.

« Dans la journée, nous pouvons avoir trois à quatre coupures, ce qui nous empêche de travailler », confiait un coiffeur de Niamey en juin 2025.

Ce paradoxe, le Premier ministre l'a porté à la tribune de l'ONU. Il n'a pas seulement parlé d'énergie. Il a parlé de dignité.

La nationalisation de SOMAÏR, point de bascule

La rupture ne date pas de ce vendredi. Elle a commencé en juillet 2023, après le coup d'État qui a porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir. Depuis, Niamey a démantelé les accords miniers hérités de la période française.

En juin 2024, Orano a perdu son permis d'exploitation du gisement d'Imouraren, l'un des plus grands gisements d'uranium non exploités au monde. En juin 2025, la SOMAÏR a été nationalisée. En août 2026, le permis d'Arlit a été transféré à une nouvelle société publique, la TELOUA Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO SA). Le nom « Teloua » fait référence à l'aquifère souterrain qui alimentait la mine de COMINAK, exploitée par Orano de 1978 à 2021.

« En juin 2025, l'État du Niger a repris le contrôle de la Société des mines de l'Aïr. Nos ressources sont désormais gérées par nous et pour nous », a rappelé Ali Mahaman Lamine Zeine.

Un stock de 1 000 tonnes et des convoitises

Il reste un détail qui n'en est pas un. À Arlit, environ 1 400 tonnes de concentré d'uranium, du « yellowcake », sont stockées depuis la fin de l'année 2025. Valeur estimée : 250 millions d'euros.

Orano a obtenu une mesure conservatoire auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) pour bloquer la vente. Mais la pression est là. La France soupçonne la Russie d'organiser le transfert de 1 000 tonnes de ce stock vers le port de Lomé, au Togo. Un périple de 1 500 kilomètres à travers trois pays. Des camions auraient été aperçus quittant la mine, encadrés par des militaires.

Niamey dément. Moscou reste silencieux. Et l'uranium, lui, attend.

Russie, Iran, Chine : la nouvelle donne

Le Niger ne veut plus d'un seul client. Il veut vendre à qui veut acheter. En toute transparence, promet le Premier ministre. Mais dans les chancelleries, la question est autre. Qui sont les acheteurs ?

La Chine et l'Iran ont manifesté leur intérêt. La Russie aussi, via le groupe public Rosatom. Le Niger a même voté aux côtés de la Russie et de la Chine contre une résolution soutenue par les États-Unis au Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Un signal.

Le directeur de l'AIEA s'est rendu à Arlit en mars dernier. Officiellement pour vérifier les stocks. Officieusement, pour s'assurer que l'uranium nigérien ne finisse pas dans un programme militaire non déclaré.

Le Niger, lui, répète qu'il respectera ses obligations de non-prolifération. « En toute transparence », insiste Ali Mahaman Lamine Zeine.

Le discours de l'ONU acte une rupture. Il ne la crée pas. La rupture est déjà là, dans les faits, depuis la nationalisation de SOMAÏR. Ce qui change, c'est le cadre. Le Niger ne se contente plus de reprendre ses mines. Il annonce qu'il vendra lui-même sa production.

Reste à savoir à qui. Et à quel prix. Les marchés internationaux de l'uranium sont opaques. Les contrats se négocient entre États et entreprises, loin des regards. Le Niger devra trouver des acheteurs prêts à ignorer les pressions françaises et les procédures judiciaires en cours.

Une chose est sûre. À Arlit, le yellowcake attend toujours. Et à Niamey, les coupures d'électricité continuent.


Pourquoi le Niger veut-il vendre son uranium lui-même ?
Parce que pendant plus de 50 ans, l'uranium nigérien a été exploité et commercialisé principalement par la France, via Orano, sans que les Nigériens en bénéficient directement.

Qu'est-ce que la SOMAÏR ?
La Société des mines de l'Aïr est l'entreprise qui exploitait la mine d'uranium d'Arlit. Elle était détenue à 63,4 % par Orano et à 36,6 % par l'État nigérien. Elle a été nationalisée en juin 2025.

Le Niger peut-il vendre son uranium à la Russie ou à l'Iran ?
Le Niger a déclaré vouloir vendre sur le marché international, en respectant ses obligations de non-prolifération. La Russie, la Chine et l'Iran ont manifesté leur intérêt, mais aucune vente n'a été confirmée à ce stade.

Où se trouve l'uranium du Niger ?
Principalement dans la région d'Arlit, dans le nord du pays, près de la ville d'Agadez.

Le Niger produit-il encore de l'uranium ?
La production a fortement chuté. La SOMAÏR a enregistré un déficit de production de plus de 80 % par rapport à sa capacité nominale. Le projet Dasa, porté par la société canadienne Global Atomic, doit entrer en production en 2026.

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