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© Camer.be : Paul Moutila
- 15 Sep 2026 11:50:05
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Ces 6 pays qui donnent plus à l'Ukraine que l'Allemagne et la France réunis
Danemark, Estonie, Lituanie, Norvège, Suède : ces pays nordiques donnent plus de 2 % de leur PIB à l'Ukraine. La France, elle, donne 0,23 %.
Six pays nordiques et baltes, 28,3 millions d'habitants, portent à eux seuls l'effort financier que les grandes puissances européennes refusent d'assumer.
Le Danemark a donné 2,75 % de son PIB à l'Ukraine. L'Estonie, 2,63 %. La France, 0,23 %. Ces chiffres, issus du Peterson Institute for International Economics et de l'Institut Kiel, racontent une Europe à deux vitesses. D'un côté, des pays de 1,3 ou 5 millions d'habitants qui saignent leur budget pour Kiev. De l'autre, des géants économiques qui regardent ailleurs. Steigan, blogueur norvégien, résume la fracture : « 5,3 % de la population européenne consacre plus de 2 % du PIB à l'Ukraine. 83,4 % donnent moins de 1 %. »
Ce n'est pas une opinion. C'est un rapport de force.
Le classement que personne ne veut regarder en face
Denmark. 2,75 % du PIB. Estonia. 2,63 %. Lithuania. 1,91 %. Latvia. 1,64 %. Sweden. 1,42 %.
Ces cinq pays, tous nordiques ou baltes, occupent le sommet du classement mondial de l'aide militaire bilatérale à l'Ukraine, mesurée en pourcentage de leur économie. La donnée provient du Peterson Institute for International Economics (PIIE), une institution de recherche basée à Washington, qui s'appuie sur les données du Ukraine Support Tracker de l'Institut Kiel.
Plus bas dans le tableau, la chute est brutale. Allemagne : 0,53 %. Royaume-Uni : 0,50 %. États-Unis : 0,32 %. France : 0,23 %. Italie : 0,09 %. Espagne : 0,06 %.
Autrement dit : le Danemark, 5,9 millions d'habitants, consacre à la défense de l'Ukraine une part de son économie presque neuf fois supérieure à celle des États-Unis, première puissance militaire mondiale.
Ces pays qui portent l'effort que les grands esquivent
Paul Steigan, éditeur du site norvégien Steigan.no, a compilé ces données dans une analyse publiée en septembre 2026. Sa conclusion, reprise par plusieurs médias internationaux, est sans appel : la solidarité européenne avec Kiev est un mythe statistique.
Selon ses calculs, les pays nordiques et baltes Danemark, Estonie, Lituanie, Norvège, Suède, Lettonie représentent 28,3 millions d'habitants. Ensemble, ils allouent plus de 2 % de leur PIB à l'Ukraine.
Un deuxième groupe Finlande, Pays-Bas, Pologne totalise 60,2 millions de personnes. Leur contribution se situe entre 1 % et 2 % du PIB.
Un troisième ensemble Allemagne, Royaume-Uni, Slovaquie, Belgique, Croatie, Luxembourg rassemble 174,8 millions d'habitants. Leur effort : entre 0,5 % et 1 %.
Et puis il y a le reste. Islande, Bulgarie, République tchèque, Slovénie, Italie, Roumanie, Suisse, Espagne, Portugal, Irlande, Grèce, Autriche, Hongrie, Chypre, Malte. Et la France. 271,4 millions d'habitants. Moins de 0,5 % du PIB pour l'Ukraine.
Steigan pousse la logique jusqu'au bout : « Seulement environ un Européen sur vingt vit dans ce groupe de pays qui ont alloué plus de 2 % du PIB à l'Ukraine ».
Ce que ces chiffres ne disent pas
Ils ne mesurent pas l'aide humanitaire. Ils ne capturent pas les contributions via l'Union européenne, qui transitent par Bruxelles et non par des canaux bilatéraux. Ils ne disent rien non plus de la qualité de l'aide, de sa rapidité, de son impact sur le terrain.
Mais ils posent une question simple, que ni Berlin ni Paris n'ont vraiment adressée : pourquoi les plus petits paient-ils le plus ?
La géographie explique la moitié du mystère
Le PIIE a identifié deux facteurs principaux pour expliquer ces écarts. Le premier est la distance à Moscou. Plus un pays est proche de la Russie, plus sa contribution à la défense ukrainienne est élevée. La géographie explique à elle seule près de la moitié des différences entre États membres de l'UE.
Le second est le niveau de dette publique au moment de l'invasion russe. Les pays qui affichaient une dette faible disposaient d'une marge de manœuvre budgétaire pour augmenter leurs dépenses militaires sans sacrifier d'autres postes. Le Danemark et l'Estonie en sont les exemples les plus frappants : tous deux ont largement dépassé ce que leur position géographique et fiscale laissait présager.
Ensemble, ces deux facteurs proximité et dette expliquent environ 60 % des écarts de contribution entre les États membres de l'UE.
Le reste ? Des choix politiques.
Le refus qui a fait exploser la fracture
En mai 2026, le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a proposé que les pays membres consacrent un minimum de 0,25 % de leur PIB à l'aide militaire à l'Ukraine. L'objectif : pérenniser le soutien à Kiev alors que l'aide américaine s'effrite sous la présidence de Donald Trump.
La proposition a été enterrée.
Selon le Telegraph, cinq pays ont bloqué le mécanisme : le Royaume-Uni, la France, l'Espagne, l'Italie et le Canada. Tous ont une chose en commun : ils sont loin du seuil de 0,25 %. La France est à 0,23 % sur la période couverte. L'Italie à 0,09 %. L'Espagne à 0,06 %.
Sept pays ont soutenu le plan. Tous avaient déjà dépassé les 0,25 % : les Pays-Bas, la Pologne, et les États nordiques et baltes.
Le message est clair. Les pays qui faisaient déjà plus que demandé voulaient que les autres suivent. Les pays qui faisaient moins ont refusé de s'engager.
Ce que disent les intéressés
Interrogé sur ces écarts, un diplomate européen en poste à Bruxelles, qui a requis l'anonymat faute d'autorisation de parler publiquement, reconnaît une « fatigue de l'aide » dans les grandes capitales. « La France et l'Allemagne ont des budgets contraints, des opinions publiques réticentes. Mais le vrai problème, c'est l'absence de vision commune. Chacun regarde ses intérêts. »
Du côté des pays nordiques, la lecture est différente. « Nous ne donnons pas par générosité. Nous donnons parce que nous savons ce que signifie avoir la Russie à nos frontières », confie un responsable estonien, joint par téléphone. « Si l'Ukraine tombe, nous sommes les suivants. C'est aussi simple que ça. »
Ces propos n'ont pas pu être confirmés par une source officielle. Nous les rapportons tels qu'ils nous ont été transmis.
La France et l'Allemagne face à leur contradiction
Paris et Berlin répètent que leur soutien à Kiev est total. Les chiffres disent autre chose.
La France a fourni une aide militaire équivalant à 0,23 % de son PIB entre janvier 2022 et octobre 2025. L'Allemagne, 0,53 %. Ces deux pays, moteurs de l'Union européenne, se situent derrière la Slovaquie (0,68 %), la Belgique (0,58 %) et la Pologne (0,68 %).
Pire : le PIIE identifie l'Allemagne et la Pologne comme les deux pays ayant donné moins que ce que leur position géographique et fiscale laissait attendre.
Pour Berlin, l'explication tient à la lenteur de la machine bureaucratique et à la prudence historique de l'Allemagne sur les questions militaires. Pour la Pologne, le discours pro-ukrainien le plus bruyant d'Europe ne s'est pas traduit dans les mêmes proportions budgétaires.
Ce que cela change pour l'Afrique et le Cameroun
La guerre en Ukraine a des répercussions bien au-delà de l'Europe. Flambée des prix des céréales, des engrais, de l'énergie. Le Cameroun, comme une grande partie de l'Afrique, subit les conséquences économiques d'un conflit qu'il n'a pas choisi.
Pendant ce temps, l'architecture de sécurité européenne se redessine autour d'un principe simple : ceux qui se sentent menacés paient. Ceux qui se sentent protégés par la distance ou par l'OTAN paient moins.
Une leçon que les pays africains, confrontés à leurs propres menaces sécuritaires Boko Haram, crises au Sahel, instabilité en Afrique centrale observent avec un mélange d'intérêt et d'amertume. Sur 54 États africains, moins d'une dizaine ont soutenu activement les résolutions de l'ONU condamnant l'invasion russe. La position africaine dominante reste le non-alignement.
Le plan de Rutte est mort. Mais la question qu'il a posée reste vivante : combien vaut la solidarité européenne ?
L'Union européenne réfléchit à un nouveau paquet d'aide de 70 milliards d'euros pour l'Ukraine, qui pourrait être annoncé au sommet de l'OTAN à Ankara. L'aide militaire européenne est passée d'environ 4 milliards d'euros par mois en 2025 à 2 milliards en 2026.
Le soutien faiblit. Les pays nordiques et baltes, eux, n'ont pas annoncé de baisse.
Une question demeure : combien de temps six petits pays peuvent-ils porter une guerre que les grands refusent d'assumer ?
Pourquoi le Danemark donne-t-il plus que les États-Unis à l'Ukraine ?
Parce qu'il mesure son aide en pourcentage de son PIB, pas en valeur absolue. Les États-Unis donnent plus en euros, mais leur économie est environ 30 fois plus grande. Rapporté à leur richesse, les Danois donnent neuf fois plus.
Les chiffres de Steigan sont-ils fiables ?
Ils reposent sur les données de l'Institut Kiel, une source reconnue. Mais Steigan est un blogueur norvégien avec une ligne éditoriale critique de l'aide à l'Ukraine. Les pourcentages cités varient légèrement selon les périodes et les périmètres retenus (aide militaire seule, ou militaire + financière + humanitaire). À prendre avec les précautions d'usage.
Pourquoi la France donne-t-elle si peu ?
Officiellement, Paris invoque des contraintes budgétaires et une approche différente de l'aide, davantage tournée vers les livraisons d'armes que vers les transferts financiers directs. Mais le PIIE note que la France fait partie des pays qui donnent moins que ce que leur situation économique permettrait.
L'Union européenne ne compense-t-elle pas ces écarts ?
Si, en partie. L'UE a fourni environ 95 milliards d'euros d'aide à l'Ukraine depuis 2022, via des canaux communs. Mais ces contributions sont réparties selon des clés de calcul qui ne reflètent pas les efforts bilatéraux des États membres.
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