SOSUCAM : au-delà de la polémique, le vrai défi du Cameroun
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SOSUCAM : au-delà de la polémique, le vrai défi du Cameroun

Reprise de SOSUCAM par un consortium camerounais : 138 milliards FCFA d'investissement. Mais au-delà du propriétaire, c'est tout un modèle économique qui se joue. 

La polémique autour de la reprise de SOSUCAM ne doit pas nous enfermer dans un débat identitaire. Elle doit nous pousser à regarder plus loin : le Cameroun est-il enfin capable d'organiser son propre capital pour reprendre, développer et transformer ses actifs productifs ?

Le 13 août 2026, Somdiaa, filiale du groupe français Castel, a signé un accord pour céder ses 82 % dans la Société Sucrière du Cameroun (SOSUCAM) à un consortium de cinq investisseurs camerounais. Trois jours plus tard, le gouvernement camerounais suspendait l'opération.

Derrière ce feuilleton économique, une question plus vaste émerge. SOSUCAM, c'est 25 000 hectares de terres cultivables, environ 8 000 emplois directs et indirects, et une place centrale dans l'approvisionnement national en sucre. C'est un écosystème productif, un territoire économique à part entière.

Alors que le consortium mené par Joseph Pagop Noupoué propose un programme d'investissement de près de 138 milliards de FCFA, le débat ne devrait pas se limiter à savoir qui sera le prochain propriétaire. Il devrait porter sur une question autrement plus stratégique : comment le Cameroun peut-il organiser son capital pour transformer ses actifs productifs en richesse durable ?

SOSUCAM, un fleuron national en jeu

Créée en 1965, SOSUCAM est le premier producteur de sucre du Cameroun. Avec une capacité de production oscillant entre 120 000 et 160 000 tonnes par an, elle couvre une part essentielle des besoins nationaux, estimés à environ 300 000 tonnes annuelles.

L'entreprise, filiale du groupe Somdiaa, est un pilier de l'économie camerounaise. Elle génère des milliers d'emplois directs et indirects, soutient des filières agricoles entières et participe à l'équilibre des zones rurales où elle est implantée.

Mais Somdiaa, résolu à se retirer en raison de la baisse de la productivité et de la chute des performances, a entamé un processus de cession qui a rapidement pris une tournure politique.

Le consortium camerounais et son projet ambitieux

Le 13 août 2026, Somdiaa a signé un accord de cession avec un consortium de cinq investisseurs camerounais. Mené par Joseph Pagop Noupoué, ce groupe d'hommes et de femmes d'affaires avocats, financiers, industriels et experts-comptables a proposé un programme d'investissement de près de 138 milliards de FCFA.

Un montant qui témoigne d'une capacité financière et d'une ambition rarement vues dans le paysage économique camerounais. Pour plusieurs observateurs, cette reprise par des investisseurs locaux pourrait constituer un signal fort en faveur d'une plus grande souveraineté économique.

Le gouvernement suspend la vente

Mais le 16 août 2026, le gouvernement camerounais a mis un coup d'arrêt au processus. Dans une correspondance datée du 10 août, Balungeli Confiance Ebune, directeur de cabinet du Premier ministre, a confirmé que « les services du chef du gouvernement ont pris acte de la volonté du groupe agro-industriel de céder sa participation ».

Un comité stratégique de pilotage (CSP) a été institué pour examiner l'ensemble des implications de l'opération. Disposant de six mois pour rendre ses conclusions, le comité est chargé de formuler des recommandations permettant au gouvernement d'arrêter sa position.

En attendant, Somdiaa a été priée de surseoir à toute démarche liée au projet de cession. Le gouvernement a rappelé que « l'État camerounais demeure propriétaire des terres cultivables mises en bail à Sosucam » un rappel qui souligne l'ancrage foncier, donc souverain, de l'enjeu.

La polémique identitaire

Dans les coulisses, le débat a rapidement pris une tournure communautaire. L'étiquette identitaire collée au consortium dont les membres sont majoritairement issus de l'Ouest a servi à justifier l'éviction de leur offre.

Certains analystes y voient un dangereux précédent. Comme le souligne Olivier Mbitom dans une analyse publiée par Actu Cameroun, « si l'argument du rejet repose, en coulisses ou en surface, sur l'appartenance communautaire des repreneurs, le Cameroun franchit un cap dangereux où le repli identitaire l'emporte sur la rationalité industrielle et la sécurité alimentaire ».

Pour d'autres, ce blocage confirme que « pour certains cercles du pouvoir, il vaut mieux voir la SOSUCAM dépérir ou repasser sous pavillon étranger plutôt que de voir un groupe d'investisseurs locaux autonomes contrôler un fleuron stratégique ».

Au-delà du propriétaire, le modèle

Mais la véritable question n'est peut-être pas là. Comme le rappelle le texte qui a inspiré cette réflexion, « SOSUCAM, ce n'est pas seulement une usine. C'est un écosystème productif : des terres, des agriculteurs, des milliers de travailleurs, de l'eau, de l'irrigation, des infrastructures, de la logistique, de l'énergie, des sous-traitants, des marchés et des revenus. Autrement dit, SOSUCAM est aussi un territoire économique. »

Le véritable défi du Cameroun est désormais devant nous : comment organiser une capitalisation massive de nos terres, de notre agriculture, de nos entreprises et de nos territoires ?

Organiser le capital : le rôle du FMBA et du holding territorial

C'est dans cette perspective que des initiatives comme le SOMILBA (Conseil mondial de la communauté bamilékée), le Fonds mondial bamiléké pour le développement et la solidarité (FMBA) et le holding territorial solidariste prennent tout leur sens.

Le FMBA peut contribuer à mobiliser l'épargne, les compétences et les capacités d'investissement d'une communauté, sans enfermer cette dynamique dans une logique de repli. Le holding territorial, lui, peut donner à ce capital une force de frappe économique : investir, prendre des participations, développer des filières, accompagner des entreprises et bâtir des infrastructures productives.

Agriculture, industrie, énergie, logistique, infrastructures, transformation locale : le capital doit retourner au travail. Et le travail doit produire de la richesse.

Le solidarisme africain comme modèle

C'est toute la logique du solidarisme africain : mobiliser le capital par la solidarité, l'organiser par le territoire et le mettre au service du travail et du développement.

« Nous ne devons pas nous contenter de créer des propriétaires camerounais, souligne le texte fondateur de cette réflexion. Nous devons créer une puissance productive camerounaise. Une puissance capable de posséder, d'investir, de produire, de transformer et de transmettre. »

SOSUCAM pourrait n'être qu'un commencement. Le temps n'est plus seulement venu de parler de souveraineté économique. Le temps est venu de l'organiser.

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