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© Camer.be : Paul Moutila
- 01 Sep 2026 11:50:47
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Cameroun - RDPC : la justice peut-elle annuler les investitures ?
Nullité des résolutions RDPC de 2016 : un militant saisit le Tribunal de Mfoundi. Paul Biya et les instances dirigeantes du parti au pouvoir visés.
Le mandat de Paul Biya à la tête du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais est officiellement échu depuis septembre 2016 et c'est un militant du parti lui-même qui le dit, textes à l'appui.
Qui ? Léon Theiller Onana, conseiller municipal RDPC de Monatélé. Quoi ? Une requête en nullité des résolutions du Bureau politique du 3 novembre 2016. Quand ? Dépôt le 2 juillet 2025, procédure toujours pendante en 2026. Où ? Devant le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi, à Yaoundé. Pourquoi ? Parce que, selon l'argumentation juridique, les résolutions de 2016 ont été prises deux mois après l'expiration du mandat des membres du Bureau politique les rendant nulles et de nul effet.
Mais ce n'est pas qu'une affaire de statuts. C'est une bombe à retardement juridique placée sous les fondations du parti qui tient le Cameroun depuis plus de quatre décennies.
Un congrès qui n'a jamais eu lieu
Le dernier congrès ordinaire du RDPC s'est tenu les 15 et 16 septembre 2011. Paul Biya y a été réélu à la tête de son parti. Les statuts du RDPC sont clairs : l'article 18 dispose que le congrès doit se tenir tous les cinq ans. Le congrès élit le président national et les membres du comité central.
Le mandat des instances dirigeantes du RDPC devait donc expirer en septembre 2016.
Mais le congrès n'a pas eu lieu.
À la place, le 3 novembre 2016, au Palais de l'Unité, le Bureau politique du RDPC présidé par Paul Biya a adopté quatre résolutions : prorogation du mandat du Président National, prorogation du mandat du Comité central et du Bureau politique, prorogation des mandats des bureaux nationaux de l'OFRDPC et de l'OJRDPC. Les motifs invoqués : le Palais des Congrès en chantier, la lutte contre Boko Haram, la catastrophe ferroviaire d'Eséka, la CAN féminine, la conjoncture économique.
Une prorogation juridiquement impossible
Le problème, c'est que le Bureau politique lui-même n'était plus régulièrement constitué à cette date. L'article 26 alinéa 2 des statuts prévoit que le Bureau politique se compose de trente membres issus du Comité central. Or, comme le souligne la requête, "les statuts n'ayant pas prévu de quorum minimum pour les délibérations du Bureau politique, la présence de l'ensemble des membres qui composent cette instance est un impératif absolu". Aucune fiche d'émargement signée par les trente membres n'a jamais été produite.
Plus grave encore : en droit, une prorogation suppose un délai encore non écoulé. Un mandat déjà échu ne peut être prorogé il ne peut qu'être renouvelé, selon une procédure distincte et plus exigeante. La réunion du 3 novembre 2016 a eu lieu deux mois après l'expiration du mandat des membres du Bureau politique.
"Les résolutions prises par le fameux Bureau Politique réuni le 03 Novembre 2016 sont nulles et de nuls effets, car découlant de personnes n'ayant pas de capacité et de qualité pour agir" , argue la requête.
L'homme qui défie son propre parti de l'intérieur
Léon Theiller Onana, 37 ans, conseiller municipal RDPC à Monatélé, militant depuis 2019, n'est pas un opposant. C'est un insider. Et c'est précisément ce qui rend son offensive redoutable.
En mars 2025, il saisit le juge des référés pour demander la désignation d'un mandataire ad hoc chargé d'organiser un congrès. "Notre parti n'a pas à sa tête un président national qui peut également être candidat à l'élection présidentielle. Le comité central usurpe tout simplement le poste" , déclare-t-il.
En juillet 2025, il dépose une requête en nullité des résolutions de 2016 devant le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi. Il demande que soient déclarées "nulles et de nuls effets" les résolutions du 3 novembre 2016, ainsi que "tous les actes pris par le Président National de fait, les membres du Comité Central et les membres du Bureau Politique sur le fondement des résolutions contestées" .
"J'appartiens à une génération qui ne souhaite plus que les choses soient comme ça" , confie-t-il. "On ne peut pas être dans un parti où tout est figé autour d'un individu. La preuve : le pagne du RDPC est à l'effigie du président."
L'OMP entre dans la danse
Le 1er septembre 2026, l'Organisation du Mouvement Patriotique (OMP) dont Léon Theiller Onana est désormais le président national publie un communiqué qui élargit le champ du combat. L'OMP dénonce l'attitude du ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, dans le dossier du MRC, et exige le même traitement pour le RDPC.
Les annonces sont lourdes de conséquences :
1. L'OMP demandera à ELECAM et au Conseil Constitutionnel de rejeter toute liste du RDPC présentée sans congrès légal préalable.
2. L'OMP exigera une application impartiale de la loi, "sans traitement différencié entre le parti au pouvoir et les formations politiques de l'opposition" .
3. L'OMP invite Paul Atanga Nji à "appliquer au RDPC la même vigilance juridique que celle qu'il déploie sur les autres formations politiques" .
"Il ne peut y avoir une loi pour l'opposition et une autre pour le RDPC. La République ne connaît qu'une seule loi, applicable à tous."
Une procédure toujours pendante
Selon l'OMP, la requête déposée le 2 juillet 2025 "n'a à ce jour jamais été tranchée" . Aucune décision définitive n'a clos la procédure.
Mais le silence judiciaire est éloquent. Comme le souligne un analyseur, "avec une justice réellement autonome, le recours déposé par Léon Theiller Onana qui a contesté la légalité du fonctionnement du parti aurait abouti. Il n'a pas abouti. Ce silence judiciaire dit lui-même quelque chose sur l'état de l'État."
L'enjeu : des investitures potentiellement illégales
La question n'est pas seulement théorique. Selon les statuts du RDPC, les investitures aux élections locales relèvent exclusivement du Comité central. Or le Comité central ne tient plus de réunions depuis des années. "Toutes les investitures électorales accordées par le RDPC depuis lors sont potentiellement dépourvues de base légale interne" .
À l'approche des élections législatives et municipales, la régularité de la composition et du mandat du Comité central "constitue une question déterminante" , souligne l'OMP.
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