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© Camer.be : Paul Moutila
- 19 Aug 2026 20:34:59
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Audit SNH : quand la première entreprise du Cameroun déraille
Audit SNH : six ans sans AG, des milliards opaques à Dubaï, une participation non déclarée. Les révélations d'Africa Intelligence ébranlent le géant pétrolier camerounais.
L'audit de la Chambre des Comptes, révélé par Africa Intelligence ce 19 août 2026, met en lumière six années sans assemblée générale, des créances douteuses et une participation de plusieurs milliards de francs CFA dans le projet CSTAR à Dubaï qui n'apparaît pas dans les comptes de la Société nationale des hydrocarbures.
Une participation de plusieurs milliards de francs CFA dans le projet CSTAR qui n'apparaît pas dans ses états financiers.
La phrase est lourde de sens. Elle résume l'essentiel des révélations de l'audit de la SNH. Alors que le président Paul Biya est toujours à Genève et que le Cameroun négocie un nouveau programme avec le FMI, ce scandale ébranle les fondations du premier contributeur au budget de l'État.
DES ANNÉES DE GOUVERNANCE OPAQUE
L'audit de la Chambre des Comptes, dont Africa Intelligence a révélé les conclusions le 19 août 2026, dresse un tableau accablant de la gestion de la SNH. Le rapport pointe des « réserves alarmantes » sur la gouvernance et les comptes de l'entreprise.
Parmi les principales irrégularités :
- Six ans sans assemblée générale : la SNH n'a pas tenu d'AG depuis 2020, privant les actionnaires de tout contrôle.
- Des créances douteuses : des millions de francs CFA sont bloqués dans des comptes dont la fiabilité est incertaine.
- Une participation non déclarée dans le projet CSTAR : plusieurs milliards de francs CFA ont été investis à Dubaï sans apparaître dans les états financiers.
Ce dernier point est particulièrement sensible. CSTAR, un projet pétrolier basé à Dubaï, est au cœur de nombreuses spéculations. Selon des sources concordantes, la SNH y détient une participation importante, mais celle-ci reste invisible dans les comptes officiels.
NATHALIE MOUDIKI, LA PATRONNE DE FAIT
Depuis près de trois ans, Adolphe Moudiki, 88 ans, l'administrateur-directeur général de la SNH, a disparu de la vie publique. Ni conférence de presse, ni conseil d'administration, ni forum international. En octobre 2024, alors que le Cameroun accueillait la session annuelle de l'Organisation des pays africains producteurs de pétrole, c'est un ministre qui a dû représenter le pays.
À sa place, une femme : son épouse.
Nathalie Moudiki, directrice des Affaires juridiques et conseiller n°2 de la SNH, est devenue la véritable patronne de fait du géant pétrolier. Elle a représenté le Cameroun à l'APPO, présidé le conseil d'administration de CSTAR à Dubaï, et accueilli des dignitaires étrangers.
« Ce n'est pas une succession. Ce n'est pas une délégation. C'est une vacance déguisée en direction. »
La lettre ouverte d'Akere T. Muna, fondateur de Transparency International Cameroun, résume la situation. L'ancien bâtonnier a adressé une lettre devenue virale à Nathalie Moudiki, qu'il accuse de diriger la SNH « de fait ». Selon lui, les pratiques de l'entreprise ont été marquées par des « écarts de prix » et des opérations opaques, notamment dans le cadre du scandale Glencore.
UNE EMPRISE QUI SE RESSERRE
Jeune Afrique avait déjà documenté, en février 2026, comment « le clan Moudiki a verrouillé son emprise sur la SNH ». Un remaniement interne, présenté comme technique, a en réalité renforcé le pouvoir de Nathalie Moudiki au sein de l'appareil décisionnel du groupe.
En mars 2026, une révélation de Jeune Afrique a encore accru les inquiétudes : Adolphe Moudiki a informé la Commission mixte Cameroun-Nigeria que la SNH y serait désormais représentée par « son épouse ». Une décision qui a « surpris en interne ».
Nathalie Moudiki est également proche de la Première dame Chantal Biya, ce qui lui confère une influence considérable au sein du sérail présidentiel.
LES CONSÉQUENCES FINANCIÈRES : LE FMI ET FITCH RATINGS EN ALERTE
Les révélations de l'audit surviennent à un moment critique pour l'économie camerounaise. Le ratio dette/PIB du pays atteint 44,2 %, et les agences de notation, comme Fitch Ratings, tirent la sonnette d'alarme depuis des mois.
En avril 2026, Fitch Ratings a maintenu la note souveraine du Cameroun à « B » avec une perspective négative. L'agence a pointé du doigt les « interventions opaques et hors budget de la SNH » comme la menace la plus grave pour la solvabilité du pays.
Le FMI, qui travaille avec les autorités camerounaises à un nouveau programme pluriannuel de soutien, a également appelé à une consolidation budgétaire et à un contrôle strict des dépenses hors budget. Les dérapages budgétaires liés aux interventions de la SNH sont au cœur des préoccupations du Fonds.
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