-
© Camer.be : Paul Moutila
- 19 Aug 2026 00:48:19
- |
- 317
- |
Guinée - ECO ou franc guinéen ? La Guinée a choisi sa souveraineté
La Guinée a annoncé qu'elle conserverait le franc guinéen et n'adopterait pas l'ECO, la future monnaie unique de la CEDEAO. Un choix de souveraineté qui plonge ses racines dans le « non » de 1958.
Alors que la CEDEAO prépare le lancement de l'ECO en 2027, la Guinée réaffirme son attachement au franc guinéen, une monnaie créée il y a 66 ans par Ahmed Sékou Touré comme acte fondateur de souveraineté économique.
La Guinée a tranché. Alors que la CEDEAO s'apprête à lancer l'ECO, sa future monnaie unique, en 2027, Conakry a annoncé qu'elle conserverait le franc guinéen. Une décision qui n'est pas un simple calcul économique. C'est un héritage. Celui d'Ahmed Sékou Touré qui, en 1958, fut le seul dirigeant africain à dire « non » au général de Gaulle. Pour lui, l'indépendance politique sans indépendance monétaire était une illusion. Soixante-six ans plus tard, la Guinée de Mamadi Doumbouya assume le même refus. Mais pourquoi ce pays, riche en bauxite et en or, choisit-il de faire cavalier seul ? Et que dit ce choix sur les limites du projet ECO ?
Août 2026 : la Guinée dit non à l'ECO et s'assoit à la table des négociations
Début août 2026, le gouvernement guinéen a réaffirmé son attachement au franc guinéen et écarté, pour l'heure, l'adoption de l'ECO, la future monnaie unique de la CEDEAO. Le message, martelé par les autorités, tient en une formule : la Guinée bat sa propre monnaie depuis plus de soixante-cinq ans, et cette monnaie est un symbole de souveraineté économique.
Le porte-parole du gouvernement, Faya François Bourouno, a déclaré que le président Mamadi Doumbouya estime que le franc guinéen demeure « un pilier de la souveraineté économique du pays et un instrument essentiel de sa stratégie de développement ». Pourtant, dans le même mouvement, Conakry a rejoint la Task Force présidentielle chargée de piloter le programme de l'ECO. Refuser la monnaie tout en s'asseyant à la table qui la conçoit : le paradoxe est assumé.
1958 : le « non » qui a changé l'histoire de l'Afrique
Pour comprendre ce choix, il faut remonter à 1958. Cette année-là, le général de Gaulle soumet aux colonies françaises d'Afrique un référendum sur un projet de Communauté franco-africaine. Sous la houlette d'Ahmed Sékou Touré, jeune syndicaliste charismatique, la Guinée est le seul territoire à voter « non ». Dans la foulée, le pays proclame son indépendance, le 2 octobre 1958.
La France ne digère pas l'affront. Paris adopte des mesures de rétorsion politiques et économiques, parmi lesquelles l'exclusion de la Guinée de la zone franc. Pourtant, Sékou Touré avait d'abord demandé à rester dans la zone franc. Mais la France rappelle tout son personnel. La Guinée doit faire sans.
1960 : la création du franc guinéen, un acte de souveraineté totale
Le 1er mars 1960, Ahmed Sékou Touré crée le franc guinéen. Une décision qui n'est pas seulement technique : c'est un acte politique fondateur. Comme le rappelle TV5 Monde, l'expérience de la souveraineté monétaire guinéenne prouve, aujourd'hui encore, que « le pouvoir de battre monnaie ne peut être qu'un moyen au service d'une saine gestion budgétaire ». Pour Sékou Touré, obtenir une indépendance politique tout en conservant une dépendance économique et monétaire vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale était une contradiction insoluble.
Pourquoi la Guinée refuse l'ECO aujourd'hui : trois raisons qui pèsent lourd
Les raisons de ce refus sont multiples. D'abord, des raisons économiques . La Guinée n'échange que 16 % de ses marchandises avec ses six voisins ouest-africains ; plus de 80 % de ses exportations vont en Asie, principalement en Chine. Intégrer une zone monétaire avec des pays avec lesquels elle commerce peu aurait un coût.
Ensuite, des critères de convergence difficiles à remplir . Comme le souligne l'économiste Bella Bah, « la Guinée n'a pas intérêt à court terme à intégrer une zone monétaire parce que d'abord, nous devons beaucoup travailler sur notre économie et sur notre capacité de production ». Les critères de convergence plafonnement du déficit public, inflation contenue, endettement maîtrisé risquent d'asphyxier une économie qui n'a pas encore atteint un niveau de production suffisant.
Enfin, un contexte politique . La Guinée traverse une transition post-coup d'État depuis septembre 2021. Adhérer à un projet monétaire piloté par la CEDEAO, avec laquelle les relations ont été tendues, aurait supposé un alignement politique difficilement compatible avec la ligne de fermeté défendue par les autorités actuelles.
ECO : changement de nom ou changement de monnaie ?
Le projet ECO soulève une question fondamentale. En 2019, la France et la Côte d'Ivoire ont annoncé que le franc CFA serait remplacé par l'ECO. Mais pour de nombreux observateurs, seul le nom changeait, tandis qu'une partie de l'architecture monétaire restait la même. La France resterait le garant financier de la monnaie et celle-ci conserverait une parité fixe avec l'euro.
L'histoire de l'ECO est d'ailleurs plus complexe. L'idée d'une monnaie commune ouest-africaine remonte à 1983. Huit ans après la création de la CEDEAO, plusieurs pays anglophones Nigeria, Ghana, Gambie, Sierra Leone, Guinée se sont réunis au sein de la Zone monétaire ouest-africaine, créée en 2000. Ce sont ces pays qui ont choisi le nom « ECO ». Mais l'ECO dont on parle aujourd'hui n'est pas le même projet que celui porté à l'origine par ces pays.
Un signal fort pour l'Afrique de l'Ouest
La position de la Guinée pourrait faire école. Le Nigeria, première économie de la région, oscille entre soutien de principe et réticences pratiques. Le Ghana avance avec prudence. Dans ce contexte, la Guinée offre un précédent : celui d'un État qui, sans dénoncer publiquement le projet, choisit de ne pas y participer.
Comme le résume Afrique Confidentielle, « refuser la monnaie tout en s'asseyant à la table qui la conçoit : le paradoxe est assumé ». La Guinée évite ainsi l'isolement tout en gardant la maîtrise de sa politique monétaire.
Une question qui reste ouverte
Le choix de la Guinée pose une question qui dépasse ses frontières : peut-on être véritablement souverain lorsque des leviers essentiels de son économie restent contrôlés ou influencés de l'extérieur ? C'est précisément autour de cette question que le débat sur le franc CFA continue de diviser. La Guinée, elle, a déjà répondu. Depuis 1960.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique ECONOMIE
Les + récents
N/A :: les + lus
ECO ou franc guinéen ? La Guinée a choisi sa souveraineté
- 19 August 2026
- /
- 1
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 248402
canal de vie
Vidéo de la semaine
évènement
