Zamboye : l'abattoir à ciel ouvert du Cameroun
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Zamboye : l'abattoir à ciel ouvert du Cameroun

Éboulement meurtrier à Zamboye : au moins 107 morts dans une mine d'or artisanale. Un drame annoncé aux portes de Garoua-Boulaï. Les recherches se poursuivent. 

107 corps déjà extraits des décombres du site aurifère de Zamboye, dans l'Est du Cameroun. Un drame qui n'est malheureusement pas un cas isolé dans une région où l'orpaillage tue en toute impunité.

« Le yacimiento est une exploitation minière artisanale où les opérations ne se réalisent pas conformément à la norme. »

Souleymane Bi, vice-maire de Zamboye côté centrafricain, résume en une phrase l'horreur. Un « abattoir à ciel ouvert » c'est ainsi que les habitants décrivent ce site tentaculaire de plusieurs hectares où la mort rôde à chaque coup de pioche.

Le drame : 107 corps et des recherches qui continuent

Hier, vers 15 heures, la terre a cédé. Sur le site d'exploration aurifère de Zamboye, un éboulement d'une violence inouïe a enseveli des dizaines d'orpailleurs sous des tonnes de boue et de débris. Selon le maire de la commune de Garoua-Boulaï, Adamou Abdon, 107 corps ont déjà été extraits des décombres. Un bilan provisoire, car les recherches doivent se poursuivre ce mercredi.

Les opérations de secours se heurtent à des conditions extrêmement difficiles. « Depuis 12 heures, les opérations se poursuivent pour extraire les corps ensevelis », témoigne Hamidou, une personne présente sur les lieux. Des engins lourds ont été mobilisés, mais leur utilisation pourrait dégrader les corps encore ensevelis sous les tonnes de terre. Face à cette difficulté, les secouristes ont choisi de poursuivre une partie des recherches manuellement.

Aucun bilan officiel n'a encore été communiqué par les autorités camerounaises. Du côté centrafricain, Souleymane Bi, vice-maire de Zamboye, confirme à l'agence EFE un bilan d'« au moins 100 morts », en précisant : « ce n'est pas la cifre finale et nous fournirons une mise à jour à la fin de la journée ».

Un site à cheval entre deux pays, géré sans règles

Le site de Zamboye s'étend sur plusieurs hectares à cheval entre le Cameroun et la République centrafricaine. La frontière est matérialisée par le fleuve Kadéï, dont le cours a été dévié au mépris de tout risque écologique pour faciliter la quête du précieux métal.

Sur place, une mosaïque humaine s'active dans la boue. Des Camerounais, bien sûr, mais aussi des Centrafricains, des Tchadiens, des Maliens, ainsi que des spécialistes burkinabè réputés pour leurs techniques d'extraction artisanale et le maniement de produits chimiques hautement toxiques. Si aucun opérateur chinois n'a été aperçu sur ce chantier précis, la présence d'exploitants locaux camerounais y est massive.

Le site est pourtant sous surveillance. L'accès fait l'objet d'un filtrage strict par un dispositif mixte : police, armée régulière et éléments des forces centrafricaines. Un camp du Bataillon d'Intervention Rapide (BIR) stationne à quelques encablures pour sécuriser la frontière contre les incursions des groupes armés. Mais cette présence sécuritaire n'a visiblement pas empêché le drame.

Zamboye, un drame annoncé

Car le drame de Zamboye n'est malheureusement pas un cas isolé. La région de l'Est du Cameroun est devenue ces dernières années un véritable eldorado pour les orpailleurs, attirés par la hausse du prix de l'or et la promesse d'une richesse rapide.

À vingt kilomètres de Batouri, le site de Barabéré qualifié par les habitants de « Sodome et Gomorrhe minière » est géré par des opérateurs chinois. Il s'est développé après la fermeture officielle de Kambele. Les engins lourds ont simplement été déplacés quelques kilomètres plus loin, reproduisant les mêmes conditions de dangerosité.

En mai 2026, un autre éboulement sur le site aurifère de Bé-Mbari, dans l'ouest du pays, a coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes. En juin 2021, au moins 26 décès avaient été enregistrés en l'espace d'une semaine dans l'effondrement de deux mines de l'est du Cameroun. En mai 2021, des orpailleurs avaient trouvé la mort par éboulement dans un trou minier exploité et abandonné.

La répétition des drames pose une question brûlante : comment de tels « abattoirs à ciel ouvert » peuvent-ils fonctionner aux yeux de tous ?

L'école vide, la mine pleine

À Zamboye, l'orpaillage a vidé les écoles. À 45 kilomètres de Garoua-Boulaï, l'école publique de Zamboi a perdu la quasi-totalité de ses élèves. « Nous n'avons reçu aucun élève cette année au CM2. Ils ont tous déserté pour aller chercher l'or dans les mines », témoigne Adamou Oumarou Théophile, l'instituteur et directeur de l'école.

À la rentrée scolaire 2025, l'établissement comptait environ 200 élèves. Un trimestre plus tard, il s'est vidé. « Regardez vous-même comment les salles sont vides. Il n'y a personne », déplore-t-il.

« Je les vois parfois passer ici en route avec leurs parents pour aller au chantier d'or. Lorsqu'ils me voient, ils détournent la tête », confie l'instituteur. Des décennies de sensibilisation à l'importance de l'école n'ont pas résisté à l'appel de l'or.

Le prix de l'or : 25 000 FCFA le gramme, des vies en jeu

Sur le site de Zamboye, une pépite d'or se vend entre 25 000 et 30 000 FCFA le gramme. Un prix qui fait rêver dans une région où le taux de pauvreté dépasse 50 %. Mais à quel prix ?

Les techniques d'extraction sont précaires. Les orpailleurs creusent à la main, sans soutènement, sans normes de sécurité. L'utilisation de produits chimiques hautement toxiques mercure, cyanure pour séparer l'or de la roche empoisonne les sols et les cours d'eau. La saison des pluies, qui fragilise les terrains, transforme chaque site en piège mortel.

Et pourtant, rien ne change. « L'État doit amener les sociétés minières à respecter leurs cahiers de charges », plaide le Dr Cyrille Narké, chercheur au Laboratoire de recherche sur les dynamiques environnementales. Mais sur le terrain, la SONAMINES la Société nationale des mines est absente. L'or produit part sans traçabilité.

Une question de responsabilité

Le drame de Zamboye soulève des questions fondamentales sur la gouvernance du secteur minier au Cameroun. Comment un site de cette ampleur plusieurs hectares, des milliers d'orpailleurs, des ressortissants de cinq pays différents peut-il échapper à tout contrôle ?

Les autorités ont-elles fermé les yeux ? Ont-elles été incapables d'agir ? Ou pire, certains acteurs locaux tirent-ils profit de ce chaos ?

Un rapport de l'ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) avait déjà alerté sur l'opacité du secteur aurifère camerounais. En juin 2026, DataCameroon révélait que plus de 57 000 kg d'or avaient frauduleusement disparu du Cameroun en onze ans.

Le drame de Zamboye est un signal d'alarme. En pleine saison des pluies, sans une réaction ferme et immédiate des autorités politiques et sécuritaires pour stopper ces « chantiers de la mort », d'autres hécatombes sont inévitables.

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