Depuis Kondengui, Fogué étrille la vice-présidence
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Cameroun - Depuis Kondengui, Fogué étrille la vice-présidence

Succession à Etoudi : Alain Fogué dénonce depuis Kondengui la « forfaiture » du pouvoir sur la vice-présidence. Un coup d'État constitutionnel mort-né qui mène au chaos.

Incarcéré à la prison centrale de Kondengui, le trésorier national du MRC, Alain Fogué, brise le silence et dénonce la création d'une vice-présidence qu'il qualifie de « coup d'État constitutionnel » mort-né, piégeant le régime entre batailles de clans et impasses juridiques.

Kondengui, cellule 47, Yaoundé. Samedi 18 août 2026.

Derrière les murs de la prison centrale de Yaoundé, un homme que le pouvoir croyait réduit au silence vient de parler. Alain Fogué Tedom, professeur de science politique, trésorier national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), incarcéré depuis près de six ans, a adressé un message cinglant au régime de Paul Biya.

Et ce qu'il dit est d'une clarté glaçante : la création du poste de vice-président de la République n'est pas une réforme c'est une « forfaiture », un « coup d'État constitutionnel » mort-né. Une manœuvre qui, loin d'assurer la succession, plonge le Cameroun dans une transition explosive.

Depuis sa cellule, Fogué voit clair. Et il appelle le Parlement à reprendre la main.

L'amendement qui a changé la donne

Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais, dominé par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), adopte un amendement constitutionnel de grande ampleur : la création d'un poste de vice-président de la République, nommé par le chef de l'État.

Une fonction qui n'existait plus depuis 1972, date à laquelle la structure fédérale a été remplacée par un État unitaire. Pour le régime, il s'agit d'assurer une « succession constitutionnelle ». Pour l'opposition, c'est un coup de force une tentative de transmettre le pouvoir de « gré à gré », sans passer par les urnes.

Maurice Kamto, président du MRC, a immédiatement dénoncé un « coup d'État constitutionnel et institutionnel » et lancé une pétition citoyenne, puis saisi l'Union africaine.

Depuis Kondengui, Fogué prend la parole

Mais c'est une autre voix qui retient aujourd'hui l'attention. Celle d'Alain Fogué Tedom professeur de relations internationales, ex-membre du corps enseignant de l'École de Guerre de Yaoundé, trésorier national du MRC et incarcéré à la prison centrale de Kondengui depuis les marches du 22 septembre 2020.

Surnommé « le Che Guevara camerounais », Fogué n'a jamais cessé de lutter, même derrière les barreaux. En avril 2024, il écrivait déjà au président pour réclamer le droit de vote des détenus. En décembre 2023, il était réélu trésorier national du MRC depuis sa cellule.

Aujourd'hui, il dénonce ce qu'il appelle la « forfaiture » du pouvoir.

« La création de la Vice-Présidence est un coup d'État constitutionnel mort-né. Piégé entre batailles de clans au RDPC et impasses juridiques, le régime s'enferme dans une transition explosive. »

Pour Fogué, cette réforme n'est pas une solution c'est une impasse. Une manœuvre qui expose davantage les faiblesses du régime qu'elle ne les dissimule.

La guerre des clans au RDPC

L'analyse de Fogué met en lumière un angle mort de la couverture médiatique : les luttes intestines au sein du parti au pouvoir.

Derrière l'unanimité de façade du RDPC, plusieurs clans s'affrontent pour la succession. D'un côté, les partisans d'une transmission dynastique le fils du président, Franck Emmanuel Biya, est régulièrement cité comme potentiel vice-président. De l'autre, les caciques historiques du régime, qui voient d'un mauvais œil l'arrivée d'une nouvelle génération.

Cette guerre de succession, longtemps restée dans l'ombre, est désormais au cœur de la Constitution. Et elle fragilise un régime qui, depuis l'élection présidentielle d'octobre 2025 marquée par l'éviction de Maurice Kamto et des violences post-électorales ayant fait 48 morts n'a jamais été aussi vulnérable.

Un appel au Parlement

Fogué ne se contente pas de dénoncer. Il propose une issue.

« Il appelle le Parlement à reprendre la main pour éviter le chaos. »

Un appel à la fois audacieux et réaliste. Le Parlement camerounais, dominé par le RDPC, a voté l'amendement. Mais Fogué sait que des voix, y compris au sein de la majorité, s'inquiètent des conséquences d'une succession mal préparée. L'invitation à « reprendre la main » est une tentative de rallier ces modérés, de créer une brèche dans le front du régime.

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