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© Camer.be : Onana Nestor
- 14 Aug 2026 14:53:44
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Cameroun - Yaoundé : des montagnes d'ordures bloquent le pont de Tam-Tam
Yaoundé : le pont de Tam-Tam paralysé par des montagnes d'ordures. Le maire Jacques Yoki Onana intervient en urgence. Risques sanitaires, circulation bloquée, déchets ménagers : enquête.
Jeudi 13 août, le maire de Yaoundé 6, Jacques Yoki Onana, a mené une opération de nettoyage au pont de Tam-Tam, submergé par des tonnes d'ordures ménagères. Une intervention d'urgence qui révèle l'impuissance chronique de la capitale face à ses déchets.
L'ASPHYXIE SILENCIEUSE
Le pont de Tam-Tam, à la frontière entre Yaoundé 3ᵉ et Yaoundé 6ᵉ, est méconnaissable. Ce jeudi 13 août 2026, la route principale a disparu sous une montagne d'immondices. Des ordures ménagères, des déchets en tous genres, des sacs plastiques qui s'étendent sur des dizaines de mètres. Les voitures ne passent plus. Les riverains étouffent sous les odeurs nauséabondes.
Le maire Jacques Yoki Onana est descendu sur le terrain, accompagné de ses équipes et de jeunes volontaires. Objectif : dégager la voie, rendre la circulation possible et protéger la santé des populations. Mais cette opération, aussi salutaire soit-elle, ne résout rien sur le fond.
Car le pont de Tam-Tam n'est pas un cas isolé. Il est le symptôme d'un mal qui ronge Yaoundé : une gestion des déchets qui s'effondre, des camions qui ne passent plus, des bacs qui disparaissent et des tonnes d'ordures qui s'accumulent chaque jour.
LE PONT DE TAM-TAM, FRONTIÈRE DE L'HORREUR
Le pont de Tam-Tam, bâti sur la rivière Mfoundi, marque la frontière administrative entre les arrondissements de Yaoundé 3 et Yaoundé 6. Un lieu stratégique, un carrefour de circulation. Mais depuis plusieurs jours, ce pont est devenu un dépotoir à ciel ouvert.
« Cet endroit relève officiellement de Yaoundé 6, mais la montagne d'ordures a tellement grossi qu'elle a fini par déborder jusque chez nous à Yaoundé 3 », déplore un riverain excédé.
Ce jeudi 13 août 2026, l'emprise de la route principale du lieu-dit Pont de Tam-Tam était entièrement occupée par des montagnes d'immondices et de déchets. Les images sont saisissantes : des murs d'ordures de plusieurs mètres de haut, des sacs plastique qui obstruent la chaussée, des détritus qui s'étalent sur la rivière.
Conséquence immédiate : un bouchon kilométrique paralyse la jonction entre Yaoundé 6 et Yaoundé 3. « Chaque déplacement devient un parcours du combattant, entre odeurs pestilentielles, nuées de mouches et risques d'accidents ».
UNE BOMBE SANITAIRE À CIEL OUVERT
Au-delà des embouteillages, c'est la santé des populations qui est en danger. De cette montagne d'immondices se dégagent des odeurs nauséabondes. Les mouches et les rats prolifèrent.
Les risques sont multiples : maladies diarrhéiques, infections respiratoires, paludisme, typhoïde. Les enfants qui jouent à proximité, les femmes qui vont au marché, les vieillards qui respirent cet air vicié tous sont exposés.
« Les ordures envahissent la chaussée, compliquent la circulation, dégagent des odeurs insupportables et font craindre de graves risques pour la santé ».
Des riverains dénoncent une situation qui perdure depuis plusieurs semaines et s'inquiètent des risques sanitaires et d'accidents. Certains habitants mettent en cause des perturbations dans le ramassage des déchets.
La question est simple : comment en est-on arrivé là ?
POURQUOI YAOUNDÉ ÉTOUFFE SOUS SES ORDURES ?
Le pont de Tam-Tam n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. D'importants amas d'ordures sont visibles dans plusieurs quartiers de Yaoundé, notamment à Biyem-Assi et Nsimeyong. À certains endroits, les déchets débordent sur la chaussée, réduisant l'espace réservé à la circulation.
La crise des déchets ménagers à Yaoundé a atteint un seuil critique, transformant plusieurs axes de la capitale en véritables dépotoirs. A Biyem-Assi, des « murs de déchets » s'imposent sur la chaussée, notamment au niveau de la Montée Maison Blanche. Aux quartiers Nsimeyong et Damas, les axes de circulation sont fortement rétrécis par les ordures. Même scène aux quartiers Essomba et Nlongkak où les trottoirs et les abords des bacs publics débordent continuellement.
Pourquoi cette situation ? Les raisons sont multiples.
D'abord, la production massive de déchets. La ville de Yaoundé génère près de 3 000 tonnes de déchets par jour. C'est l'équivalent de 300 camions poubelles chargés chaque jour. Une production qui ne cesse d'augmenter avec la croissance urbaine.
Ensuite, les dettes croissantes. L'État et la Communauté Urbaine de Yaoundé (CUY) accumulent des impayés envers les opérateurs de collecte comme Hysacam et Tychlof. Ces dettes paralysent régulièrement les rotations de camions. Selon certaines sources, l'État devrait 13 milliards FCFA à Hysacam et Tychlof.
Enfin, un système qui s'effondre. Les vides juridiques et les retards de renouvellement des contrats d'exclusivité bloquent le déploiement de nouveaux prestataires. Le manque de bacs à ordure de proximité pousse les habitants à jeter leurs déchets à même le sol.
Interrogés, les habitants du pont de Tam-Tam pointent la responsabilité de TYCHLOF, la société de collecte mandatée par la Communauté Urbaine de Yaoundé. « Ce n'est pas la mairie de Yaoundé 6. C'est TYCHLOF qui ne fait pas son travail », explique un témoin.
L'OPÉRATION COUP DE POING DU MAIRE YOKI ONANA
Face à l'urgence, le maire Jacques Yoki Onana est à nouveau descendu sur le terrain ce jeudi 13 août 2026, accompagné de ses équipes opérationnelles. Des jeunes volontaires issus d'associations citoyennes participent également à cette opération, apportant leur soutien aux équipes municipales.
Pour l'édile, cette intervention s'inscrit dans une démarche plus large : rapprocher le service de collecte des ordures des populations et renforcer la décentralisation de la gestion des déchets ménagers, afin que les communes d'arrondissement disposent de moyens adaptés pour répondre efficacement aux besoins des habitants.
Ce n'est pas la première fois que le maire de Yaoundé 6 mène une telle opération. En mars 2026, face à une « situation catastrophique » autour des points de collecte d'ordures, il avait déjà organisé une opération coup de poing. En juillet 2026, il avait lancé une grande caravane de ramassage des ordures, parcourant les 24 quartiers de la commune.
Le maire Jacques YOKI ONANA a fait de l'hygiène et de la salubrité publique une priorité absolue, avec des résultats visibles : lancement d'opérations régulières. Mais ses actions ressemblent à des coups d'épée dans l'eau. La marée des déchets revient toujours.
UNE CRISE STRUCTURELLE
Le problème des ordures à Yaoundé n'est pas nouveau. En 1987, la décentralisation a entraîné le transfert de la gestion des déchets aux communes d'arrondissement. Mais ce transfert ne s'est pas accompagné des moyens financiers et techniques nécessaires.
En janvier 2026, le ministre de l'Administration territoriale a imposé un plan anti-insalubrité, promettant 700 brouettes et outils aux sept communes. En février 2026, le gouvernement a annoncé le retrait des bacs à ordures visibles sur les grands axes, une décision qui a aggravé la situation.
En avril 2025, le gouvernement a organisé les états généraux sur la gestion des déchets. En janvier 2026, on apprenait que l'État devait 13 milliards FCFA aux opérateurs de collecte.
Des états généraux, des plans, des promesses, des milliards de dettes et pourtant, les ordures continuent de s'accumuler.
ET DEMAIN ? VERS UNE SOLUTION DURABLE ?
La situation est critique, mais pas désespérée. Des solutions existent.
D'abord, le désendettement. Il est urgent que l'État et la Communauté Urbaine de Yaoundé honorent leurs dettes envers les opérateurs de collecte. Sans cela, les camions ne rouleront pas.
Ensuite, la diversification des opérateurs. Le maire de la ville, Luc Messi Atangana, mise sur la diversification des opérateurs pour résoudre la crise. Une piste prometteuse.
Enfin, la valorisation des déchets. Des projets sont en cours pour transformer les déchets en énergie. La ville de Yaoundé génère entre 2 500 et 3 000 tonnes de déchets par jour, dont près de 70 % d'ordures ménagères. Des unités industrielles de traitement pourraient atteindre une capacité de 3 000 tonnes par jour.
Mais ces solutions prendront du temps. En attendant, les populations continuent de souffrir. Et le pont de Tam-Tam reste un symbole de l'impuissance d'une capitale qui étouffe sous ses propres déchets.
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