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© Camer.be : Onana Nestor
- 13 Aug 2026 02:31:55
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Cameroun - MINAT : de faux observateurs, de faux conseillers, une même méthode
Déjà épinglé pour de faux observateurs de Transparency en 2018, le MINAT est accusé par Effoudou d'avoir produit un badge pour Sani Mohamadou.
De l'affaire des faux observateurs de Transparency International en 2018 à la production présumée d'un badge officiel pour un ex-légionnaire accusé de préparer un coup d'État, le ministère de l'Administration territoriale de Paul Atanga Nji accumule les controverses sur la vérification des identités.
Le capitaine dissident Kenneth Romuald Effoudou Awussi a affirmé que Sani Mohamadou, l'homme qu'il présente comme le « chaînon » d'un projet de coup d'État au Cameroun, détenait un badge l'identifiant comme un officiel du ministère de l'Administration territoriale (MINAT). Une accusation qui, si elle se vérifiait, viendrait s'ajouter à une série de controverses impliquant le ministère dirigé par Paul Atanga Nji, déjà épinglé en 2018 pour avoir présenté de faux observateurs de Transparency International lors de la présidentielle.
Entre l'affaire des faux observateurs de Transparency International, la suppression du nom du feu Ekane comme président du MANIDEM, et la production présumée d'un badge de service pour un étranger, plusieurs « vérités mensongères » ont été associées au MINAT. Sani Mohamadou a démenti les accusations et annoncé des poursuites judiciaires en France contre Effoudou.
UNE AFFAIRE QUI REMONTE À 2018 : LES « FAUX OBSERVATEURS » DE TRANSPARENCY INTERNATIONAL
L'affaire des faux badges au MINAT n'est pas nouvelle. En octobre 2018, au lendemain de l'élection présidentielle camerounaise, une polémique a éclaté lorsqu'un groupe d'individus se présentant comme des observateurs mandatés par Transparency International est apparu sur la chaîne publique CRTV pour qualifier le scrutin de « transparent » et « crédible ».
Problème : Transparency International a rapidement démenti toute implication. L'ONG a affirmé n'avoir envoyé aucun observateur au Cameroun pour cette élection.
Selon RFI et Jeune Afrique, cette délégation aurait été recrutée par l'Agence Cameroun Presse (ACP), une structure créée peu avant le scrutin. Ces « faux observateurs » présumés indiquaient avoir été invités par cet organe.
LE « FAUX CONSEILLER DÉFENSE » : LE BADGE DE SANI MOHAMADOU
Selon les déclarations du capitaine Effoudou, Sani Mohamadou, qu'il identifie comme un organisateur de coup d'État, portait un badge l'identifiant comme un officiel du MINAT. Effoudou affirme que Mohamadou, un ancien légionnaire français du grade de sergent ayant effectué des missions en Irak et en Afghanistan, se faisait passer pour un chef de bataillon de l'armée camerounaise et disposait de « vrais faux documents » émanant du ministère de l'Administration territoriale.
Des armes de guerre aux portes d'Étoudi
En 2023, les services de renseignement auraient détecté Sani Mohamadou aux abords du palais présidentiel. Armé de matériel de guerre de haute précision, il présentait des documents estampillés du MINAT. Au premier rang de ces documents : une autorisation d'importation d'armes datée de septembre 2018, signée par le ministre Paul Atanga Nji, présentant Mohamadou comme « Conseiller défense » et l'autorisant à importer depuis Malte deux armes.
Le titre de « Conseiller défense » qui figure sur ce document est exactement celui que Sani Mohamadou emploie aujourd'hui pour se décrire.
Une libération « choc »
Arrêté sur rapport des renseignements, Mohamadou aurait bénéficié, selon Effoudou, d'une intervention du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, pour être libéré immédiatement et sans condition.
LA CONTRE-OFFENSIVE DE SANI MOHAMADOU
Le 5 août 2026, Sani Mohamadou a publié un communiqué de presse depuis Paris, par l'intermédiaire de son avocat, pour dénoncer des « accusations totalement fausses » et annoncer le dépôt d'une plainte en diffamation publique en France contre le capitaine Effoudou.
Il se présente comme un ancien militaire franco-camerounais et conseiller en sécurité, diplômé de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et décoré de la Médaille de l'OTAN. Il affirme avoir apporté son expertise à plusieurs institutions de l'État camerounais, citant notamment la Présidence, le ministère de la Défense, le MINAT et la Direction générale de la Recherche extérieure (DGRE) en 2020.
LA GUERRE DES DIPLÔMES ET DES VERSIONS
Mais Sani Mohamadou se heurte à une contradiction majeure. Le collectif d'avocats de l'ancien directeur général de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko, affirme que les vérifications effectuées en 2020 par les services de renseignement camerounais ont établi l'inexistence des qualifications et titres professionnels revendiqués par Mohamadou.
Deux versions s'affrontent :
- Celle de Sani Mohamadou : la DGRE a sollicité ses services en 2020.
- Celle d'Eko Eko : la DGRE n'a jamais sollicité Mohamadou, qui serait incapable de produire le moindre document officiel authentifié établissant ses qualités.
Le 10 août 2026, les avocats de l'ancien directeur de la DGRE ont publié un démenti cinglant : « M. Sani MOHAMADOU a été strictement incapable de produire le moindre document officiel authentifié (titre académique, mandat institutionnel, attestation de cabinet ministériel ou d'organisation internationale) établissant la réalité de sa qualité auto-proclamée de "Haut-Conseiller en Stratégie, Défense et Sécurité". »
LA QUESTION DU « VRAI-FAUX » BADGE
Au cœur de cette affaire se trouve une question simple mais cruciale : ce badge du MINAT était-il authentique ?
L'accusation ramène à la controverse sur la manière dont le ministère a présenté des individus comme observateurs de Transparency International en 2018.
DE FAUX OBSERVATEURS AUX FAUX CONSEILLERS : LE MÊME SYSTÈME ?
L'affaire Effoudou-Mohamadou réactive un soupçon récurrent : le MINAT aurait une propension à produire des identités officielles pour des personnes qui ne sont pas ce qu'elles prétendent être.
Le parallèle entre 2018 et 2026 est frappant :
| Affaire des faux observateurs (2018) | Affaire Sani Mohamadou (2026) |
| Des individus se présentent comme observateurs de Transparency International | Un homme se présente comme conseiller défense |
| Ils sont invités par l'Agence Cameroun Presse (ACP) | Il présente des documents signés par Paul Atanga Nji |
| Le ministère est accusé d'avoir facilité leur présence | Le MINAT est accusé d'avoir produit un badge |
| Transparency International dément toute implication | La DGRE dément toute collaboration |
LE MINAT D'ATANGA NJI FACE AUX CONTROVERSES
Le ministère de l'Administration territoriale, dirigé par Paul Atanga Nji, est au centre de plusieurs controverses de vérification des identités.
En juillet 2026, le ministre a interdit le port et la possession d'insignes, d'uniformes, de badges ou de tout signe distinctif ressemblant à ceux des forces de sécurité. Une mesure qui, dans le contexte de l'affaire Mohamadou, prend un relief particulier.
Le 16 juillet 2026, le MINAT a également mis en garde contre deux pseudo-organisations non gouvernementales de sécurité.
LES « PLUSIEURS VÉRITÉS MENSONGÈRES » DU MINAT
Au-delà de l'affaire des faux observateurs et du badge de Sani Mohamadou, le ministère d'Atanga Nji est associé à d'autres controverses :
- La suppression du nom du feu Ekane comme président du MANIDEM
- La production présumée d'un badge de service pour un élément étranger
Ces affaires posent une question de fond : comment l'État camerounais vérifie-t-il les identités, les diplômes et les affiliations qui sont présentées comme officielles ou reconnues internationalement ?
QUELLE ISSUE POUR CETTE AFFAIRE ?
La bataille judiciaire ne fait que commencer :
- Sani Mohamadou a annoncé une plainte en diffamation en France.
- Le capitaine Effoudou pourrait être appelé à fournir les preuves de ses accusations.
- La DGRE a démenti toute collaboration.
Comme le souligne Camer.be, « aucune de ces accusations n'a à ce jour été confirmée par une enquête judiciaire indépendante ».
Entre le badge du MINAT, les armes de guerre, l'intervention de Ngoh Ngoh, les diplômes contestés et la plainte en France, l'affaire Sani Mohamadou est devenue le symbole d'une lutte pour la vérité dans les hautes sphères du pouvoir camerounais.
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