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© Camer.be : Onana Nestor
- 10 Aug 2026 16:05:55
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Cameroun - Sani Mouhamadou – DGRE : la guerre des versions
Sani Mouhamadou affirme que la DGRE a sollicité ses services en 2020. L'ex-directeur Eko Eko dément formellement et l'accuse d'incapacité à justifier ses diplômes.
Un ancien légionnaire français, un ex-patron des renseignements camerounais, des accusations de coup d'État et une guerre des diplômes : l'affaire Sani Mouhamadou contre Léopold Maxime Eko Eko embrase la toile camerounaise.
Mais derrière ce bras de fer médiatique se cache une accusation bien plus personnelle, qui touche à l'essence même de la crédibilité de Sani Mouhamadou : aurait-il menti sur ses diplômes ? Les avocats d'Eko Eko affirment que les vérifications effectuées en 2020 par les services de renseignement camerounais ont établi l'inexistence des qualifications et titres professionnels revendiqués. Une bombe.
Et ce n'est que le début d'une affaire qui mêle tentative présumée de coup d'État, plainte en diffamation et bataille d'honneur.
Une affaire qui secoue les sphères du pouvoir
Depuis la fin du mois de juillet 2026, une affaire d'une gravité exceptionnelle agite l'espace public camerounais. Le capitaine Kenneth Romuald Effoudou Awussi, ancien chef du bureau de renseignement de l'état-major particulier du président Paul Biya, révoqué pour « désertion en temps de paix » et exilé en Europe, a accusé Sani Mouhamadou d'être le « chaînon » d'un projet de coup d'État.
Dans deux vidéos publiées sur YouTube les 24 et 25 juillet 2026, l'ancien officier affirme avoir repéré en 2023, à proximité de la résidence présidentielle, un individu disposant d'armes de guerre non répertoriées et se faisant passer pour un chef de bataillon. Cet individu, selon Effoudou, s'appelait Sani Mouhamadou, un ancien légionnaire français du grade de sergent ayant effectué des missions en Irak et en Afghanistan. Aucune de ces accusations n'a à ce jour été confirmée par une enquête judiciaire indépendante.
Sani Mouhamadou contre-attaque et revendique une collaboration avec la DGRE
Le 5 août 2026, Sani Mouhamadou a publié un communiqué de presse depuis Paris, par l'intermédiaire de son avocat, pour dénoncer des « accusations totalement fausses » et annoncer le dépôt d'une plainte en diffamation publique en France contre le capitaine Effoudou.
Dans ce document, il se présente comme un ancien militaire franco-camerounais et conseiller en sécurité, diplômé de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et décoré de la Médaille de l'OTAN. Il affirme avoir apporté, depuis 2013, son expertise et mis son réseau à la disposition de plusieurs institutions de l'État camerounais, citant expressément la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE) en 2020, ainsi que le Bataillon d'Intervention Rapide (BIR) et plusieurs ministères.
Le démenti cinglant des avocats d'Eko Eko
C'est dans ce contexte qu'est intervenu, le 9 août 2026, un communiqué de presse du collectif d'avocats de Léopold Maxime Eko Eko. Leur message est sans ambiguïté : « La DGRE sous la direction de M. EKO EKO Léopold Maxime n'a jamais sollicité M. Sani MOHAMADOU » .
Les avocats opposent un démenti formel et catégorique, étayé par trois arguments :
1. Une démarche spontanée et non une sollicitation de la DGRE : En 2020, c'est l'intéressé qui a sollicité et obtenu une audience en se prévalant de prétendues recommandations de hautes autorités de la Présidence de la République, afin de proposer des offres de services dans les domaines de la surveillance aérienne, électronique, de la cybersécurité et de la cyberdéfense.
2. Incapacité à justifier de compétences ou de titres officiels : Lors de ses échanges avec l'institution, et malgré les vérifications d'usage, Sani Mouhamadou a été strictement incapable de produire le moindre document officiel authentifié (titre académique, mandat institutionnel, attestation de cabinet ministériel ou d'organisation internationale).
3. Rejet technique et rupture définitive de tout contact : Invité à présenter des références techniques et des spécifications matérielles précises, Sani Mouhamadou s'est contenté de soumettre une compilation d'équipements commerciaux obsolètes issus de catalogues de fabricants étrangers, déjà rejetés par les services techniques de la DGRE.
La réponse de Sani Mouhamadou : un ultimatum de 48 heures
Dans un communiqué daté du 10 août 2026, signé par son avocate Me Mélissa NYOTH, Sani Mouhamadou réplique point par point. Il rappelle que son communiqué du 5 août ne visait qu'à rétablir la vérité des faits après les vidéos mises en circulation les 24 et 25 juillet 2026.
Il précise n'avoir jamais évoqué le nom de M. Eko Eko Leopold Maxime, raison pour laquelle il veut croire que les contre-vérités énoncées découlent d'une méprise. Il produit un élément qu'il juge irréfutable : en date du 1er février 2020 à 7h09, M. Eko Eko Leopold Maxime l'aurait contacté par messagerie en ces termes : « J'ai urgemment besoin de votre aide ».
Il affirme également que son expertise est certifiée par l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Il sollicite le retrait du communiqué des avocats d'Eko Eko sous quarante-huit heures, faute de quoi il engagera des poursuites judiciaires pour diffamation.
Un passé judiciaire lourd pour Eko Eko
Léopold Maxime Eko Eko, ancien directeur général de la DGRE, n'est pas un inconnu des tribunaux. Il est actuellement emprisonné dans le cadre de l'affaire Martinez Zogo, le journaliste assassiné en janvier 2023. Il a été limogé de ses fonctions en raison de son implication présumée dans cet assassinat. Son procès défraie régulièrement la chronique judiciaire camerounaise.
Cette fragilité judiciaire fragilise la position d'Eko Eko dans ce nouveau bras de fer. Sani Mouhamadou semble jouer sur ce terrain en menaçant de « rapporter les éléments de preuves en sa possession » en cas de non-retrait du communiqué.
L'affaire Sani Mouhamadou – DGRE touche à plusieurs nervures sensibles de la société camerounaise :
- La crédibilité des institutions de renseignement : la DGRE, service stratégique de l'État, voit sa gestion passée sous le feu des projecteurs.
- L'intégrité des parcours professionnels : la question des diplômes et des titres revendiqués par Sani Mouhamadou est posée.
- La lutte contre l'impunité : les accusations de coup d'État, non confirmées, alimentent les tensions politiques.
- Le poids du passé judiciaire : l'affaire Martinez Zogo plane sur ce nouveau dossier.
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