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© Camer.be : Paul Moutila
- 12 Aug 2026 02:10:50
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Cameroun - Menounga : « Biya doit suivre l'exemple d'Ahidjo »
Invité sur Équinoxe TV, Stéphane Menounga, ancien magistrat, dénonce l'impasse constitutionnelle créée par les 65 jours d'absence de Paul Biya et critique un Parlement camerounais qui « ne contrôle ni l'action du gouvernement, ni ne fait les lois ».
Stéphane Menounga dénonce l'impasse constitutionnelle créée par 65 jours d'absence de Paul Biya, critique un Parlement camerounais passif et invite le président à suivre l'exemple d'Ahidjo.
Le 11 août 2026, Paul Biya atteint son 65e jour d'absence du Cameroun. Une absence record qui plonge le pays dans une impasse constitutionnelle inédite, selon Stéphane Menounga, ancien magistrat camerounais. Invité sur le plateau d'Équinoxe Soir, il n'a pas mâché ses mots : « On a un parlement qui n'est pas sérieux. » Pour lui, le Parlement camerounais a abdiqué son rôle fondamental de contrôle du gouvernement et d'élaboration des lois, laissant un vide institutionnel dangereux. Au cœur de la critique : la révision constitutionnelle du 14 avril 2026, qui a réintroduit le poste de vice-président, une nomination purement discrétionnaire du président. Que se passerait-il en cas d'empêchement définitif ? Menounga alerte : la Constitution n'a pas prévu cette éventualité. Il appelle Paul Biya à « suivre l'exemple d'Ahmadou Ahidjo » et à passer la main.
UN PARLEMENT QUI N'EXERCE PAS SON RÔLE
Stéphane Menounga, ancien magistrat et figure respectée du débat public camerounais, a été invité par Serge Alain Ottou sur le plateau d'Équinoxe Soir, sur Équinoxe TV. Il était venu parler de l'absence prolongée du président Paul Biya.
Il a commencé par un constat sans appel : « On a un parlement qui n'est pas sérieux. Le rôle d'un parlement dans une République, c'est de faire les lois et de contrôler l'action du gouvernement. Mais au Cameroun, le Parlement ne contrôle ni l'action du gouvernement, ni ne fait les lois. »
Pour Menounga, cette carence est grave. Le Parlement, censé être le contrepouvoir de l'exécutif, s'est transformé en chambre d'enregistrement des décisions présidentielles. Une dérive qui, dans le contexte d'absence prolongée du chef de l'État, devient une véritable bombe institutionnelle.
« C'est l'absence de débat », dénonçait déjà le politologue et historien Carine Ngnimdé, rappelant que cette élection a été marquée par « un tassement des libertés, la répression des voix critiques, et une confiscation du débat » au profit d'une campagne médiatique qui « relève plus du divertissement que de la politique » un diagnostic que Menounga étend désormais à l'ensemble du fonctionnement du Parlement.
LA RÉVISION CONSTITUTIONNELLE DE 2026 : UNE IMPASSE JURIDIQUE
La révision constitutionnelle du 14 avril 2026 a réintroduit le poste de vice-président. Un mécanisme de succession directe qui, en théorie, permet de pallier l'absence ou l'empêchement du président. Mais pour Menounga, cette réforme pose plus de questions qu'elle n'en résout.
« Regardez la modification constitutionnelle : comment un président peut-il nommer un vice-président qui hérite d'un mandat ? En démocratie, la seule entité capable de déléguer son pouvoir, c'est le peuple. Même le président n'a pas cette qualité. »
Selon lui, le principe même de cette nomination est problématique. Le vice-président, nommé par le président, hériterait de ses pouvoirs en cas de vacance. Or, comme le rappelle le professeur Maurice Kamto, ancien candidat à la présidentielle, « un texte de loi ne doit pas être fait pour des personnes mais pour des situations ». La Constitution doit prévoir des mécanismes généraux, pas des solutions sur mesure.
LA VACANCE DU POUVOIR : UN SCÉNARIO DANGEREUX
Menounga met en garde : en cas d'empêchement définitif de Paul Biya, le Cameroun se trouverait dans une situation juridique inextricable. « Pour qu'il y ait vacance, il faut que le vice-président saisisse le Conseil constitutionnel. Mais comme la nomination d'un vice-président n'est pas obligatoire, s'il y avait un empêchement définitif aujourd'hui, on ne pourrait même pas saisir le Conseil constitutionnel car c'est un juge saisi et non auto-saisi. »
En d'autres termes, si Paul Biya venait à décéder ou à être définitivement empêché aujourd'hui, le mécanisme de succession prévu par la Constitution ne pourrait pas fonctionner, car il n'y a pas de vice-président en fonction et le Conseil constitutionnel ne peut pas se saisir de lui-même.
Un scénario catastrophe que le gouvernement camerounais a rejeté, affirmant que le président Biya est vivant et que son retour est « très bientôt ». Mais pour Menounga, le problème est là : « Gérer un État à cet âge, ce n'est véritablement pas évident. À un moment, votre corps vous abandonne. »
LA PARALYSIE DES DÉCISIONS STRATÉGIQUES
Menounga alerte également sur les conséquences concrètes de cette absence prolongée. « 65 jours hors du pays, c'est une paralysie des décisions stratégiques dans un État où la décentralisation a échoué. »
L'ancien magistrat déplore l'échec de la décentralisation au Cameroun, qui concentre tous les pouvoirs au sommet de l'État. En l'absence du président, les décisions stratégiques sont gelées, et l'administration tourne au ralenti.
Le Cameroun n'est pas le seul pays d'Afrique à connaître une telle situation. L'absence prolongée des chefs d'État est une pratique qui s'est multipliée sur le continent, souvent pour des raisons médicales. Mais le cas de Paul Biya est particulier par sa durée et par l'opacité qui l'entoure.
L'EXEMPLE D'AHIDJO : UN APPEL À LA PASSATION
Menounga a conclu son intervention par un appel à Paul Biya : « Le président devrait copier l'exemple d'Ahmadou Ahidjo en disant aux Camerounais : "J'ai fait ce que j'ai pu de 1982 à 2026, dorénavant regardez à qui je passe les clés." »
Pour l'ancien magistrat, Paul Biya devrait suivre l'exemple de son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo, qui avait volontairement cédé le pouvoir en 1982, après 22 ans de règne. « J'ai fait ce que j'ai pu », avait déclaré Ahidjo en passant le témoin à Paul Biya. Menounga souhaite que Biya prononce les mêmes mots, pour permettre une transition digne et apaisée.
Mais à 93 ans, Paul Biya n'a jamais évoqué l'idée d'une passation de pouvoir. Sa longévité au pouvoir (43 ans) est l'une des plus longues d'Afrique. L'absence prolongée du président, jointe à son âge avancé, rend cette transition d'autant plus urgente.
L'URGENCE D'UNE SOLUTION INSTITUTIONNELLE
Les déclarations de Stéphane Menounga mettent en lumière une réalité que beaucoup Camerounais soupçonnent mais que peu osent formuler : le système constitutionnel camerounais est grippé. La révision de 2026, loin d'apporter des solutions, a créé de nouvelles zones d'ombre. Le Parlement, censé être le garant des institutions, est accusé de passivité.
Alors que Paul Biya atteint son 65e jour d'absence, les questions restent sans réponse : Quand rentre-t-il ? Est-il en bonne santé ? Que prévoit la Constitution en cas d'empêchement définitif ? L'absence prolongée du chef de l'État révèle les fragilités d'un système qui, en l'absence de son président, semble fonctionner à vide.
Menounga appelle à un débat national sur la transition. Un débat que le régime semble vouloir éviter. Mais comme le rappelle l'ancien magistrat, « le corps vous abandonne » et la question de la succession, qu'on le veuille ou non, est désormais sur toutes les lèvres.
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